Quel avenir pour la Nouvelle Calédonie ?

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Quel rôle pourrait avoir la Franc-Maçonnerie

pour aider à résoudre le problème

de la Nouvelle Calédonie ?

Une analyse de la situation politique de la Nouvelle Calédonie,  avant le referendum prévu 6 septembre 2020, aboutit à deux conclusions :

  • Si l’indépendance de la Nouvelle Calédonie est inéluctable, l'absence de dialogue politique risque d'aboutir au statu-quo d'un rapport de force incapable de solutionner l'avenir du "caillou",

  • Si seule l’entente entre les représentants politiques des populations kanaques et non kanaques pourrait assurer une paix durable, la dégradation de l'économie calédonienne majorée par la pandémie au Covid-19 et alimentée par l'incertitude politique risque de conforter le vote indépendantiste  !

 

Pour réaliser cette paix durable, les obédiences maçonniques pourraient avoir un rôle à jouer ; Roger Leray quand il était Grand Maître du  GODF s’était bien engagé pour faire réussir en 1988 les accords de Matignon. Il y a aujourd'hui quelques francs-maçons aux postes clés du gouvernement calédonien.

 

Aujourd’hui il semble nécessaire de convaincre les acteurs politiques calédoniens à trouver un accord qui permette d’envisager ce fameux avenir commun ! La Franc-Maçonnerie, avec sa volonté de transcender les clivages, pourrait y contribuer efficacement ; toutes les obédiences ont un rôle à jouer.

1 / Rappel des faits :

 

  • Un fait historique humiliant : le 24 septembre 1853, l’Amiral Febvrier-Despointes prend possession de la Nouvelle-Calédonie au nom de Napoléon III Empereur des français ; depuis cette date, les différentes formes juridiques de l’Etat français ont avalisé cette conquête contraire aux Droits de l’Homme et du Citoyen et aux relations internationales pacifiques prônées par l’ONU !

 

  • Depuis le 24 septembre 1853, l’histoire de France est entachée d’un crime qui a enclenché le processus de la colonisation, elle-même responsable d’autres crimes !

 

  • Depuis le 24 septembre 1853 les populations canaques ne cessent de réclamer leur juste droit pour recouvrer l’exercice de leur autodétermination  !

 

  • Le 5 mai 1998, suite à un mouvement de rébellion canaque réprimé par l’armée française, la République française a accepté de mettre en œuvre un processus de décolonisation. Ce processus a été avalisé par les représentants canaques dans une démarche volontaire et pacifique. Le Grand Maître du GODF en fonction, Roger Leray, a activement participé à l’élaboration de ces accords de Nouméa.

  • En 2017 la situation démographique démontre qu’une majorité de la population admise à participer au processus d’auto-détermination est non canaque !

 

  • L’accord de Nouméa prévoit en 2018 un processus d’autodétermination ouvert à la population calédonienne canaque et non canaque. Les résultats ont donné une majorité étriquée au vote non-indépendantiste et un autre referendum a été programmé pour 2020.

  • Les dernières élections provinciales de 2019 ont modifié le paysage politique calédonien : l'échec du parti Nouvelle Calédonie Ensemble de Philippe Gomez au profit d'une coalition de partis calédoniens plus anti-indépendantistes (Avenir en confiance, Eveil calédonien), le maintien d'une forte minorité indépendantiste avec ses trois partis kanaks (UC-FLNKS, FLNKS et UNI).

 

  • En 2020, les représentants politiques de la partie non-canaque de la population sont presque exclusivement opposés à recouvrer un droit souverain pour ce territoire !

  • La pandémie au Covid-19 a aggravé la situation économique de la Nouvelle Calédonie et la question se pose pour la France de continuer à soutenir les populations d'origine européenne.

  • En 2020, les institutions politiques complexes avec des compétences partagées entre les provinces, le congrès et le gouvernement calédonien, ne permettent pas l’émergence d’une dynamique majoritaire ; une instabilité chronique ne facilite pas la mise en œuvre des réformes. Une réelle division de la classe politique aussi bien chez les loyalistes que chez les indépendantistes. Au congrès, sur 54 élus on a :

    • Une faible majorité anti-indépendantiste : 28 élus en 4 groupes (Avenir en confiance 18 élus, Calédonie ensemble  6 élus, Eveil calédonien 3 élus et Génération NC 1 élu)

    • Une minorité indépendantiste : 26 élus en 2 groupes ( « UC-FLNKS et Nationalistes » 13 élus et UNI 12 élus) et 1 élu du Parti travailliste.

 

En conséquence, plusieurs questions se posent :

 

  • La crédibilité du vote indépendantiste en particulier dans la communauté d'origine asiatique,  va-t-elle continuer à augmenter le poids politique des partis politiques kanaks ?

 

  • La France va-t-elle se résoudre à faire pression pour qu'une solution politique consensuelle soit trouvée ?

 

  • La population d'origine européenne sera-t-elle plus ouverte à un projet d'Etat-association qui serait une solution élégante à une sortie de crise ?

 

  • Une nouvelle approche des atouts économiques de la Nouvelle Calédonie pourrait-elle permettre un rapprochement des partis politiques ?

 

Tout se passe comme si :

  • Les responsables politiques des deux camps étaient liés par la binarité de la vie politique calédonienne avec la crainte de se trouver en minorité en cas d’expression d’une certaine liberté de parole ;

  • Un attentisme prévalait  empêchant toute initiative de rapprochement entre les deux camps ! 

 

2 / Analyse du vécu des populations

 

Le vécu des populations en Nouvelle Calédonie en 2020 pourrait se résumer en un certain nombre de constats listés ci-dessous sans ordre caractérisé :

  • Des grandes familles caldoches vécues comme intouchables et réelles détentrices du pouvoir ;

  • L’emprise de l’oligarchie commerciale sur le fonctionnement économique.

  • Un niveau de vie global satisfaisant avec des disparités : une grande aisance pour  des privilégiés et une catégorie de la population en difficulté (en particulier canaque) bénéficiant d’une aide sociale  ;

  • Une population d’origine européenne globalement privilégiée par rapport aux autres communautés ; à signaler l’existence d’un sous-groupe d’européens anciens fonctionnaires ayant bénéficié des différents avantages salariaux et  fiscaux accordés par l’Etat durant ces 30 dernières années ;

  • Une petite minorité canaque bénéficiant d’un haut niveau de vie et de plusieurs avantages.

  • Une vie sociale très marquée par le communautarisme avec deux communautés principales (les canaques et les européens), plusieurs petites communautés en particulier d’origine asiatique et une proportion sociale non négligeable de métissage ;

  • Une indépendance de fait : la France est globalement vécue comme une entité lointaine ayant son mode de fonctionnement souvent très différent de celui de la Nouvelle Calédonie ; la référence à la France est devenue mythique pour une partie de la population d’origine caldoche alors qu’elle est vécue comme une puissance coloniale étrangère pour la population canaque.

  • Une problématique de la désocialisation d’une partie de la jeunesse canaque qui n’hésite pas à utiliser la violence pour détruire tout  ce qui peut être assimilé au pouvoir « blanc ».

  • Un droit coutumier inadapté au développement économique des tribus avec l’apparition d’une incompréhension entre une élite canaque entrepreneuriale et un pouvoir coutumier vécu comme rétrograde ;

  • Une minorité caldoche arcboutée sur un certain mépris de la population canaque ;

  • Un sentiment diffus de peur de l’autre : ce ressenti se retrouve dans toutes les couches de la population et influe beaucoup sur la liberté de circulation et les projets d’investissement ; souvent refoulé ce sentiment réapparait pour le moindre prétexte ; il alimente une méfiance inter-communautaire ;

  • Le sentiment de devoir subir une classe politique corrompue.

  • Une justice sous influence dont on se méfie.

  • Une police vécue comme nécessaire mais aussi comme le bras séculier du pouvoir colonial représenté par un Haut Commissariat qui ne semble préoccupé que par le calme apparent des faits divers.

  • Une partie de la jeunesse pluri-communautaire, dynamique et hésitante à assumer ses responsabilités sociétales.

  • Un milieu environnemental complexe avec des éléments de qualité exceptionnelle, une exposition toxique non négligeable et une incertitude sur la survenue d’événements climatiques ou géologiques catastrophiques.

  • Une absence de diversité d’informations : La presse et les médias n’ont pas la capacité de fournir une information indépendante ; ils en sont réduits au stade de relais avec les pressions inhérentes à la situation politico-économique.

  • Une vie culturelle sous développée avec l’absence d’infrastructures .

 

 

3 / Les problématiques au quotidien

 

Les populations de Nouvelle Calédonie sont confrontées à plusieurs problématiques :

  • La paix sociale :  c’est un vœu largement partagé ; il englobe l’activité des entreprises, la vie de quartier et les activités de loisir ;

  • La vitalité économique : l’inquiétude est que celle-ci décroisse en particulier pour le secteur minier ;

  • La lutte contre la corruption : elle semble souhaitée sans que cela se concrétise réellement par une mobilisation citoyenne ; le danger serait que la corruption apparaisse comme une composante de l’activité politique.

  • L’irresponsabilité des élus : elle apparaît comme une fatalité qui fait transférer sur la France la responsabilité de l’absence de réformes attendues.

  • La qualité environnementale :  le problème concerne l’environnement toxique créé par l’exploitation minière ; étant donné l’enjeu économique le problème est manifestement sous évalué et l’information délivrée victime d’une auto-censure ;

  • Un accès difficile à l’expression culturelle ;

  • Le maintien des avantages acquis : la catégorie de la population qui bénéficie d’un haut de niveau de vie est consciente de son caractère exceptionnel lié en particulier à la générosité de l’Etat français ; le sentiment diffus que cette générosité pourrait disparaître suscite un fond d’inquiétude quant à l’avenir.

  • La valorisation de l’identité canaque : elle n’est pas partagée par toute la population au même degré de la hiérarchisation des problématiques ; une forte majorité de la population canaque la place naturellement comme une priorité exigeant par là-même le retrait de la France vécue comme un pouvoir colonial tout en souhaitant bénéficier de son soutien financier.

  • L’émergence d’une identité calédonienne : c’est l’élément nouveau qui émerge dans une partie de la population regroupant aussi bien des canaques que des membres des autres communautés ; cette identité calédonienne est d’abord vécue comme une mixité ethnologique et sociale ; cette préoccupation concerne avant tout des milieux sociaux intellectualisés.

  • Le problème institutionnel : il est souvent schématisé sur le mode binaire : indépendance versus statu quo ! En fait , il pose le problème de la précarité des institutions mises en place par les accord de Nouméa avec l’instabilité créée par le recours à la proportionnelle qui empêche le fait majoritaire d’assumer sa responsabilité.

 

4 / Quel rôle pourrait avoir les obédiences maçonniques pour finaliser un avenir de paix en Nouvelle Calédonie ?

 

Les obédiences maçonniques peuvent agir en ordre dispersé mais il serait souhaitable qu’elles se concertent pour parler d’une seule voix. Porteuses d’une parole de paix elles peuvent indiquer les orientations qui leur paraîtraient justes au regard des valeurs qu’elles défendent.

 

Ces orientations pourraient se fonder sur un discours de vérité pour proposer une pédagogie visant à faciliter l’émergence d’un accord.

 

Un discours de vérité sur la situation politique en Nouvelle Calédonie se fonde sur trois éléments :

  • La responsabilité de la France aux yeux de l’Histoire est engagée ; en ayant utilisé la force pour annexer en 1853 un territoire qui ne lui appartenait au mépris des droits des peuples à disposer de leur propre  destin elle a gravement enfreint  le respect des peuples à l’auto-détermination ;

  • La sagesse des représentants des populations canaques a permis par les accords de Nouméa de 1998, par lesquels la France accepte de mettre en œuvre un processus de décolonisation progressive, la possibilité pour les populations non-canaques intégrées dans la vie économique et sociale de la Nouvelle Calédonie d’y avoir toute leur place.

  • Le processus de décolonisation enclenché par les accords de Nouméa n’a pas pour but de décider ou non l’indépendance de la Nouvelle Calédonie car celle-ci est un droit inaliénable ; le processus de décolonisation a pour objectif principal de permettre aux représentants politiques des populations canaques et non-canaques de trouver un accord quant à la prise en charge du destin commun de ce territoire une fois acté le départ de la puissance coloniale.

 

Une pédagogie pour faciliter l’émergence de la Paix

  • Faciliter le dialogue entre les représentants politiques des populations de Nouvelle Calédonie avec l’objectif de mettre en place les prochaines institutions de ce qui pourrait être la République Calédonienne.

  • Rappeler à l’Etat sa responsabilité de réussir la décolonisation !

  • Appeler tous les démocrates à soutenir toute initiative politique pouvant permettre l’émergence d’un accord politique entre les représentants des populations canaques et non-canaques en vue de permettre la mise en œuvre du destin commun, en dehors de toute ingérence étatique extérieure.

 

Cet accord politique entre les représentants des populations canaques et non-canaques est possible si on prend en compte différents faits :

  • Le statut actuel est un statut pervers qui ne permet pas de gouverner dans la sérénité ; la nouvelle république calédonienne a besoin d’institutions qui permettent au législatif de voter  les réformes  indispensables et à son gouvernement d’avoir les capacités de les mettre en œuvre !

  • la très large autonomie dont bénéficie la nouvelle Calédonie suite aux accords de Nouméa a fait émerger une forte identité calédonienne en particulier dans la jeunesse qui dépasse les clivages communautaires !

  • L'indépendance doit s'accompagner d'une constitution moderne qui permette au nouveau gouvernement calédonien de dynamiser réellement l'enthousiasme de la jeunesse calédonienne !

  • L’accord politique entre les représentants des populations canaques et non-capables doit permettre de conforter le respect des urnes.

 

Ce serait une preuve de responsabilité que de voir les représentants politiques des populations canaques et non – canaques de dépasser les antagonismes actuels pour unir leurs énergies afin de donner des institutions cohérentes à ce jeune état qui possède de nombreux atouts pour un destin commun.

 

La République française s’honorerait à confirmer son soutien pour permettre une transition sans heurt.

 

Dans la configuration politique actuelle, un accord des représentants politiques des populations canaques et non-canaques pourrait permettre l’émergence d’une coalition politique capable d’assumer toutes les responsabilités d’un nouvel Etat dans un climat de Paix et sans porter atteinte aux intérêts légitimes de tous ceux qui d’une manière ou d’une autre ont fait de ce territoire leur lieu de vie.

 

En participant à cette démarche de Paix, les obédiences maçonniques feraient incontestablement la preuve de la continuité de l’engagement pris par Roger Leray.

population calédonienne et communautés

Le terme de décolonisation utilisé dans l'accord de Nouméa donne lieu à des interprétations divergentes .

Décolonisation sous-entend un retrait du colonisateur !

Quand on évoque un referendum pour ou contre l'indépendance, n'est-ce pas de la mauvaise foi car l'indépendance a déjà été actée par les accords de Nouméa en utilisant le terme de décolonisation ?

Le referendum a pour objet de faire avaliser par le peuple un projet constitutionnel que les signataires s'engagent à élaborer dans le consensus !

L'ORDRE ET LA MORALE,

film De Mathieu Kassovitz (2011)

Téléfilm sur Christian Karembeu

où il  est interprété par Yaël Mayat

Jacques Lafleur  (1932-2010)

et Jean-Marie Tjibaou (1936-1989)  faisant la Paix en 1988

Roger Leray (1921-1991), Grand Maître du Grand Orient de France (1979-1980 et 1986-1987)

La Nouvelle Calédonie en chiffres (source : institut des statistiques)

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Deux commentaires pro-anti-indépendantistes :

Réponses aux commentaires : Merci pour vos observations !

- à Danièle Signor : la solution d'état associé pourquoi pas si un consensus se créé. Dans cette problématique calédonienne l'important n'est-il pas de reconnaître d'abord le fait colonial et la nécessaire décolonisation ? Ensuite viennent les droits des peuples premiers à recouvrer leur souveraineté. Cela suppose que les populations non-kanakes les acceptent. Aujourd'hui nous sommes revenus dans un rapport de force où la présence européenne n'est possible que grâce à la protection de l'Etat français. Il est sûr qu'il y a dans les loges calédoniennes une réelle prise de conscience des droits kanaks mais cela semble très minoritaire.

- à François Duval : Effectivement, une coquille méritait d'être corrigée concernant la participation de René Leray.  Nous ne prétendons pas nous mêler de ce qui ne nous regarde pas. Simplement de rappeler un principe de justice : la colonisation a été un crime ! En Nouvelle Calédonie les peuples anciens n'ont pas recouvré leurs droits. Un début de reconnaissance a pu être amorcé mais objectivement il est aujourd'hui bloqué !  Il y a en NC des personnalités éminentes dont Paul Neaoutine qui essaient de réactiver le processus de sortie de la colonisation dans un esprit de conciliation. Malheureusement les partis politiques qui représentent les populations non-kanaks ne semblent pas prêts à s'engager dans cette voie et le blocage perdure.

 L'Idéal Maçonnique, Objectif Réflexion !

Il faut sauver la franc-maçonnerie !