Le perfectionnement

Améliorer l’Homme et/ou la Société :

les limites d’un challenge !

 

 

Un des débats qui fait florès c’est la soi-disant opposition entre les obédiences qui privilégieraient le perfectionnement de l’Homme (et /ou de la femme)  et celles qui mettraient l’accent sur celui de la société.

 

Quelle est la nature de ce débat et quel intérêt peut-il avoir dans la démarche maçonnique ?

 

Améliorer sous-entend  l’acquisition d’un savoir, d’une connaissance, d’un comportement nouveau et en conséquence d’un possible perfectionnement.

 

Si on reprend les trois textes de base qui sont souvent cités pour  être les fondements de la démarche maçonnique (Regius, Constitutions d’Anderson et Landmarks) on peut constater :

 

  • que lorsqu’on évoque le perfectionnement, il s’agit essentiellement du métier (cf le Regius qui bien que revendiqué comme un élément du Corpus maçonnique n’est en fait qu’un livre de référence compagnonnique) ;

  • que les constitutions d’Anderson, si elles développent de nombreuses obligations, ne font pas allusion au perfectionnement moral ou intellectuel  ;

  • que seul le landmark 24 fait allusion à une science « spéculative » : « That Freemasonry consists of a speculative science founded on an  operative art. »

 

De même, dans les rites primitifs selon lesquels les premières loges anglaises et écossaises fonctionnaient, il n’est nullement question de perfectionnement.

 

En fait c’est dans les « nouveaux » rites que l’on trouve l’introduction du concept de perfectionnement.

 

Ce « perfectionnement » est en fait la justification donnée pour rendre attractif la création des dits « hauts grades ».

 

Tout se passe comme si à des premiers rituels très simples essentiellement composés d’obligations de respect et de bienveillance fraternelle ont été substitués des rituels plus complexes à différents degrés (de 7 à 95 selon l’imagination des concepteurs) nécessitant une manipulation de références bibliques pour globalement transformer le nouvel initié en serviteur de Jésus-Christ.

 

Ce fameux perfectionnement « moral »  ou « spéculatif » est essentiellement fondé sur des recherches abstraites et théoriques ;  un flou artistique permet de donner des contenus très diversifiés : de l’occultisme au mysticisme en passant par l’alchimie et la Kabale , sans oublier à partir du XIXème siècle le positivisme et le socialisme voire l’anarchisme.

 

Aujourd’hui, il est de bon ton d’affirmer que la franc-maçonnerie est une école de perfectionnement  pour « apporter au dehors, l’œuvre commencée dans le Temple  ! ». 

 

Cette injonction, contenue dans le rituel, est suffisamment imprécise de sorte que chacun peut l’interpréter à sa manière :

 

  • pour certains, il s’agit surtout  de transférer la cohésion et la fraternité qui existent en loge sur le forum, et dans cette dimension de veiller à la cohésion sociale,

  • pour d’autres, c’est la recherche « spéculative » qu’il convient d’appliquer dans le monde profane, et dans ce cas il s’agit d’un travail individuel et philosophique, dans une dimension initiatique ;

  • d’autres enfin considèrent que la démarche initiatique doit aboutir à la formation de « vrais » initiés qui par leurs qualités « exceptionnelles » sont capables d’impressionner le monde profane et d’imposer une « illumi-nation » : il s’agit bien sûr d’une conséquence du contenu christique des rituels !

 

Comme on le voit, l’injonction « d’améliorer » ou de « se perfectionner » mériterait d’être précisée si on voulait pouvoir la théoriser. Aujourd’hui force est de constater que c’est un véritable fourre-tout qui autorise les pseudo anathèmes et les faux débats entre les obédiences « sociales ou politiques »  et celles qui se gaussent d’être « initiatiques ou symboliques » !

 

Pour simplifier, parmi les obédiences qui comptent, il y aurait du côté de l’amélioration de l’Homme, la Grande Loge Nationale Française, la Grande Loge de France et la Grande Loge Féminine de France et pour l’amélioration de la société, le Grand Orient de France et le Droit Humain !

 

Et pour en rajouter une couche, on accuse souvent le GODF d’être une obédience « politique » !  Ainsi est fait l’amalgame entre « société » et « politique » !  Sortez les chiffons rouges !  

 

N’est-on pas  en droit de regretter cette schématisation qui ne correspond à rien d’autre quà une basse polémique de division : est-ce vraiment sérieux ?

 

D’autant plus que la notion même d’amélioration et de perfectionnement est très complexe .

 

En vérité, dans les différentes sociétés humaines, on voit bien que les êtres humains sont en symbiose avec leur environnement socioculturel. La société européenne a ses particularismes que l’on ne retrouve pas dans la société chinoise par exemple.

 

Chacun sait bien que tout être humain a trois composantes :

  • une capacité de compréhension dans une logique rationnelle d’enchaînement des raisonnements, que l’on pourrait globaliser sous le terme  de «capacité cognitive », 

  • un automatisme lié à notre patrimoine génétique qui engendre un comportement réflexe et pulsionnel dans le cadre de notre groupe d’appartenance, qui serait résumé par l’expression de « pôle instinctuel »,

  • et une singularité individuelle liée à l’expérience personnelle affective pour l’essentiel, autrement nommée  « sensibilité psycho-affective ».

 

Aborder l’amélioration individuelle sans l’intégrer dans la tri-dimension de nos personnalités, c’est se priver d’une réelle adéquation entre le souhaitable et le possible.

 

Et pourtant, de nombreux auteurs ont monté des usines à gaz pour essayer de faire croire que l’amélioration individuelle morale et mystique était possible en respectant les consignes d’un bréviaire !  

 

 

La spécificité du travail en loge et aussi de la démarche maçonnique mériterait d’être précisé pour ne pas tomber dans des raisonnements primaires artificiels et réducteurs.

 

Si on admet que les sociétés humaines évoluent sous l’effet de trois grandes forces :

  • la puissante volonté des êtres humains  à se voir reconnaître des droits et une liberté individuelle ;

  • l’émergence d’une communauté internationale (encore réduite) se réclamant de la bonne gouvernance,

  • et l’attrait pour la communication et les échanges internationaux qui permettent de découvrir cette terre qui est aussi un village !

 

On voit bien que l’absence de conceptualisation de la capacité d’amélioration ou de perfectionnement de l’initié(e) par les loges entretient un flou qui favorise des querelles inutiles.

 

Pour sortir de ce dilemme impossible, la référence à un idéal maçonnique qui place l’humain au centre des préoccupations permet de globaliser la démarche de progrès.

 

Avec sagesse, nous savons que tout est affaire de temps et le temps des sociétés n’est pas celui des « fourmis » que nous sommes !

 

A succomber au désir de marquer dans l’échelle humaine les avancées sociales, on en oublie que seul le temps est bâtisseur du progrès !

 

Nous sommes donc confrontés à la patience, à la persévérance, au silence et à l’observation et cela à l’échelle de l’universel !

 

L’amélioration de l’Homme et de  la société sont des notions modernes qui n’ont rien à voir avec le contenu des rituels  ;  elles s’intègrent par contre parfaitement dans  le concept d’idéal maçonnique, emprunt d’altruisme, d’ouverture sur le monde et de beaucoup d’humilité.

 L'Idéal Maçonnique,

Objectif Sagesse !