L'avenir de la Franc-Maçonnerie

Le fonctionnement actuel du mouvement maçonnique

 

Il a des aspects positifs et d’autres qui sont manifestement rétrogrades et contreproductifs :

 

  • les aspects positifs :

    • permettre à un groupe de maçon(ne)s d’appréhender la démarche maçonnique au niveau d’une loge fut, à n’en point douter, une stratégie avant-gardiste qui montre toujours sa pertinence même si l’absence de formation à la dynamique de groupe est aujourd’hui une lacune qui mériterait d’être comblée ;

    • la dynamique universelle et internationale est également un atout important même si elle est difficilement mise en œuvre au niveau des loges et se résume au niveau des obédiences à un jeu d’alliances formelles ;

    • Malgré les réticences de celles et ceux qui ont peur d’aborder les questions sociales et culturelles en loge, le mouvement maçonnique au niveau des maçon(ne)s s’intéresse à ces questions ;

 

  • Les aspects négatifs :

    • Le schéma d’organisation avec ses deux pôles, le niveau local avec les loges, et le niveau central avec les obédiences,  et un renouvellement annuel des responsabilités, ne remplit pas son rôle de facilitateur de la communication interne et externe ;

    • L’existence de deux systèmes de responsabilités, les obédiences et les rites, introduit une confusion préjudiciable à la cohérence de l’ensemble ;

    • La notion de laboratoire d’idées est polluée par le mythe démocratique et la pratique de la synthèse ; au final, ce potentiel d’innovation n’est pas exploité comme il mériterait de l’être ;

    • Le rituel peut apparaître comme sclérosant et dogmatique s’il n’est pas adapté à la spécificité d’un travail moderne en groupe.

    • Le fonctionnement des hauts grades introduit illusion et clientélisme : sur une pseudo valorisation qualitative, il détourne le fonctionnement des loges bleues qui se trouvent déposséder de toutes leurs prérogatives pour ne plus être que des zones de passages obligés.

 

 

 

La franc-maçonnerie, quel avenir dans ce 21ème siècle ?

 

Si on voulait résumer les 3 premiers siècles de son existence on pourrait écrire : « Peut mieux faire ! » Cela pourrait paraître un brin condescendant et prétentieux car comme toute formule, l’expression est réductrice mais elle se comprend au regard du défi que la franc-maçonnerie voulait relever : retrouver la paix dans une société en guerre sur la base d’une valeur travail transposée du plan opératif au plan spéculatif, c'est-à-dire sur le plan éthique.

 

Inventée par une société anglaise aux bords de l’implosion, adoptée par les bourgeoisies des grands pays maitres du monde, instrumentée par les grands et les petits pouvoirs, parcellisée en une multitude de moyennes et petites organisations, la franc-maçonnerie continue à intéresser sans pouvoir vraiment fidéliser et développer une audience qui reste malgré tout confidentielle !

 

Au final, elle se résume aujourd’hui en un petit réseau d’informations ayant un statut institutionnel et jouant essentiellement un rôle dans la socialisation des cadres, sensibles au progrès humaniste.

Si on analyse l’histoire des mouvements collectifs et de leurs organisations, on voit bien que leur évolution passe toujours par trois phases avec :

  • Une phase émergente boostée par une conjonction de soutiens et une diffusion par les réseaux existants ;

  • Une phase d’organisation et de structuration du mouvement ;

  • Une phase de diffusion et de consolidation.

 

Selon le mouvement et l’organisation, selon les moments historiques, et aussi selon les conflits d’intérêts et de pouvoir, ces trois phases peuvent s’étendre sur plusieurs dizaines d’années, parfois être suivies d’une phase de régression avant de connaître une nouvelle embellie ou une quasi disparition.

 

Ces trois phases sont généralement liées aux événementiels de l’époque et des pays considérés et sous la dépendance étroite de la forte propension des êtres humains à se regrouper pour faire prévaloir leurs préoccupations existentielles.

 

Cette évolution peut, bien sûr, s’analyser globalement mais aussi  aux différents niveaux géographiques des territoires terrestres. Ainsi en est-il pour les mouvements religieux, sociaux, politiques ou culturels.

 

Le mouvement maçonnique s’est très vite placé à un niveau international ; même si secondairement un reflux sur des positions nationales a pu être observé, la dimension internationale a perduré.

Plusieurs contextes ont interféré :

  • A la phase émergente (1720 – 1800):

    • le discrédit des sectes protestantes pourvoyeuses d’une instabilité sociale

    • La crise de l’église catholique

    • l’appui d’une grande partie de l’intelligentsia anglaise et anglophile

    • l’Europe « des lumières »

    • La révolution française de 1789

    • L’expansionnisme européen

    • La formation des Etats-Unis d’Amérique

 

  • A la phase d’organisation et de structuration (1800 – 1870) :

    • L’appui du royaume d’Angleterre

    • La récupération napoléonienne

    • L’intégration à la constitution américaine

  • A la phase de diffusion et de consolidation (1870 – 2000)

    • L’intégration aux jeunes républiques du continent sud américain

    • L’expansion économique de l’ère Napoléon III

    • La commune de Paris

    • L’affaire Dreyfus

    • La séparation de l’église et de l’état

    • La 1ère guerre mondiale et son internationalisation

    • La IIIème république

    • La 2ème guerre mondiale et la résistance

    • La IVème république

    • Les débats sociétaux de la Vème république

    • La mondialisation

 

Aujourd’hui, le mouvement maçonnique mondial se caractérise par :

  • Une forte implantation américaine pour une maçonnerie à large majorité anglo-saxonne

  • Un formalisme bourgeois passéiste

  • Une maçonnerie européenne divisée avec un courant libéral et ouvert très minoritaire

  • Une lente féminisation

  • Une faible implication des intellectuels

  • Une réelle implantation dans le milieu du travail (public et privé), principalement au niveau de l’encadrement

  • Une petite dérive mafieuse qui peut faire beaucoup de bruit

  • Un refus de voir évoluer des rites anciens pour n’en garder que le formalisme

  • Une cacophonie organisationnelle qui préserve son pré-carré institutionnel

  • Une réelle crise de la dynamique de gestion des obédiences avec une incapacité à faire évoluer leur fonctionnement.

  • Un recours minoritaire mais actif, plus ou moins sectaire, à un mysticisme archaïque

  • Une commercialisation du service maçonnique avec le développement d’un réseau marchand non négligeable (livres, médailles, décors, voyages, sites internet, restauration, etc.)

 

C’est donc sur cette situation que la question de l’avenir du mouvement maçonnique dans le 21ème siècle peut se poser.

 

Ce 21ème siècle a toutes les chances de voir des problématiques existantes arriver au stade de crise sociale majeur :

  • La problématique environnementale avec le réchauffement climatique et leurs conséquences économiques et sociales

  • L’épuisement de la course folle vers la croissance

  • La surpopulation et les migrations

  • Le risque de dérapage nucléaire

  • Le recours à l’intelligence artificielle et sa répercussion sur l’emploi

 

Deux scénarios peuvent être imaginés :

  • une marginalisation du mouvement maçonnique au stade de mythe passéiste plus ou moins folklorique

  • une évolution du mouvement maçonnique capable de répondre aux grandes interrogations sociétales.

 

C’est naturellement ce dernier scénario qui nous préoccupe le plus et qui nous semblerait conforme avec l’ambition de voir l’idéal maçonnique jouer pleinement son rôle.  

 

Quelle évolution du mouvement maçonnique pourrait-on espérer pour le voir grandir et constituer une espérance ?

 

C’est une question difficile car tout le monde maçonnique n’est pas forcément d’accord sur l’analyse du fonctionnement actuel et aussi sur sa finalité.

 

Il est clair qu’une nécessité de réformes s’impose et que celles-ci ne seront réalisées qu’à partir des structures existantes.

 

Il est intéressant de prendre en compte l’enquête commanditée par la Grande Loge Unie d’Angleterre en 2012 sous le titre « Future of Freemasonry » ; cette enquête a été réalisée par un organisme de recherche non-maçonnique , Social Issues Research Centre (SIRC) et a été mise en ligne sur ce site  : http://www.freemasonrytoday.com/ugle-sgc/ugle/item/511-future-of-freemasonry-study-is-published.

 

​​

Quelles réformes pourrait-on espérer ?

 

Principes généraux : 

Dans le fonctionnement actuel des grandes organisations, on voit bien que leur crédibilité est étroitement liée :

  • Aux qualités morales et intellectuelles des responsables nationaux et internationaux

  • A l’intégrité financière et gestionnaire

  • A la capacité d’assumer une médiatisation de tous les instants.

 

Le mouvement maçonnique n’échappe pas à ces contraintes et les réformes à mettre en œuvre doivent faciliter la prise en compte de  ces exigences.

 

A partir de cette base, on pourrait imaginer que la crédibilité de la Franc-maçonnerie soit confortée par trois dynamiques :

  • Développer la dimension européenne en s’orientant vers un fonctionnement fédéral des obédiences

  • Faire émerger un think tank maçonnique international de qualité

  • Mettre en œuvre une capacité d’action solidaire à la hauteur des enjeux et semblable à celles des grandes ONG internationales.

 

Ainsi le mouvement maçonnique pourrait apparaître avec ces deux composantes :

  • Une activité au niveau des loges à qui serait garantie une liberté de fonctionnement

  • Un fonctionnement organisationnel mieux adapté à la prise en compte des grands défis sociétaux.

Au niveau des structures maçonniques :

 

Sans vouloir être exhaustif, la modernisation du fonctionnement des obédiences aurait pour objectifs : transparence, efficacité et responsabilité.

  • Au niveau de la loge :

    • Introduire la dynamique de groupe dans la formation des candidats aux postes d’officier(e)s

    • Limiter le nombre de membres des loges à 30  pour favoriser une meilleure gestion du groupe

    • Stabiliser la gestion du groupe en introduisant un vote des officier(e)s sur liste pour 3 ans renouvelable 1 fois ;

    • Améliorer la communication directe entre la loge et le conseil de l’ordre pour :

      • Réduire les circuits de communication interne

      • favoriser une extériorisation plus simple

      • susciter une innovation.

  • Au niveau de l’obédience :

    • Dans le fonctionnement du convent :

      • La règle d’une loge représentée par un(e) délégué(e) ne mériterait-elle pas d’être transformée par celle de trois délégué(e)s par région maçonnique avec des régions plus nombreuses (environ 60) de manière à ne pas dépasser deux cents délégué(e)s par convent ? Cela permettrait de mieux organiser un réel travail productif du convent.

      • Le convent, organe législatif, devrait se concentrer sur des travaux plus ciblés, comme par exemple :

        • Le contrôle du fonctionnement et du budget des différentes composantes de l’obédience

        • La prospective

        • L’international

 

  • Dans le fonctionnement du conseil de l’ordre :

    • Le grand maître (ou grande maîtresse) pourrait être élu(e) par l’ensemble des adhérent(e)s tous les 3 ans avec liberté de choisir les membres du conseil de l’ordre (pour un nombre restreint d’une dizaine de membres) ; cela permettrait de stabiliser et de renforcer l’autorité du Grand Maître (ou de la Grande Maîtresse).

    • Pour introduire une mesure de sauvegarde, le Grand Maître (ou la Grande Maîtresse) et le conseil de l’ordre pourrait  être démissionné par une résolution conventuelle réunissant les 3/5ème des inscrits ;

  • Dans le fonctionnement de l’obédience :

    • Simplifier les procédures de justice maçonnique

    • Introduire de nouvelles instances, indépendantes du conseil de l’ordre, responsables devant le convent , comme par exemple :

      • Un  conseil de la gestion financière

      • Un conseil de la gestion immobilière

      • Un conseil de l’organisation des rites.

    • Imaginer des structures d'accueil d'un public plus large  : associations, sites internets inter actifs, etc.​

    • créer des structures de formation des membres en associant des structures de formation existantes.

Le défi maçonnique du XXIème siècle : Réussir le multiculturalisme en loge !

Le développement des échanges internationaux, les migrations et le métissage dans toutes ses composantes explique le développement du multiculturalisme qui s’imposera inéluctablement au fil des siècles à venir. Aujourd’hui c’est une réalité en Europe et en Amérique du Nord, essentiellement dans les grandes agglomérations et de plus en plus dans les bourgades, mais demain cela concernera encore plus de zones géographiques.

 

Certains regrettent la franche identité nationale et présentent le multiculuralisme comme une idéologie dangereuse qu’il faudrait combattre mais en réalité n’est-ce pas tout simplement un fait sociologique incontournable ? Le repli nationaliste et la tentation d’une identité mythique ne résisteront pas aux réalité.

 

Pour nous, francs-maçon(ne)s, adeptes de l’universalité, curieux de la diversité culturelle et philosophique, le multiculturalisme ne peut être un élément d’inquiétude et ne peut faire office de repoussoir pour se réfugier dans un déni.

 

Bien que la quasi-totalité des rituels maçonniques ait un fondement biblique, la démarche maçonnique s’ouvre naturellement au multiculturalisme.

 

Au-delà de la déclaration d’intention, la mise en pratique du multiculturalisme dans les loges et les obédiences mériteraient une réflexion affinée au niveau des différentes structures de la mouvance maçonnique et ceci pour plusieurs raisons :

  • Les loges maçonniques sont ouvertes à tous les sujets de bonne volonté désireux de découvrir un lieu de réflexion original ; en dehors des français issus de plusieurs générations liées à notre territoire, d’autres se sont amalgamés plus récemment et souhaitent conserver soit une bi nationalité soit une attache avec des origines familiales extra nationales.

  • Si la pratique maçonnique ne concerne pas les  opinions religieuses, on ne peut nier que le multiculturalisme implique le respect des cultures des différents membres des communautés ; cela suppose un minimum des origines ethniques. Pour ne parler que des obédiences françaises, l’implantation de leurs loges est mondiale ; à titre d’exemple pour ce qui concerne le language, une loge du GODF de Londres fonctionne déjà avec la langue anglaise ; demain, ne serait-il pas envisageable de voir des loges utiliser la langue Kanak en Nouvelle Calédonie, le créole aux Antilles, le wolof au Sénégal, etc.

 

  • Si aujourd’hui l’inspiration biblique des rituels ne gêne pas les personnes de religion ou de culture chrétienne ou hébraïque, elle peut être un élément de blocage pour des personnes qui ne considèrent pas la bible comme une référence incontournable. La création d’un rituel ouvert aux références culturelles extra-européennes semble probable dans un avenir proche.

  • L’ouverture des loges aux athées et incroyants peut aussi être un élément de changement et d’adaptation.

  • La mixité, qui est aujourd’hui une réalité admise, devrait être, elle aussi, dans son versant multiculturel, prise en compte : à titre d’exemple, le port du voile ne devrait pas être incompatible avec le respect de la laïcité.

C’est un énorme chantier qui s’ouvre à nous et qui devrait mobiliser toutes celles et tous ceux qui souhaitent que la franc-maçonnerie ne se cantonne pas dans des habitudes figées, passéistes et soit capable d’accueillir sur ses colonnes une grande variété d’être humains en leur offrant le respect et l’écoute de leurs vécus.

 

Comme l’écrivait Martin Luther King, n’est-il pas important d’affirmer :

 « Vivons ensemble comme des frères, ou nous mourrons ensemble comme des imbéciles ».

 
 
 
 

 L'Idéal Maçonnique,

Objectif Sagesse !