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  • Matéo Simoita

Le Symbolisme de la Veuve en Franc-Maçonnerie


Contrairement à une perception que l’on entend parfois, en Franc-Maçonnerie, la Veuve n’est pas l’épouse d’Hiram mais sa mère. Comprendre le contenu symbolique de cette filiation est l’objet de cette planche. Cette approche a aussi pour but d’appréhender les conséquences que cela peut avoir eues sur notre propre dynamique.

On abordera dans cette analyse :

  • les deux approches relatives à la veuve dans le rituel maçonnique :

  • Dans l’expression «Fils de la Veuve » reformulée dans « Enfants de la Veuve »

  • Et dans « le tronc de la veuve ».

  • Le contenu symbolique de la veuve dans les mythes et légendes.

  • Le destin d’un « enfant de la Veuve »

I - Les deux approches relatives à la veuve dans le rituel maçonnique

A - L’expression «Fils de la Veuve » reformulée dans « Enfants de la Veuve »

Origine de l’expression : C’est dans la Bible que l’on retrouve la référence à la veuve, mère d’Hiram :

Dans le livre 1 des Rois il est écrit :

13 - Le roi Salomon envoya chercher Hiram de Tyr.

14 - Fils d’une veuve de la tribu de Nephtali, et d’un homme de Tyr, artisan en bronze, il était rempli de sagesse, d’intelligence et de connaissance pour faire tout travail du bronze.

15 - Il moula les deux colonnes de bronze ; la hauteur d’une colonne était de dix-huit coudées. Un fil de douze coudées en aurait fait le tour ; de même pour la seconde colonne.

16 - Il fit deux chapiteaux de bronze fondu qu’il posa au sommet des colonnes ; la hauteur d’un chapiteau était de cinq coudées, la hauteur de l’autre était aussi de cinq coudées.

Dans les ouvrages maçonniques, on fait d’abord référence aux « fils » de la Veuve ; il semble que l’expression « enfants » de la Veuve concerne d’abord les hommes ; ce n’est que récemment qu’on y inclut aussi les femmes.

Dans le mythe d’Hiram, le-a nouvel-le initié-e est appelé-e à prendre la place d’Hiram ; il s’ensuit un rapport d’égalité familiale entre Hiram et le-a nouvel-le initié-e et donc de fraternité ; cette substitution explique que les initié-e-s maçonniques deviennent les enfants de la veuve.

Si dans la Bible le fils de la veuve est un bronzier qui réalise des objets de décoration pour le temple de Salomon, dans l’imagerie maçonnique, Hiram devient un architecte constructeur du temple de Salomon, c’est-à-dire de la Maison de Dieu.

Dans le Livre des Rois, il est écrit :

16 Salomon envoya ce message à Hiram (note : il s’agit d’un autre Hiram que l’enfant de la veuve) :

17 « Tu sais que David, mon père, harcelé par les guerres, n’a pas pu bâtir une maison pour le nom du Seigneur son Dieu, jusqu’à ce que le Seigneur eût mis sous ses pieds les ennemis qui l’encerclaient.

18 Mais à présent, le Seigneur mon Dieu m’a donné le repos de tous côtés ; je n’ai plus d’opposants ni de dangers à craindre.

19 Ainsi, j’ai décidé de bâtir une maison pour le nom du Seigneur mon Dieu, selon la parole du Seigneur à David, mon père : “Ton fils, celui que je mettrai après toi sur ton trône, c’est lui qui construira la Maison pour mon nom !”

L’initié-e maçonnique a donc vocation à être le continuateur de Maître Hiram, architecte du Temple de Salomon. Il participe ainsi à suivre les commandements de Dieu. On pourrait se poser la question de savoir si en réalité Hiram n’est pas une appellation qui renvoie à Jésus-Christ lui-même (ce que de nombreux auteurs prétendent).

Par une assimilation symbolique le temple de Salomon devient parfois le temple de l’Humanité ou de l’Humanisme. Les substituts d’Hiram sont ainsi appelés à devenir des bâtisseurs de l’humanisme .

B - Le mot veuve dans l’acception : le tronc de la Veuve !

Même si certaines interprétations renvoient au mythe d’Osiris avec la présence de son cercueil dans un tronc d’arbre , il est plus sérieux de s’en tenir à la référence biblique :

- Citons un passage de l'Evangile selon Saint-Luc :

21.1 Jésus, ayant levé les yeux, vit les riches qui mettaient leurs offrandes dans le tronc.

21.2 Il vit aussi une pauvre veuve qui y mettait deux petites pièces.

21.3 Et il dit : Je vous le dis en vérité, cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres;

21.4 car c'est de leur superflu que tous ceux-là ont mis des offrandes dans le tronc, mais elle a mis de son nécessaire, tout ce qu'elle avait pour vivre.

« L’usage de l’expression « tronc de la veuve » puisque elle fait directement référence à un passage précis de la Bible suppose en effet que les francs-maçons doivent se conformer au modèle de la veuve, dont l’action ne passa pas inaperçue ni aux yeux de Jésus Christ ni à ceux des apôtres de la Bible.

La nature exemplaire du don que fait la veuve en question détermine les dispositions requises chez les francs-maçons au moment de l’exécution de ce rituel.

Ainsi, la Fraternité maçonnique qui se matérialise ici sous forme de don implique d’une part la non ostentation, principe que soutiennent les initiés, de l’acte de bienfaisance, et exalte d’autre part les vertus du don sacrificiel, marque ultime de son propre investissement et engagement fraternel. » (source REGARDS CROISÉS SUR LA FRANC-MAÇONNERIE Profanes, Initiés, Représentations et Intersubjectivités – Fabien Bertrand)

II - Le contenu symbolique de la veuve dans les mythes et légendes.

Nulle part, dans les écrits maçonniques, on explique le statut particulier de la Veuve. Plusieurs rapprochements ont été faits :

  • La Veuve, mère d’Hiram, pourrait être un substitut de Marie, la mère de Jésus, mais Marie n’a été veuve que lorsque Jésus avait une trentaine d’années ! De sorte qu’au moment de la crucifixion Jésus était bien le fils d’une veuve !

  • La veuve a été assimilée à Isis mais, Isis n’est veuve que par le meurtre de son époux-frère Osiris par Seth ; Osiris n’est pas le fils d’Isis ; c’est Horus fils d’Isis et d’Osiris qui venge son père en tuant Seth ; on a d’ailleurs fait de nombreux rapprochements entre le symbolisme d’Horus et des symboles maçonniques : Hiram serait-il le substitut d’Horus ? Cela pourrait paraître tentant mais peu crédible pour des raisons historiques.

  • Une autre explication est parfois présentée ; elle est liée au rôle historique des Stuart dans la diffusion de la franc-maçonnerie en Europe. On a prétendu que les adhérents de la maison exilée de Stuart, cherchant à organiser un système de franc-maçonnerie politique par lequel ils espéraient assurer la restauration de la famille sur le trône d'Angleterre, avaient transféré à Charles II la tradition de Hiram Abif trahi par ses partisans et l'appelait le fils de la veuve, parce qu'il était le fils d'Henrietta Maria, la veuve de Charles I. Pour la même raison, ils ont vraisemblablement par la suite appliqué cette phrase à son frère, James II.

En réalité et conjointement aux interprétations précédentes, le mythe de la veuve est très ancien et on le retrouve dans de nombreuses cultures (cf Anthropologie du mythe par Richard Pottier – 2 tomes) ; il est schématiquement porteur de trois éléments :

  • Une veuve n’est pas une femme comme les autres : elle connaît la vie et se retrouve indépendante !

  • Une veuve a des pouvoirs qui selon les croyances, soit la rend dangereuse, soit lui donne une dimension supérieure ;

  • Les pouvoirs de la veuve sont liés à sa capacité à ne pas se remarier.

L’église catholique a repris à son compte ses croyances populaires (cf le livre « La veuve en majesté: deuil et savoir au féminin dans la littérature médiévale » de Yasmina Foehr-Janssens), ce qui les a amplifiées.

Globalement dans les différentes cultures du monde on retrouve les trois catégories de veuves :

  • la « Sainte veuve »,

  • la veuve victime à secourir (cf l’expression la veuve et l’orphelin »)

  • et la veuve légère.

Rappelons qu’il y a dans la Bible une autre évocation de la Veuve qui peut nous inspirer ; dans 1 Rois 17.17-24, Elie ressuscite le fils de la veuve de Sarepta. (cf la reproduction du tableau de Louis Hersent en illustration)

III - Le destin d’un « enfant de la Veuve »

On peut déduire du développement précédent que le statut « d’enfants de la Veuve » acquière une dimension ésotérique du fait de la filiation avec la Veuve. C’est une partie de son pouvoir qui est ainsi transmis à l’initié-e. Il s’agit naturellement de croyances populaires mais on sait combien elles jouent un important rôle dans l’imaginaire collectif.

Ainsi du seul fait de l’initiation suivie de l’augmentation de salaire au 2ème degré et de l’élévation à la maîtrise, le-la nouvel-le initié-e se retrouve projeté-e dans une autre dimension avec deux challenges :

  • Assumer la « succession » d’Hiram dans cette fonction d’architecte du temple de Salomon, (avec des interprétations variables des mots en fonction de la « liberté de conscience » ;

  • Assumer d’être « l’enfant » de la veuve d’Hiram c’est-à-dire d’être dépositaire de la transmission du contenu ésotérique de la « puissance » de la Veuve !

Pour simplifier, ne pourrait-on pas dire que le nouveau maître (ou la nouvelle maîtresse) se retrouve, sans explications préalables, dans l’obligation inconsciente d’assumer un « héritage » qui se présente aussi comme une obligation morale, un sur-moi !

Le destin d’un enfant de la Veuve pourrait être schématisé par une alternative :

  • S’impliquer et soit réussir, soit échouer !

  • Refuser, consciemment ou inconsciemment, « l’héritage » et se marginaliser !

On peut comprendre que ce « sur-moi » imposé n’est pas facile à assumer !

On peut comprendre aussi que cette situation d’héritier induit une difficile cohabitation entre les frères et les « nouvelles » sœurs qui, elles, se trouvent dans un autre rapport avec la mère veuve !

Bien sûr, il s’agit d’une légende, mais c’est une légende qui se veut fondatrice d’un engagement !

Au total, on peut comprendre l’importance du rôle de la Veuve dans la légende d’Hiram ; c’est réellement une inspiratrice pour le nouveau maître ou la nouvelle maîtresse ! son pouvoir d’inspiration renvoie à des croyances païennes riches en mystères !

Aujourd’hui, au XXIème siècle, le problème se pose de la capacité de se détacher de cette légende pour assumer un autre rôle qui n’est nulle part réellement explicité ! Mais c’est un autre chapitre de notre réflexion !

Bibliographie :

  • Les Veuves au Moyen Age: la voix masculine des femmes par Marie-Françoise Alamichel

  • La veuve en majesté: deuil et savoir au féminin dans la littérature médiévale de Yasmina Foehr-Janssens

  • Anthropologie du mythe par Richard Pottier – 2 tomes

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