Les difficultés

en loge maçonnique

De quelques problèmes de fonctionnement 

 

Il aurait été étonnant qu'une organisation humaine échappe aux imperfections. Malgré les valeurs morales dont il fait référence le dynamisme maçonnique  bute sur un certain nombre de difficultés. Il faut être conscient de ces biais qui alimentent l'anti-maçonnisme. Les principaux obstacles à la diffusion de l'idéal maçonnique concernent, à mon avis, six domaines :

 

- Le hiatus entre un bel idéal et des rituels désuets :

C'est la plus grande difficulté que l'on peut éprouver quand on débute dans un parcours maçonnique ; comment expliquer que des rituels écrits au XVIIIème siècle avec des références à la limite de la mythomanie puissent encore servir, au XXIème siècle, de trames aux travaux symboliques ? La réponse blasée c'est de se réfugier dans "Tout est symbole !" ; chacun s'arrange et tout le monde fait comme si !  Et heureusement, malgré cet aspect un peu "moisi", les êtres humains arrivent à donner vie à un exercice formel et à lui donner une certaine humanité. 

 

- L'idéal maçonnique et les comportements de certain(e)s francs-maçon(ne)s :

 

Les francs-maçon(ne)s sont des êtres humains comme les autres et à ce titre ils peuvent être tentés d'enfreindre les principes moraux qu'ils sont censés promouvoir pour privilégier leurs intérêts personnels en utilisant des procédés non recommandables (de la supercherie à la dérive mafieuse) ; c'est ainsi que certains défraient la chronique et que les journalistes mettent en avant leur appartenance maçonnique ; il a été fait mention de loges qui pourraient être considérées de mafieuses dans la mesure où elle regroupait des membres utilisant le réseau des francs-maçon(ne)s pour des activités criminelles. Est-ce pour autant une raison de dénigrer la franc-maçonnerie et son idéal ? Evidemment non !

 

- les problèmes liés à la dynamique de groupe :

 

Quel que soit le groupe, la dynamique qui s'y déroule peut être à l'origine d'effets pervers pouvant aboutir à la dislocation du groupe ; cette loi générale se vérifie aussi en franc-maçonnerie et est la cause de certaines difficultés.

 

- la dérive hiérarchique des hauts grades :

 

On ne le dit pas mais on le pense très fort : un(e) maçon(ne) qui fréquente les ateliers dits supérieurs (au delà du 3ème degré) c'est ... autre chose !!! Ne peut-on pas considérer cette dérive comme la cause la plus importante de l'incapacité des francs-maçon(ne)s à être reconnus pour leur "sagesse" !

 

- le dysfonctionnement des obédiences :

 

Plusieurs remarques sont couramment énoncées :

  • les obédiences ont tendance à se vivre comme des institutions  qui fonctionne pour elles-mêmes ; une minorité de frères et/ou de soeurs sont devenus des connaisseurs de "l'administratif" créant un fossé entre les membres des loges et leurs représentants ;

  • La multiplicité des organisations maçonniques, les rivalités  et la propension pour chacune à vouloir se voir reconnaître comme un pôle de référence déconsidèrent le rôle des obédiences ;

  • Au total, la division et l'irresponsabilité obédientielle éloignent la mise en oeuvre des réformes qui seraient indispensables pour optimiser le rôle des obédiences !  Il y a même une tentation de créer des loges sauvages  ! 

 

- Le rôle sélectif du coût de l'appartenance maçonnique :

 

Théoriquement ce n'est pas un critère de sélection, mais participer aux activités maçonniques suppose un budget minimum de l'ordre de 500 €/an ce qui peut être rédhibitoire pour certaines familles.

 

- la difficile ouverture aux diversités culturelles :

 

Les rituels maçonniques sont très imbibés de références judeo-chrétiennes qui peuvent constituer, pour des maçons et maçonnes d'autres cultures, comme une grille de lecture éloignée de leurs propres références culturelles. Sans remettre en cause les rituels existant, ne pourrait-on pas envisager un rite universel ?

- la dérive affairiste :

 

Cette dérive concerne des pratiques qui ne sont pas illégales mais qui n'entrent pas dans le champ d'activité maçonnique à proprement dit : il s'agit essentiellement des activités de ce que l'on appelle "les fraternelles", associations loi 1901 qui regroupent des francs-maçon(ne)s en fonction d'une communauté d'intérêts : la profession, l'origine, la politique, les centres d'intérêts, etc...

 

 
 
Détestable synthèse 

 

La démarche maçonnique fonctionne aussi avec ses mythes : parmi ceux-ci, il y a le mythe de voir émerger une idée géniale à partir de la mise en commun de réflexions émanant des personnalités différentes aussi bien au niveau de la loge que de l’obédience.

 

En loge maçonnique, lorsqu’il s’agit d’étudier un sujet, généralement on crée une commission composée des volontaires voulant y participer ; parmi les membres de la commission, un(e) volontaire accepte d’être rapporteur ; et c’est le (la) rapporteur qui a en charge de réaliser une synthèse qui à l’issue des travaux de la commission sera lue en loge pour amendement éventuel et adoption définitive.

 

Ensuite le rapport de synthèse réalisé par une loge est envoyé soit à l’échelon national ou régional et un nouveau processus de commission est engagé avec un nouveau rapporteur qui rédigera une nouvelle synthèse des synthèses.

 

Et cette synthèse des synthèses terminera sûrement dans un tiroir ou un dossier ; au final, on peut se demander quel peut être l’intérêt de ce genre de travail qui prend beaucoup de temps, qui demande des sacrifices d’emplois du temps déjà chargés pour une exploitation aléatoire.

 

Sont concernées par cette méthode de travail, les questions (au nombre de 5 pour le GODF) à l’étude des loges censées recueillir les avis de toutes les loges d’une obédience pour être présentés au convent annuel, les questions émises par les différentes commissions des congrès régionaux et les sujets de réflexion choisis pour des tenues inter-obédientielles, sans parler d’autres occasions (anniversaires, tenues de Saint-Jean, etc.).

 

A titre d’exemple, voici les cinq questions retenues par le convent 2015 du GODF :

1. Question A -  dite d’intérêt général : Entre liberté et sécurité, quelle société s'offre à nous ?

2. Question B -  dite d’intérêt maçonnique ou symbolique : La Franc Maçonnerie a-t-elle vocation à refléter l'ensemble de la société ?

3. Question C -  dite sur la laïcité : Comment un Franc-maçon peut-il promouvoir au travers de sa vie profane le principe de laïcité ?

4. Question D -  dite sur la Paix et les Droits de l’Homme : Quelle politique migratoire fondée sur nos valeurs peut-on promouvoir auprès des responsables de l'Union Européenne ?

5. Question E -  dite des Loges hors métropole : Jusqu'où peut-on aller dans le respect des cultures ?

 

La pratique de la synthèse part d’un bon sentiment mais elle a aussi de nombreux inconvénients :

 

· La synthèse suppose du rapporteur, une formation et un savoir : c’est un poste difficile et il n’est pas toujours évident de trouver la personne compétente pour l’assumer ;

 

· La synthèse privilégie généralement le ressenti sur la réflexion car c’est plus facile de dégager une approche de consensus sur le ressenti ; or on sait qu’aujourd’hui le ressenti est le plus souvent sous l’influence des médias qui possèdent l’art de nous manipuler sans qu’on s’en aperçoive !

 

· La synthèse met à l’écart les idées minoritaires souvent dérangeantes ;

 

· La synthèse n’a de sens que s’il s’agit des contributions personnelles des frères et des sœurs : que dire s’il s’agit des contributions wikipédiasques ?

 

On comprend bien que les principes de démocratie et d’égalité de tous imposent une méthodologie égalitaire, mais est-ce bien raisonnable d’imaginer qu’il puisse  en résulter une production exploitable ?

 

Alors, il reste l’intérêt de donner l’occasion de réfléchir sur un thème qui paraît porteur et quoi qu’il en reste,  réfléchir n’est jamais inutile !

 

Ne serait-il pas temps de modifier cette manière de faire en distinguant deux objectifs :

 

· Imposer une réflexion collective sur un certain nombre de thèmes pour qu’ils soient communs à une obédience : il suffirait de proposer les questions choisies en laissant les loges organiser leurs traitements.

 

· Faire émerger une réflexion maçonnique innovante pouvant être porteuse de développements futurs dans le monde profane : pour cela le plus simple, serait de faire un appel direct aux frères et aux sœurs et de soumettre les réponses à un comité d’experts en charge de les examiner et de décider de l’adoption des propositions les plus novatrices. A charge ensuite au convent de valider ou non le choix fait.

 

 

 L'Idéal Maçonnique,

Objectif Sagesse !