La Franc-Maçonnerie

au Sénégal

Quelques dates pour comprendre le Sénégal

 

  • 1626 à 1659 : Colonisation française du futur site de Saint-Louis.

  • Fin du XVIIème siècle : Gorée prise par les Anglais puis par les Français.

  • de 1758 à 1814 : les Anglais et les Français se disputent Saint-Louis et Gorée.

  • 15 Avril 1789 : Envoi par les habitants de Saint-Louis d’ « un Cahier de doléances et de remontrances » aux Etats Généraux de Versailles.

  • 1802  : Représentation de la colonie au conseil des « Cinq Cents », assemblée législative française instituée par la Constitution de l’an III, et mise en vigueur le 23 septembre 1795.

  • 30 mai 1814 : Le Sénégal est donné à la France par le Traité de Paris.

  • 1815  : La France se voit accorder le monopole du commerce avec le Sénégal.

  • 1848  : Abolition de l’esclavage.

  • 1854 à 1865 : Faidherbe est le gouverneur de la colonie. Fondation de Dakar. Conquête des royaumes du Djolof et du Kayor.

  • 1883  : Fondation du Mouridisme par Cheikh Ahmadou Bamba.

  • 1895  : Création du Gouvernement général de l’Afrique Occidentale Française (A.O.F.).

  • 1904  : Dakar devient capitale de l’A.O.F.

  • 1916  : Les habitants des « Quatre Communes » (Dakar, Gorée, Rufisque et Saint-Louis) reçoivent la citoyenneté française. Envoi des premiers élus à la Chambre des députés.

  • 1956  : Loi-cadre créant les huit états autonomes en A.O.F. (y compris le Sénégal).

  • 4 avril 1960 : indépendance du Sénégal - Président :  Léopold Sédar Senghor ;

  • Abdou Diouf, président du Sénégal de 1981 à 2000 ;

  • Abdoulaye Wade, président du Sénégal de 2000 à 2012 ;

  • depuis 2012, Macky Sall, actuel président de la République.

Une figure de

la franc-maçonnerie sénégalaise

Blaise Diagne (1872 - 1934 ),   ad-ministrateur des douanes, initié en 1899 par la loge Amitié à l’orient de Saint-Denis de La Réunion, élu député en 1914, maire de Dakar, membre du conseil de l’ordre du GODF de 1922 à 1925, sous secrétaire d’Etat aux colonies en 1931.

 

Aujourd’hui, sa responsabilité dans l’enrôlement des jeunes sénégalais dans l’armée française pendant la guerre de 1914-1918 , lui vaut des critiques parfois acerbes.

Signalons que le nouvel aéroport international de Dias inauguré le 7 décembre 2017 par le Président Macky Sall porte le nom d'Aéroport International Blaise Diagne

Liste non exhaustive des loges et des obédiences  au Sénégal

 

(la GLNF est très présente au Sénégal avec plusieurs loges)

Grande Loge Unie de France

Le LYS et L’ÉBÈNE (Or. de Dakar)

 

Droit Humain (France) 

Fraternité Universelle (Or. De Dakar)

Grande Loge de France               

Croix du Sud (Or. De Dakar)

Lux Mea Lex (Or. De Dakar)

Fraternite (Or. De Saly)

Grande Loge Féminine de France          

Fleur de baobab (Or. De Dakar)

Grande Loge traditionnelle et symbolique d'Afrique    

Renaissance et Fidélité N°1 (Or. De Dakar)

 La Grotte Sacrée N° 3 (Or. De Dakar)

Grand Orient de France

Etoile Occidentale (Or. De Dakar)

Blaise Diagne (Or. De Dakar)

Emir Abd El Kader (Or. De Rufisque)

Félicité (Or. De Dakar)

Rappel Historique : 

 

Comme dans d’autres situations à travers le monde, la  présence maçonnique au Sénégal est d’abord liée à sa colonisation.

 

C’est à Saint-Louis-du-Sénégal que se créa la première loge maçonnique à l’initiative de Jacques-Charles Chorié (également orthographié Chorier) ; Jacques-Charles Chorié (né le 29 avril 1755 à Paris),  maitre tapissier, fut vénérable maître de la loge Saint-Jacques des Vrais Amis Rassemblés constituée à l’orient de Paris le 15 mars 1779,  sous les auspices de la Grande Loge  (en fait la Grande Loge était devenue en 1773 le Grand Orient de France, mais l’expression Grande Loge continuait semble-t-il à être utilisée).

 

Dans l’intention d’aller au Sénégal, Jacques-Charles Chorié obtient le 09 juillet 1781 le titre d’inspecteur général des Indes ou des Isles  et arrive en 1784 à Saint-Louis où il utilisera les patentes de « Saint-Jacques des vrais amis rassemblés » pour créer en 1787 la loge « Saint-Jacques des trois vertus » qui fut ainsi la première loge maçonnique du Sénégal. Elle ne dut pas fonctionner très longtemps en particulier à cause de la rivalité franco-anglaise qui continua malgré le traité de Paris de 1783, jusqu’à celui de 1814. On retrouvera Jacques-Charles Chorié, chevalier de la légion d’Honneur en 1813 et officier en 1814, c'est-à-dire sous la Restauration.

 

La loge "Saint Jacques des Trois vertus" regroupait des militaires, des fonctionnaires, quelques artisans et des commerçants liés ou non aux grandes compagnies coloniales dont la Compagnie du Sénégal fondée en 1673 par Jean-Baptiste Colbert surintendant, puis ministre des finances de Louis XIV .

 

Cette composition sociologique restera caractéristique de la franc-maçonnerie au Sénégal pratiquement jusqu’à l’indépendance de la colonie en 1960 et même un peu au-delà.

 

Autant la loge « Saint-Jacques des trois vertus » apparaît comme de structure fragile, autant celle qui voit le jour en 1824, sous les auspices du Grand Orient de France,  sous le titre distinctif "La Parfaite Union" , toujours à l’orient de Saint-Louis, semble beaucoup plus structurée et animée par des personnalités : maire, gouverneur, médecins, négociants au nombre d’une vingtaine de membres.

 

Le Vénérable d’Honneur de la Parfaite Union est Jacques-François Roger, (1787-1849), fait baron en 1824, qui est un personnage étonnant et controversé, avocat de formation mais passionné par l’agronomie et le développement, parfaitement intégré à la culture sénégalaise, un tant soit peu mégalomane, aujourd’hui considéré comme un avant-gardiste de l’œuvre de Faidherbe. Après un premier séjour à Saint-Louis-du-Sénégal de quelques mois en 1819, il est nommé Gouverneur du Sénégal (premier gouverneur civil) en 1822 où il restera jusqu’en 1827. Il épousa une sénégalaise et possède encore une descendance au Sénégal.

 

Après le départ du Frère Roger, il semble que la Parfaite Union eut une existence difficile sans qu’on puisse dater la fin de son fonctionnement.

 

En 1874, "L'Union Sénégalaise" se forme toujours sous les auspices du Grand Orient de France. Cette loge eut aussi une existence difficile liée à un conflit entre ses membres, dont une majorité étaient des négociants saint-louisiens, et Louis Brière de l’Isle (1827-1896), gouverneur militaire de 1876 à 1881 ; celui-ci exigea même la mise en sommeil de la loge qui continua malgré tout à fonctionner jusqu’en 1893.  L’union sénégalaise mérite un intérêt car c’est sur ses colonnes que furent initiés les premiers francs-maçons sénégalais : le premier d’entre eux, le Frère Bassirou Diaby, employé de commerce, le fut en 1882 .

   

En 1894, toujours à Saint-Louis-du-Sénégal, un groupe de frères du GODF et de la GLDF obtienne l’autorisation du GODF de créer une autre loge intitulé L’Avenir du Sénégal ; cette loge aura la particularité d’affirmer son anticléricalisme ce qui posera de nombreux problèmes ;  la loge cessera de fonctionner en 1965.

 

Cependant l’activisme des frères de « L’avenir du Sénégal » aura permis de réaliser un essaimage et  le 12 novembre 1899, à Dakar, la loge « Etoile occidentale » est créée sous les auspices du GODF.

 

L’étoile occidentale fonctionne toujours et trois autres loges du GODF ont vu le jour : la loge Blaise Diagne fondée à Dakar en 1977, la loge  Émir Abd el Kader, à l’orient de Rufisque (sud-est du Sénégal) en 1984  et la loge « Félicité ».

 

La GLDF apparaîtra à Dakar en 1960 par l’allumage des feux de la loge "La Croix du Sud".

 

Depuis l’indépendance du Sénégal en 1960, de nombreuses loges de différentes obédiences ont vu le jour et on peut dire aujourd’hui que la plupart des obédiences ont une ou plusieurs loges au Sénégal.

 

 

Les entraves au fonctionnement des loges

 

Les luttes qui opposaient en France l’Ordre maçonnique et l’Eglise ont souvent eu  leurs répercussions ; il était en effet courant qu’à un Gouverneur maçon ou proche des opinions de la franc-maçonnerie succède un gouverneur "bigot" qui décide de mener la vie dure à l’Ordre.

 

Sous le régime de Vichy (1940-1945), en métropole comme dans les colonies et dans les territoires d’Outre-mer, les loges, toutes obédiences confondues, ont été fermées. Dakar et Saint-Louis n’ont pas été épargnées.

 

Des loges à l’esprit colonial

 

A part l’exception de « l‘Union sénégalaise », l’ouverture aux nationaux est demeurée timide ; le recrutement local était toujours affaire de blancs coloniaux. Pire, il se développait chez ces coloniaux en général une certaine méfiance pour les idées nouvelles et, en particulier, pour les idées d’émancipation véhiculées notamment par les intellectuels sénégalais revenus de France après leurs études. De sorte que, si l’on peut dire que la décolonisation a été, en partie, l’œuvre des francs-maçons des loges métropolitaines, on peut affirmer aussi que ceux installés au Sénégal, comme ailleurs, en Afrique, n’ont pratiquement pas accompagné les mouvements d’émancipation de la tutelle coloniale qui se développaient ici et là. On peut même dire qu’ils se sont montrés bien souvent très conservateurs, éloignés du principe d’égalité.

 

Ceci n’était pas nouveau puisque  notre Frère Blaise Diagne n’a pu être initié qu’en 1889 à Saint Denis de la Réunion ; ce n’était pourtant pas l’envie qui lui a manqué quand il était fonctionnaire des Douanes de la Colonie du Sénégal ; député  du Sénégal en 1914 et sous-secrétaire d’Etat aux Colonies en 1931, lors de ses séjours au Sénégal ou de ses  missions  dans les colonies, il n'eut jamais l'idée de visiter "L’Etoile Occidentale", ni aucune autre loge, d'ailleurs sur le continent africain, tant il savait qu’il n’y aurait pas été bien accueilli.

 

Heureusement de nombreux Sénégalais ont été accueillis et initiés dans les loges métropolitaines. Au fur et à mesure de leur retour au pays, ils ont pu s’introduire, voire parfois s’imposer non sans difficultés.

   

De 1781 à l’indépendance en 1960, on pourrait dire que la franc-maçonnerie avait d’une part un ennemi, l’Eglise à travers les gouverneurs et administrateurs « calotins » et d’autre part, des « indésirables » c'est-à-dire les Sénégalais et surtout les intellectuels revenus au pays après leurs études en France.

Les évolutions

post coloniales

 

 Les francs-maçons ont pu continuer leurs travaux au lendemain de l’indépendance ce qui ne fut pas le cas dans toutes les ex – colonies françaises d’Afrique où des dictatures pseudo – marxistes, des dictatures militaires ou encore des régimes politiques à parti unique ont pris en méfiance la franc-maçonnerie.

 

Mais le fait le plus important sans doute dans le paysage maçonnique sénégalais est que le GODF et la GLDF ne furent plus en terrain conquis : d’autres obédiences, au fil du temps, se sont installées à Dakar . Autre fait marquant en cette période post – coloniale : le métissage sur les colonnes est devenu une réalité qui s’imposa dans les loges de quelque bord qu’elles soient ; la présence africaine sur les colonnes a eu une autre caractéristique avec une nette prééminence de frères originaires de la sous région et donc une relative minorité de frères sénégalais.

 

Entre membres de différentes obédiences, il n’y a jamais eu  de rivalités ; aucune fierté manifeste d’être ici plutôt que là-bas ; "Entre et tu comprendras" : on prend le train de la franc-maçonnerie. : à la gare où l’on se trouve, peu importe la direction ; pas la moindre chamaillerie entre dogmatiques et adogmatiques puisque, pour bon nombre d’entre eux, on se retrouve à la même mosquée ou à la même église les vendredis ou les dimanches ou à l’occasion des grands moments de la vie nationale ou familiale. Tous comprennent que les adversaires de la Maçonnerie sont en dehors des temples, quels qu’ils soient !

 

 

Les difficultés d’aujourd’hui à être franc-maçon au Sénégal 

   

Le Sénégal, sur le plan confessionnel est un pays, dit–on couramment à 90 % de musulmans, 5% de chrétiens et 5% d’animistes.

 

Tout se passe comme si l’indépendance avait libéré une sorte de repli sur soi ; surtout chez les musulmans qui, certes tolèrent de bon cœur les autres confessions, même les sectes évangéliques et autres cultes de réveil, mais pas du tout les associations civiles ne comptant qu’une certaine élite et ayant des attaches à l’étranger, notamment en Europe et en Amérique du Nord.

Celles–ci sont toutes logées à la même enseigne : il en va ainsi pour les clubs–services qui pourtant sont ouverts, ont pignon sur rue et des sièges logés dans des grands hôtels de la place, tiennent des réunions publiques et réalisent des œuvres sociales en faveur de la population.

   

"S’il en va ainsi du bois vert, qu’en serait il du bois mort ?". Autrement dit, si même ces associations sont regardées avec méfiance, pourquoi la franc-maçonnerie aurait-elle un autre traitement ?

 

Elle est donc vouée aux gémonies ; il n’est pas exagéré de craindre, par ces temps d’intégrisme ambiant et de lutte tous azimuts contre l’hydre terroriste, qu’une agression physique puisse être perpétrée contre tout individu ou groupe d’individus se révélant comme franc-maçon.

   

En effet, le profane sénégalais n’a qu’une seule et unique compréhension lorsqu’on lui parle de franc-maçonnerie. Le franc-maçon est pour lui le même partout, le même "sorcier" qui ne sort que la nuit et nul ne sait où il va, le même mafieux, le même magouilleur, le même fidèle de l’omerta, le même avocat du diable, le même profiteur des avantages indus, le même assoiffé du sang  humain, le même avide de la chair humaine, surtout celle de petits enfants, le même sacrilège du Coran et de la Bible, le même mécréant sans foi ni loi, etc. Il doit être combattu de la même manière qu’il soit parent, compatriote ou étranger : il n’a pas sa place dans la société, celle–ci n’étant réservée qu’aux croyants.

 

Ce tableau sinistre, largement partagé par le commun des mortels, dans les basses et moyennes classes, prend une coloration plus hideuse quand s’y ajoutent les critiques acerbes et infondées reçues de l’Occident et de l’Orient, à travers des écrits, par les classes supérieures en mal de sensationnel.

   

Dès lors au Sénégal plus qu’ailleurs, le franc-maçon conscient du danger qui le guète et se sachant sur le fil du rasoir, fait très attention pour ne pas se révéler. Ainsi la vie des maçons sénégalais est–elle faite, non pas de discrétion, mais de secret absolu ; même sa famille très proche, épouse et enfants, n’a que des bribes floues sur ses activités.

 

Il va sans dire que ces frères seront toujours mal à l’aise et mèneront une vie maçonnique en demi-teinte. De toute évidence, c’est un gros handicap ; l’extériorisation maçonnique ne saurait se déployer comme ailleurs et se lancer par exemple dans l’humanitaire au grand jour pour accompagner concrètement nos idéaux et leur donner un sens, au moins, aux yeux des proches.

   

Cette hypothèque pèse également sur les recrutements. Ainsi dans ma loge, sur les quatre dernières recrues, une seule est d’origine sénégalaise ; la même proportion est observée au niveau des effectifs des loges qui ne comptent que 22 à 25% de nationaux sénégalais ; la composition des tenues s’en ressent, ce qui éloigne les débats des vraies réalités du pays.

   

 Nul doute que pour ceux qui, contre vents et marées, contre traditions, tabous et totems, contre religion familiale et environnement socio–culturel se font initier, ce n’est pas une sinécure !

 

La laïcité en question

 

Il faut qu’ils aient une claire conscience qu’ils vivent sous l’empire de deux sphères antinomiques, car tout semble aller de soi d’un côté comme de l’autre. Le domaine le plus saillant se révèle la coexistence, sinon la symbiose apparemment sans heurt, de la religion et de la laïcité, une "exception française" importée.

 

Ce que veut la franc-maçonnerie adogmatique, c'est le règne de la laïcité, une "exception française" exportée ailleurs et dans les colonies aux XVIIIème et XIXème siècles de manière très ambiguë, du reste : "l'exploitation coloniale était plus l'œuvre de l'Evangile que du canon…"

   

La laïcité, socle de la République est une vision originale de l'organisation sociale et des droits de l'homme dans son intégrité physique, morale et spirituelle. Elle admet toutes les religions, incarne la liberté de conscience et l'égalité entre les confessions. Elle induit également des principes de liberté et d'égalité entre tous les hommes, ainsi que le devoir de fraternité dont découlent la solidarité, la tolérance, le respect du bien commun et de la dignité de l'autre. D'un point de vue politique, le peuple peut révoquer à tout moment des gouvernants librement choisi par lui ; la sphère spirituelle est séparée de la sphère temporelle.

 

Les républiques francophones d'Afrique se veulent « laïques » comme la République Française ; mais, dans la pratique et beaucoup plus qu'en France, ce sont des régimes où règne l'amalgame du religieux et du « laïque », des démocraties qui instaurent « un régime hybride patrimonial de gouvernance », bien en marge du texte Constitutionnel voté par le peuple. C’est dans ce registre que s’inscrit le Sénégal.

Comment faire appliquer ou avancer les idéaux de la laïcité dans un milieu sénégalais dit "républicain" qui repose sur des références dont la fonction semble les ignorer ? Tel est le dilemme !

 

 

La confusion entre le temporel et le spirituel 

    

Depuis la nuit des temps et aujourd’hui encore en Afrique, donc au Sénégal, la religion constitue le propre de l’homme ; dès lors les la laïcité a beaucoup de difficultés à  s’imposer et à s’enraciner dans les traditions sénégalaises comme ailleurs en Afrique Noire.

 

A ce propos, voici ce que le très arabisant et l’islamisant Ahmed Khalifa NIASS, Directeur Général du Quotidien « Walfadjri » écrit dans le N° 3687 du 30 juin 2004 de son journal "la laïcité telle qu’elle existe en France ne s’inscrit pas dans notre mentalité, ni dans notre manière de faire au Sénégal. C’est une chose qui nous est arrivée dans les bagages du colonisateur ; alors il ne faut plus que l’on nous endorme avec une notion qui, pour nous, n’a aucun sens  ; c’est un mot vague caractérisant, en France ce qui est distinct de la religion, donc pour nous un symbole satanique".

   

Ahmed Khalifa NIASS, dans ce résumé, n’exprime que tout haut ce que la majorité de ses compatriotes pensent tout bas ; en effet, contrairement à la France, à la fois "fille aînée de l’Eglise" et "matrice de la laïcité" où les chocs et contre-chocs contre la laïcité suscitent au moins des remous, des réprobations, des cris à la trahison perpétrée par le pouvoir politique à l’esprit de la Loi de 1905, au Sénégal, ce sont des contrariétés – dirions nous - banales qui n’émeuvent pratiquement personne.

   

Nous nous complaisons dans un régime permanent et, à la limite, naturel, de syncrétisme religieux et laïque :

 

· quand l’autorité suprême temporelle s’agenouille devant l’autorité spirituelle, non pas par déférence personnelle, mais dans l’exercice de ses fonctions soit pour demander des conseils, soit pour solliciter son intervention dans un conflit politique, le citoyen lambda peut–il comprendre encore ce qu’est la République Laïque ?

 

· quand le budget de l’Etat finance entre autres, des pèlerinages aux lieux saints de l’Islam ou de la chrétienté ; comment expliquer au citoyen que le service public ne doit prendre, ni au niveau général ni sur le plan social, le moindre "caractère propre" idéologiquement ségrégatif ?

 

· quand l’Etat, qui a en charge la responsabilité du service public, ne réserve pas exclusivement à ce dernier son attention, ses soins et son financement, mais n’épargne aucune concession de privilège à une catégorie de particuliers ; comment le citoyen peut-il comprendre que la République est une, démocratique, impartiale et égalitaire ?

 

· quand les pouvoirs publics sollicitent et obtiennent que les chefs des confréries religieuses donnent des consignes de vote (des ndiguel) à leurs ouailles ; où est la République laïque aux destinées de laquelle les candidats veulent présider  ?

 

Au vu de ces rejets et incohérences, on est tenté de comprendre les francs-maçons coloniaux qui se demandaient si les nationaux voulaient et pouvaient se faire initier ?

 

 

 

Quelle doit être l'attitude des francs-maçons sénégalais ?

   

Pour nous francs-maçons sénégalais, les débats, pour ou contre la franc-maçonnerie dogmatique ou libérale, ne nous concernent pas car la mission essentielle que nous nous sommes assignée est d'améliorer notre société, lui garantir un mieux-être ici bas et peut être même dans l'au-delà, car comme l'écrit Saint Thomas d'Aquin « il faut un minimum de bien-être pour pratiquer la vertu ».

 

Il serait irréaliste, insensé, voire suicidaire, de vouloir engager, sous l’étiquette maçonnique, une campagne de remise en cause ouverte contre les incuries politiques et administratives dont font preuve nos dirigeants .

 

Vouloir nous extérioriser en tant que tels, pour réfuter les critiques dont nous sommes objet, serait également tout aussi vain que dangereux.

   

C'est par notre comportement quotidien que nous pouvons apporter la preuve contraire aux critiques que l'on nous fait .

 

Dans le fonctionnement actuel de la société, la franc-maçonnerie possède un atout fondamental : c'est une association locale qui a des semblables en organisations sœurs au-delà des frontières, à travers le monde, partout dans les grandes villes ; ses membres sont proches de la population, proches de ses préoccupations concrètes. Cette capacité que nous avons de relier le local au transnational peut faire de nous des acteurs privilégiés dans la société.

 

Il est clair que nous avons quelque chose à dire sur l'état de la société : le travail, les inégalités, l'exclusion, le lien social, le bien commun, la violence, la distance entre dirigeants et dirigés, les déséquilibres entre Nord et Sud de la planète, les rapports hommes/nature; les difficultés d'accès à la culture, le spirituel qui influence négativement le temporel, etc.

 

Franc-maçonnerie dogmatique ou adogmatique, peu importe !

 

Ici, sous le soleil d'un Sénégal, cette querelle qui divise ailleurs et oppose les obédiences ne doit pas être de mise chez nous ; surtout que la diversité des opinions et des croyances ne fait pas obstacle à la "teranga" sénégalaise.

 

S'y ajoute le fait que la franc-maçonnerie en laquelle nous nous sommes engagés a pour but essentiel de rassembler ce qui est épars, et  pour constituer un centre de l'union.

 

Il n'est pas superflu de le répéter : ce travail ne saurait s'accomplir si les loges du Sénégal restent dans un carcan, j'allais dire  dans le bourbier inextricable des querelles obédientielles. C'est vers des préoccupations concrètes que doivent essentiellement tendre nos luttes et non vers une vie maçonnique en vase clos.

Janvier 2018 : Le mélodrame dakarois 

Tout a commencé avec l'annonce de la rencontre des REHFRAM 2018 à Dakar qui a été diffusé sur internet et les réseaux sociaux.

Cette annonce a suscité, dans la presse populaire, une campagne d'opinion  maçonnique au Sénégal sur le thème "la franc-maçonnerie est diabolique et contraire au Coran" ; cette campagne s'est accompagnée de menaces de manifestations publiques !  

Devant l'ampleur de la campagne, l'hôtel prévu pour ces rencontres a annulé la réservation et le gouvernement a décidé d'interdire toute réunion maçonnique publique ou non (cf décret du préfet de Dakar ci-dessous) !

En avril 2018, la tension semble s'être dégonflée et le préfet de Dakar a, à nouveau, autorisé les réunions maçonniques !

 

 L'Idéal Maçonnique,

Objectif Sagesse !