Hauts grades maçonniques

Une invention probablement française

 

Même si certains textes anciens semblent faire référence à une possible évolution au-delà des trois premiers grades, il semble bien que l'apparition des hauts grades soit essentiellement due à la volonté des loges françaises (et en particulier bordelaises) de compléter les grades initiaux en intégrant des références à toutes sortes de légendes, de contes et d'événements historiques "revisités" !

 

De ce foisonnement d'initiatives, propre à cette période du XVIIIème siècle, le filtre de l'Histoire en gardera essentiellement une seule qui aura une destinée mondiale et qui se fera connaître sous l'acronyme du RE2A, c'est à dire le Rite Ecossais Ancien et Accepté.

 

A l'origine de ce rite il y a un négociant bordelais, Etienne Morin, qui, après bien des aventures, se retrouve aux Antilles dans les années 1760 et développe un premier rite à multiples degrés ; ce modèle sera repris par des francs-maçons américains et, après des modifications, sera constitué ce rite à 33 degrés en 1801. 

 

Le développement de ce rite donnera lieu à un véritable engouement qui transformera durablement le paysage maçonnique et incitera d'autres maçons à créer d'autres rites à grades multiples ou à en modifier d'existants.

 

 

 

Les raisons d'un succès 

 

A chaque époque, des raisons spécificiques peuvent être trouvées, mais globalement, il me semble que le succès mondial du REAA peut être compris par trois éléments  que l'on retrouve aujourd'hui :

 

- Le REAA comme instrument de vulgarisation d'une culture ésotérique : bien que tous les auteurs sérieux s'accordent pour dire qu'il n'y a pas dans les rituels maçonniques, en général et du REAA en particulier, d'éléments nouveaux et originaux susceptibles d'émerveiller la pensée humaine, il est clair que de nombreux maçon(ne)s voent dans les thème "survolés" dans les grades dits supérieurs du REAA une "ouverture" philosophique qui change de la symbolique des grades bleus et qui présente une certaine attractivité pour celles et ceux qui n'avaient jusque là pas pu s'y intéresser. En quelque sorte, tout se passe comme si les ateliers supérieurs avaient permis une vulgarisation des sciences traditionnelles voire de certaines démarches ésotériques ; et cette capacité d'offrir cette vulgarisation s'accomplit dans le cadre d'une relative démocratisation de l'accès aux loges.

 

- Le REAA comme élément de sélection : Toute organisation humaine induit des niveaux de pouvoirs ; ces niveaux de pouvoirs entrainent la réalisation d'un parcours d'accès au pouvoir. En créant ce mode de sélection, les ateliers supérieurs facilitent le cheminement indirectement vers le pouvoir en créant une sélection parmi les frères et soeurs ; au-delà de l'intérêt intellectuel, le brassage qu'entraine le fonctionnement des hauts grades brise le cloisonnement des loges qui sont calfeutrées dans leurs orients ! Ce brassage favorise la circulation des informations, la formation d'amitiés voire de clans !

 

- Le REAA comme élément de stabilité maçonnique mondiale : Face aux difficultés de fonctionnement des obédiences, on comprend bien que certains esprits puissent s'inquiéter de voir la franc-maçonnerie devenir une "peau de chagrin". La mondialisation du REAA et sa relative stabilité ont pu être des arguments importants pour permettre aux suprêmes conseils de jouer un rôle palliatif face à l'impuissance des obédiences.

 

Tout cela montre, s'il en était besoin, combien le problème est complexe et combien la responsabilité des loges et des obédiences est grande pour faire en sorte que l'idéal maçonnique soit mis en valeur et que sa divulgation soit réalisée dans des conditions authentiques et sincères.

 

 

Un succès qui crée problème 

 

Qui dit plusieurs grades, implique l'existence d'une organisation ; or cette organisation devra composer avec la structuration existante des loges dans le cadre du Grand Orient de France, seule obédience maçonnique existante à la fin du XVIIème siècle en France.

 

L'organisation du rite, c'est le suprême conseil ; étant donnée la propension à vouloir rechercher des prétextes à division, ce qui devait arriver arriva, et de conflits en ruptures et en création de concurrences,   la belle unité du grand Orient de France volera en morceaux pour aboutir à une multiplication des obédiences et des ....suprêmes conseils !

 

Il n'y a qu'en Angleterre où l'autorité de la Grande Loge Unie réussit à se maintenir au prix de quelques concessions aux "side degrees"  ! 

 

Aujourd'hui encore, il est clair que l'équilibre des pouvoirs entre les suprêmes conseils et les obédiences est fragile et bien que tout cela se passe de façon "discrète", il est clair que les suprêmes conseils du REAA jouent, quelles que soient les obédiences, une influence non négligeable sur le fonctionnement des obédiences. 

 

 L'Idéal Maçonnique,

Objectif Sagesse !