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  • Matéo Simoita

Chemin de vie et chemin initiatique



L'initiation est forcément un début ; l'essentiel sera le chemin parcouru entre l'initiation et la fin de vie ; ainsi pourrait-on définir le chemin initiatique !


Mais conjointement, il y a aussi le chemin de vie ; il ne s’agit pas ici de vouloir évoquer le chemin de vie cher aux numérologues qui utilisent la joie des nombres pour essayer d’en tirer des éléments prédictifs.


Il ne s’agit pas non plus de commenter la phrase attribuée à Jésus dans l’Evangile de Saint-Jean :

          « Je suis le chemin, la vérité, la vie. Personne ne peut aller au Père autrement que par

moi. » (Evangile de Jean ch.14 v.6)


Plus simplement, il s’agit de partir de la réalité, du vécu de toutes ses vies d’êtres humains d’aujourd’hui et de tous les siècles.

 

Chaque être vivant «fait » le chemin à sa manière, ou du moins à la manière dont il est soit capable soit contraint de le faire ;  ce n’est qu’à la fin de la vie que l’on se rend compte qu’il s’agit bien d’un chemin.


Dans son livre « Utopie », Albert Jacquard, chercheur spécialiste de la génétique des populations, (1925-2013) évoque indirectement le chemin d’une vie :


« Le trajet d’une vie est l’entrelacement de multiples parcours. Plusieurs personnages évoluent en se heurtant, se provoquant, se complétant ; ils coopèrent pour construire une personne indéfinissable qui manifeste son existence chaque fois qu’elle ose dire "je". Au cours de cette construction, chacun de ces personnages trace son chemin, mais ils sont constamment dépendants les uns des autres, ce qui permet à la personne qu’ils deviennent d’être à la fois multiple et unitaire. » Albert Jacquard, « Mon utopie ».


Dans chaque chemin de vie, ne pourrait-on pas distinguer sept problématiques ; cela se retrouve chez tous les êtres humains mais pour celles et ceux qui entreprennent un chemin initiatique, ils ou elles devront tenir compte de ces problématiques ; d'où l'intérêt d'en avoir conscience !


Ces sept problématiques concernent :

a/ les trois premiers moments cruciaux de l'existence : le patrimoine génétique, la mise en place de la pensée symbolique, l'imprégnation culturelle,

b/ le rôle de la révolte

c/ L’intégration dans les groupes

d/  Le découragement

e/ L’acceptation

f/ La gestion de l’affectivité

g/ La dépendance.


Il n'est pas le lieu de développer chacune de ces problématiques mais simplement de les définir.


1/ Trois moments cruciaux


De 0 à 6 ans, avant la période de scolarisation, trois moments cruciaux vont avoir une influence remarquable sur  le chemin de la vie :

La naissance et le patrimoine génétique,La formation de la pensée symbolique,Le marquage culturel de l’environnement communautaire et le début de la socialisation.


a / La naissance et le patrimoine génétique :


Les conditions de la naissance d’un être humain imputent forcément sa viabilité, l’existence ou non d’handicaps congénitaux et la sécurité affective dont il va bénéficier  pour se développer.


Il y a le déroulement de la grossesse, les capacités d’accueil du nouveau-né, l’assistance à l’accouchement mais aussi la sécurisation du foyer où naitra l’enfant aussi bien par rapport aux risques environnementaux qu’aux désordres sociaux pouvant interférer.   Ces conditions expliquent une partie des inégalités que l’on retrouve dans une classe d’âge. Rien n’est irrémédiable mais ce premier temps du chemin de la vie marque à tout jamais les capacités du nouveau-né à bénéficier des éléments indispensables à sa croissance : l’amour et la sécurité.


On ne dira jamais assez combien l’investissement parental des mères et souvent des pères est admirable tout au long de l’histoire de l’Humanité et aujourd’hui encore sous toutes les latitudes ! Que de dévouement, d’abnégation, de sacrifices pour permettre aux enfants des êtres humains de bénéficier de la sécurité, de l’accompagnement et de l’affection nécessaires pour franchir les premiers obstacles du chemin de la vie. Il arrive souvent que la défection parentale puisse être compensée par des parents de substitution qui par leur implication arrivent à jouer leurs rôles.


Mais, il y a aussi le non-désir de grossesse qui va se traduire par l’accouchement d’un enfant non-désiré ; inconsciemment l’enfant portera ce rejet tout au long de sa vie et celui-ci pourra expliquer nombre de situations conflictuelles ou de souffrance.


La gémellité est également un élément particulier dans un parcours de vie : le lien affectif très fort avec le vrai jumeau (ou la vraie jumelle) et le partage précoce forcé de l’attention parentale vont introduire une composante originale de l’environnement néo-natal. Suivant les cultures, les ethnies et les mythes, les jumeaux peuvent être vécus comme des demi-dieux ou aussi comme des créatures diaboliques pouvant entrainer l’infanticide.


Le deuxième élément fondamental que l’on peut lier à la naissance, c’est le patrimoine génétique qui va constituer la base des potentialités de l’individu.  On sait aujourd’hui que les gênes peuvent être compris comme des éléments de programmation qui progressivement et selon des conditions d’inter-réactions compliquées, vont faire apparaître des modifications du fonctionnement de la matière vivante vers telle ou telle inclinaison. Que ce soit par exemple, l’adaptation aux conditions environnementales, à la nourriture, à l’idéation ou à la survie. En l’état de nos connaissances, l’influence génétique est d’ordre multi-factoriel : l’expression génétique étant elle-même sous la dépendance d’autres facteurs et en particulier des facteurs environnementaux.


L’influence génétique prépondérante est aisément compréhensible quand il s’agit d’anomalies génétiques entrainant un type humain différent comme par exemple pour la trisomie 21. Mais on peut aussi s’en rendre compte pour des critères plus prosaïques : la démonstration a été faite de façon expérimentale sur une population de mouches catégorisées « hygiénistes » car ce sont des mouches qui ont la particularité de se débarrasser des larves malades.


Selon les territoires et les époques, et en tenant compte du nombre élevé de la combinatoire génétique, on conçoit bien que de grandes inégalités soient constatées entre les groupes humains et à l’intérieur de chaque groupe entre les individus. Ces inégalités ne sont pas toujours celles liées au sous-développement : la vitalité de la matière vivante est capable de relever des défis et de permettre à un individu né dans un milieu défavorisé, exposé à des facteurs de risque importants, de se révéler, dans un domaine particulier, comme un être exceptionnel.


L’influence de la génétique alimente le débat entre l’inné et l’acquis dans l’étude des comportements ; il est clair qu’aujourd’hui, aucune vérité scientifique probante n’est affirmée même s’il semble probable que l’un et l’autre soient toujours présents à des degrés variables selon le critère examiné.


b / La formation de la pensée symbolique et la création d’un « univers symbolique protecteur » :


La Fondation Jean Piaget définit ainsi la pensée symbolique : « Contrairement à la pensée logique, qui conçoit ses objets au moyen de concepts obéissant aux règles logiques assurant la non-contradiction, la pensée symbolique se représente les siens au moyen de symboles individuels ou sociaux qui autorisent des glissements de sens pouvant défier toute logique réglant la permanence des croyances, des jugements ou des raisonnements. »


Si la formation de la pensée logique s’étend jusque vers 12 ans, la pensée symbolique se met en place beaucoup plus tôt, de 2 ans à 4 ans environ.


Les travaux de Jean Piaget sur l’apparition de la pensée symbolique (ou préconceptuelle) relayés plus tard par ceux de Donald Winnicott sur l’objet transitionnel, montrent combien cette étape de la formation de l’être humain conditionne son avenir sur les plans affectif et cognitif.


Il en va de la « stabilité » de l’organisation de la pensée, préalable indispensable à sa montée en puissance.


Ne pourrait-on pas dire avec Winnicott (1971) que si la première « possession non-moi », apparait entre 4 et 12 mois, au moment où s’effectue la transition entre la relation à la mère et celle inscrite dans la séparation, elle participe  à  ce qui va être la pensée symbolique décrite par Jean Piaget, pour, comme l’explique Sophie Barthélémy, psychologue clinicienne, permettre à « à l’enfant de jouer activement la séparation avec la mère (rapprocher, éloigner, câliner…). L’enfant manipule ainsi les phénomènes extérieurs en les mettant au service de la pensée, afin que l’objet prenne une place dans la psyché. Il peut alors penser à la mère en son absence. Le jeu devient un organisateur symbolique. L’intérêt de cette théorie réside surtout dans la question de la transitionnalité, comme étant inscrite dans la symbolisation de l’expérience. En effet, nous veillons toujours à maintenir séparées et reliées notre réalité interne et la réalité externe. L’« aire transitionnelle » correspond ainsi à un registre intermédiaire d’expérience qui se maintiendra tout au long de l’existence, l’objet transitionnel laissant alors place aux activités culturelles, artistiques, à la religion, la vie imaginaire ou encore la créativité scientifique. L’aire transitionnelle est celle de la dotation de sens.» ( source : article paru dans santé mentale de mars 2012)


C’est par ce mécanisme que le transfert vers l’objet transforme l’objet en symbole ; c’est un processus universel que l’on retrouve à toutes les époques et dans toutes les cultures d’où la capacité pour les références symboliques d’être aussi facilement recherchées  et acceptées.


Tout se passe comme si l’être humain allait progressivement s’approprier un nombre limité de symboles pour lesquels une relation privilégiée s’opérera : cette relation privilégiée qui appartient au domaine affectif permettant à l’individu dès sa petite enfance de bénéficier d’un sentiment de « protection » ; on pourrait donc dire que l’ensemble de ces symboles  constitue ce que l’on pourrait appeler l’ « univers symbolique protecteur » du sujet.


Au fil du temps, on pourra observer des « remplacements » de symboles par d’autres, apparentés par le sens, du fait d’expériences nouvelles.


Si on reprend, l’expression par Jean Piaget, de l'adaptation au réel par l’enfant, résultat de deux processus conjugués, l'accommodation, c'est-à-dire l'intégration par le sujet des contraintes du réel, et l'assimilation qui consiste à transformer et interpréter le réel en fonction de ses cadres mentaux, la pensée symbolique influera sur sa capacité d’assimilation.


Cette dualité, accommodation et assimilation, se retrouvera chez l’adulte et on voit bien le rôle de filtre que pourra jouer l’univers symbolique protecteur.


Cet univers symbolique protecteur pourrait être mis en relation avec l’approche taoïste du feng-shui qui accorde une grande importance à la qualité de l’environnement de l’être humain et aussi dans l’importance des autels des ancêtres dans la culture asiatique.


On peut également le retrouver dans les motivations des choix de décoration des intérieurs de l’habitat et on sait que le génie des créateurs publicitaires c’est de savoir utiliser la symbolique des images .


C’est cette imprégnation symbolique que l’on retrouve dans la psychologie de l’adulte et que Freud a mis en valeur dans son interprétation des rêves ; à titre d’exemple, que les objets longs, pleins et pointus sont des symboles masculins et que les objets ronds, creux ou fluides sont des symboles féminins.



c / Le marquage culturel de l’environnement communautaire et le début de la socialisation.


L’environnement communautaire du jeune être humain, par ses valeurs, par sa capacité à créer des espaces de liberté et par son mode de vie va mettre à l’épreuve son autonomisation ; ce faisant, émergera les puissantes motivations de son engagement et de son expression au contact de ses congénères. Celles-ci sont le plus souvent indélébiles  et retrouvées tout au long des événements du chemin de la vie.


Toute la période de l’enfance peut être comprise comme une préparation à l’autonomisation dans le milieu social qui sera récepteur de la démarche du jeune adulte.


C’est dans ce cadre de préparation que l’imprégnation culturelle, via la participation parentale, s’opère, au travers de manifestations, de rituels, de fêtes et de repas.


Ce marquage culturel s’opère dans la plupart des cas, mais il arrive aussi qu’il soit rejeté. Dans ce cas, l’enfant peut se retrouver psychologiquement en dehors de l’environnement culturel familial en intégrant un groupe de quartier.


La relation entre l’enfant et son environnement socio-culturel est le premier rendez-vous avec la logique de la socialisation qui si, elle se déroule  sans trop d’encombres, va projeter le grand enfant dans le monde adulte avec l’autonomisation en perspectives.


On voit bien comment ces processus, apparemment sibyllins, peuvent être importants pour déterminer l’orientation du chemin de vie. D’autant plus, que loin de cette présentation simplifiée, la complexité est bien présente et que de nombreuses situations intermédiaires existent, sans oublier la spécificité communautaire et le multiculturalisme.


Cette influence du milieu socio-culturel (famille inclus) s’exerce jusqu’à la fin de l’adolescence ; le résultat est très variable selon les individus : ce peut être une socialisation harmonieuse et complète ou un blocage quasi hermétique qui maintient l’adolescent dans une immaturité aussi bien psychologique que sociale ou économique, mais le plus souvent, on ne rencontre que des immaturités partielles qui affectent un mode d’expression de l’individu.  C’est pourquoi, il est classique d’affirmer que la maturité, au sens de l’intégration sociale vers l’autonomie, peut être un processus progressif, souvent incomplet, s’étendant tout au long de la vie.


La problématique de la marginalisation, du phénomène des gangs et de l’économie parallèle, ne pourrait-elle pas trouver son explication dans cette immaturité qui s’accompagne d’une incapacité pour certains adolescents à se projeter dans l’univers des adultes qu’on leur propose par l’intermédiaire de leur environnement socio-culturel et de se contenter, provisoirement, d’une société immature qui malgré tout leur offre un semblant d’attention ?


L’immaturité se juge aussi sur d’autres critères que la socialisation ; on peut citer :

  • L’intolérance aux frustrations

  • L’égocentrisme

  • L’immédiateté de l’interactivité

  • Le refus de l’investissement personnel

  • La difficulté à se projeter dans un rôle.

Ces généralités s’appliquent naturellement aux spécificités culturelles ; à ce titre il n’est pas inintéressant de voir le rôle de la relation de l’enfant avec l’oncle maternel dans les sociétés polynésiennes et africaines ; si cette relation privilégiée peut être vécue comme une source d’interdits, elle se comprend aussi comme un processus d’aide à l’autonomisation et donc à la socialisation. C’est une relation originale dans la mesure où elle renforce les liens dans la « grande famille » et qu’elle constitue un réel soutien, « décalé » par rapport au noyau parental.


Dans les sociétés contemporaines, la mise en œuvre de la socialisation, de la petite enfance à l’adolescence, se trouve fragilisée par la confusion des repères que les jeunes doivent s’approprier et il faudra qu’elle se poursuive dans la vie des adultes.



2 / Le rôle de la révolte


Dans une interview donnée au Journal du Dimanche, en 2014, Jacques Attali déclarait : « Je vous invite à suivre le chemin d'éveil, du "devenir soi", de penser à votre vie comme un projet de long terme. Cela suppose une prise de conscience, un rituel, un protocole, fait de méditation et de révolte, de silence et de partage. Rien n'est plus exaltant. »


Parmi les nombreux déterminants qu’il cite, il y a cette « révolte » que l’on peut retrouver sur le chemin de nombreuses vies et qui à un moment ou un autre va être décisionnelle pour une orientation du chemin de la vie.


Révolte suicidaire de celles et ceux qui brisent leurs chaînes pour se lancer dans une mort vécue comme libératrice, révolte « heureuse » fondée sur l’audace qui permet à l’être humain de faire reconnaître son talent et tant d’autres révoltes majeures ou banales qui transforment la quotidienneté.


Etymologiquement, la révolte est un « tournement » ou un détournement, ce qui par extension entraine une non reconnaissance et une opposition, et en conséquence un changement. On ne doit pas confondre le phénomène « révolte » avec les oppositions ou négociations du quotidien ; la révolte introduit un objectif de rupture.


Il est probable que l’expression de la révolte, et donc la capacité de se révolter,  prenne sa source dans les conflits de l’enfance et en premier lieu le conflit de l’enfant avec le parent du sexe opposé (dénommé complexe d’Œdipe pour le garçon, appelé complexe d’Électre chez la fille par Jung) et aussi à l’origine, le soutien du parent du même sexe.


On pourrait définir plusieurs types de révolte :

  • La révolte du jeune qui s’accompagne d’une fugue : cas des enfants des familles recomposées qui ressentent très durement la présence du beau-père ou de la belle-mère .

  • La révolte face à un problème de maltraitance intra-familiale, généralement de la mère par le père, ou d’un frère ou d’une sœur par un des parents : la révolte se veut une aide pour celui qui souffre.

  • La révolte sociale liée à une injustice criante, dans une entreprise, dans une relation de dépendance : il y a de nombreux exemples de ce type.

  • La révolte politique : elle rejoint la révolte sociale mais elle est plus structurée, plus intellectualisée et s’accompagne d’une concertation qui dépasse le cadre individuel.

  • La révolte suicidaire : elle associe l’agression contre l’autre à l’auto-agression ; c’est souvent le cas lorsque un état dépressif latent interdit tout espoir de « libération ».

Il y a dans le phénomène de la révolte à la fois une profonde dissension et une volonté de rupture (de retournement) qui vont s’exprimer soit par une agression sur l’objet de l’opposition, avec la volonté de le détruire, soit par une fuite, ou encore par une auto-agression.


Tous les chemins de vie ne connaissent pas une ou des expressions de révolte, mais quand elle existe et qu’elle s’est exprimée, cette révolte marque à tout jamais.


Ce marquage peut s’opérer globalement vers trois directions :

  • la révolte a été productive d’un succès apparent correspondant au désir exprimé : la rupture s’est réalisée et l’objet de la révolte a été psychologiquement dégradé ou occulté (dans le cas de la fuite), ce qui a permis au sujet révolté d’acquérir une plus grande liberté  ;la révolte a été un échec ;

  • la contrainte, objet de la révolte, persiste.

  • la révolte a été suivie d’une négociation prenant en compte l’objet de la révolte et un agrément mutuel a été trouvé.

La troisième situation est certainement la meilleure : l’engagement s’est transformé en une valorisante mutation !


La deuxième situation est très pénalisante et s’accompagne d’une dévalorisation pour laquelle un accompagnement serait nécessaire.


La première situation constitue une réelle libération dans un premier temps mais elle devra justifier une réflexion pour ne pas être vécue comme un manque de courage (en cas de fuite) ou comme un doute sur la justification de la révolte.


Si la culture judeo-chrétienne valorise l’engagement dans la révolte, pour l’individu, c’est peut-être la fuite qui représente la meilleure opportunité dans un chemin de vie, comme l’a très bien montrée Henri Laborit  qui l’explique par cette belle métaphore :

« Quand il ne peut plus lutter contre le vent et la mer pour poursuivre sa route, il y a deux allures que peut encore prendre un voilier : la cape (le foc bordé à contre et la barre dessous) le soumet à la dérive du vent et de la mer, et la fuite devant la tempête en épaulant la lame sur l’arrière avec un minimum de toile. La fuite reste souvent, loin des côtes, la seule façon de sauver le bateau et son équipage. Elle permet aussi de découvrir des rivages inconnus qui surgiront à l’horizon des calmes retrouvés. Rivages inconnus qu’ignoreront toujours ceux qui ont la chance apparente de pouvoir suivre la route des cargos et des tankers, la route sans imprévu imposée par les compagnies de transport maritime. Vous connaissez sans doute un voilier nommé Désir. »

Extraits de « Eloge de la fuite » d’Henri Laborit .


La fuite rejoint le principe taoïste qui conseille de contourner les obstacles plutôt que d’essayer de les franchir, de préférer la réflexion à la destruction.


Si la révolte est un élément de l’existence qui favorise le changement et l’évolution de l’être humain, elle peut aussi être la cause d’un état de stagnation et de régression quand elle se révèle improductive et que l’individu a l’impression, fausse mais ressentie comme telle, d’être dans une impasse ; on verra dans un paragraphe ci-dessous que la réponse adaptée à cette situation se trouve dans le mécanisme de l’acceptation.



3 / L’intégration dans les groupes : une nécessité, souvent conflictuelle


Comme l’écrit jean Yanne « Qui est-ce qui a créé le Jockey Club, le Racing, l' Unesco, les éditions Gallimard, les Compagnons de la chanson, le Club français du livre, le Grand Orient de France, les soeurs de Saint-Vincent-de-Paul, la CGT et l' Aéropostale? - Un groupe d’êtres humains. » (Source : J'me marre (2003) Jean Gouyé, dit Jean Yanne).


Le groupe est universel ; c’est la structure de base de la société humaine ; elle est diverse, variée, changeante !


Un des éléments de la socialisation n’est-il pas la difficile intégration du jeune adolescent dans le groupe social auquel appartient son groupe familial, comme s’il s’agissait d’un changement de dimension ?


Et si l’intégration n’aboutit pas, soit par un refus de l’adolescent soit par une incapacité pour le groupe social de l’intégrer, une période d’incertitude s’ouvrira  pendant laquelle le jeune adulte recherchera le groupe d’accueil nécessaire à sa survie.

Car l’être humain ne peut s’assumer complètement dans la solitude ; même les ermites bénéficient de relais !


Cette dépendance de l’individu vis-à-vis de son groupe auquel il est rattaché, n’empêche pas que l’être humain puisse exprimer son individualité à laquelle le groupe pourra apporter ou non son soutien.


Cette relation entre l’individu et le groupe correspond au besoin d’appartenance dans la liste des besoins établi par le psychologue Abraham Maslow en 1943.


Ce fait sociologique n’empêche pas que cette relation entre l’individu et son groupe d’appartenance soit souvent conflictuelle, et ceci pour de multiples raisons.


La première raison provient des règles inhérentes au fonctionnement du groupe humain fondée  :


  • L’existence de sous-groupes

  • La nomination du leader généralement membre d’un sous-groupe dominant

  • L’existence de contre-leaders membres des sous-groupes minoritaires

  • La conviction de l’absolue nécessité de la cohésion du groupe pour assurer sa survie., ce qui induit une tendance à la soumission à l’autorité.


Le fonctionnement des groupes de petite taille est très lié au caractère charismatique des leaders ; dès que le groupe augmente en taille, il existe une "institutionnalisation" du groupe dans laquelle la gestion  administrative prend une certaine importance avec l’existence de procédures et d’obligations réglementaires qui valorisent les leaders « institutionnels ».


La simple observation des individus dans les groupes montre qu’ils se placent généralement spontanément dans un des rôles prédéfinis quel que soit le groupe qu’ils sont amenés à approcher :

  • Leader

  • Contre-leader

  • aidant du leader

  • aidant d’un contre-leader

  • administratif

  • non participatif

Chaque rôle correspond à une sorte de caractérologie des individus qui témoigne de la qualité de leur socialisation. Ce sont les non-participatifs qui sont les plus rétifs à la socialisation pour lesquels ils éprouvent une grande méfiance.


Le dilemme de l’individu par rapport aux groupes pourrait se résumer en quatre énoncés :

l’épanouissement de l’individu passe par sa socialisation à l’intérieur de groupes de tailles diversesle fonctionnement du groupe impose des règles qui peuvent être contraignantes,Le fonctionnement du groupe induit un certain degré de dépersonnalisation de l’individu,L’adaptation de l’individu au groupe peut entraîner des conflits déstabilisants.


Albert Jacquard l’exprime différemment :


« Notre obsession est d'être reconnu comme une personne originale, irremplaçable ; nous le sommes réellement, mais nous ne sentons jamais assez que notre entourage en est conscient. Quel plus beau cadeau peut nous faire l'autre que de renforcer notre unicité, notre originalité, en étant différent de nous ? Il ne s'agit pas d'édulcorer les conflits, de gommer les oppositions ; mais d'admettre que ces conflits, ces oppositions doivent et peuvent être bénéfiques à tous. »

Eloge de la différence : La génétique et les hommes - Albert Jacquard



4 / Le découragement


La banalité de l’observation du vécu humain renvoie sur la constante nécessité pour les individus de réaliser des efforts pour les différentes tâches qui s’imposent à eux. L’effort s’impose pour vaincre une résistance, surmonter un obstacle et trouver une solution à une problématique. Même si le plaisir qui sera ressenti peut être une motivation pour s’engager, la réalisation suppose toujours une souffrance liée à l’effort.


Le plaisir à ressentir c’est bien sûr une autre manière d’exprimer le courage, « le cœur à l’ouvrage ».


On pourrait résumer l’enchainement :

La motivation –> le plaisir à ressentir  (le courage) –> l’effort –> le plaisir ressenti


On voit bien qu’au premier abord le découragement pourrait se résumer à une baisse (voire à une absence) de motivation, à un désintérêt pour l’éventuel plaisir à ressentir et s’apparenter à un élément du syndrome dépressif, mais on verra qu’il y a des raisons à cet état de fait.


Chez l’enfant, le domaine de prédilection du découragement concerne le domaine scolaire. C’est un constat banal qui n’est malheureusement pas pris en compte dans le traitement de l’échec scolaire ; le découragement explique le fameux « décrochage » qui va faire entrer l’enfant dans la spirale de l’échec d’autant plus que le rythme des acquisitions à obtenir ne faiblit pas pour ces enfants et que le milieu parental est incapable de le prendre en charge.


L’autre particularité du découragement scolaire chez l’enfant, c’est que  contrairement à celui de l’adulte, il est facilement accepté voire banalisé et n’empêche pas les autres activités.

Ce découragement scolaire peut devenir un élément de la personnalité de l’enfant qui rejaillira au stade adulte  en alimentant une éventuelle survenue des autres situations d’échec..


Autant sur le chemin de vie, il y a des phases ensoleillées pleines d’exubérance, d’optimisme, de plaisirs ressentis et de satisfactions, autant les phases de découragement pourraient être assimilées aux périodes d’assombrissement de la luminosité pouvant aller jusqu’à la noirceur des sentiments.


La première cause du découragement, c’est d’abord l’accumulation de petits échecs dans la gestion de la vie quotidienne ; petites contrariétés, tracas de la vie, relations plus ou moins conflictuelles qui petit à petit insinuent un doute sur notre capacité à la réalisation.


La deuxième cause, c’est l’épuisement progressif de nos capacités de résistance à la fatigue qui s’accompagne fréquemment d’un trouble du sommeil ; l’organisme « accuse le coup » ; tout devient plus difficile, demande plus d’effort.


La situation peut rester dans cet état pendant des mois ; le sujet cherche des solutions et c’est là que les addictions s’accélèrent : les excitants comme le café ou les boissons alcoolisées, les tranquillisants pour « mieux » dormir, parfois d’autres drogues pouvant donner l’effet miraculeux d’une reprise de forme rapide mais passagère.


Et puis, un jour, pour une peccadille parfois, cela va être le « burn out » ! Le terme, inventé par Harold B. Bradley en 1969,  concerne avant tout le syndrome d’épuisement professionnel  mais il peut s’appliquer dans d’autres situations (famille, activités associatives, etc.) ; il associe une fatigue profonde, un désinvestissement de l'activité et un sentiment d'échec et d'incompétence. Ce « burn out » peut être « explosif » (le fameux « pétage de plombs » qui se traduit par un raptus violent comme une tentative de suicide ou un acte anti-social incompréhensible chez une personnalité apparemment intégrée) ou très dépressif avec un arrêt des activités et un repli sur soi.


A tous les âges de la vie, ce découragement peut survenir ; tous les êtres humains peuvent être concernés, quel que soit leur niveau d’intelligence, de richesse ou de profession ; il est donc très important de savoir percevoir les premiers signes afin de prendre les mesures nécessaires à son traitement qui n’est pas très compliqué à mettre en œuvre.


L’expression « lâcher prise » est devenue courante pour indiquer la solution au syndrome d’épuisement ; en fait, les choses sont plus compliquées et le seul « lâcher prise » ne suffit pas toujours. Il est absolument nécessaire d’associer la rééducation au sommeil, le repos et une psychothérapie de soutien (la méthode la mieux indiquée semble être l’approche comportementale et cognitive).


Cette psychothérapie de soutien est importante car elle peut permettre au sujet d’accepter ce qu’il a vécu et de procéder à une résilience afin de pouvoir « repartir » sur le chemin !



5 / L’acceptation


L’acceptation est un élément de la démarche bouddhique et aussi un état de conscience qui a été décrit comme une étape dans le processus de l’agonie.


La philosophie ou la religion bouddhiste (bien que certains considèrent que ce n’est pas une religion) offre une représentation de l’existence qui privilégie l’émergence de l’état de conscience ; l’acceptation est un des éléments qui permettent de le ressentir.


Il est écrit pour l’expliciter :

« L'acceptation n'est pas la résignation, la passivité, l'abandon, c'est plutôt permettre aux choses d'être sans les rejeter. Le Dhamma nous enseigne justement de ne rien exclure. Mais la réalité est que nous ne pouvons ou ne voulons pas la supporter.

Il ne faut pas vouloir nous accepter quand nous changerons ou quand nous évoluerons. Nous devons nous accepter maintenant tels que nous sommes. Il en est de même pour les autres. Nous ne devons pas chercher à les changer, mais les accepter comme ils sont maintenant. »


L’acceptation est aussi une composante de la morale stoïcienne : Accepter ce qui ne dépend pas de l’être humain fait partie du principe de réalité.


Dans l’approche moderne de la compréhension du processus de l’agonie, il est décrit plusieurs  stades ; Jean Ziegler (1982), en référence  aux recherches de la psychologue suisse Elisabeth Kübler-Ross en décompte sept :


  • Le Choc

  • Le Déni

  • La Colère

  • Le Marchandage

  • La Dépression

  • L’Acceptation

  • Et la Décathexie (10ème étape en grec).


Emmanuel Mounier (1905-1950), dans son Traité du Caractère (1946) en parle pour les enfants, comme d’un « principe de réalité » :

« L'enfant apprend l'acceptation du renoncement, l'acceptation d'autrui et l'acceptation de la lutte. Dans le travail scolaire, dans la fréquentation de ses camarades et dans l'apprentissage de la vie, il se heurte constamment à l'échec. Il faut veiller à ce qu'il sache «terminer » ses échecs, vivre et assumer consciemment le renoncement exigé par l'ordre des choses ou par la joie d'autrui, dominer la défaite passagère et repartir d'un pas neuf et plus assuré. Sinon, les épreuves inacceptées laisseront autant de blessures qui le pousseront à se séparer, à s'opposer, à revendiquer tout le long de sa vie. »


C’est aussi une psychothérapie : La thérapie d’acceptation et d’engagement que le Dr Philippe Vuille définit ainsi :

"La thérapie d'acceptation et d'engagement (ACT, à prononcer en un mot comme «acte» (NDLR : mais aussi acronyme de Acceptance and Commitment Therapy) repose sur des acquis récents de la psychologie suggérant que des stratégies centrées sur le contact avec le moment présent et l'acceptation de ce qui est éprouvé, pensé et ressenti peuvent utilement compléter les approches classiques visant plus directement des modifications cognitives et comportementales. Ce n'est qu'en acceptant ce que nous ne pouvons pas changer que nous réussissons à dégager les ressources nécessaires pour agir là où c'est possible afin d'orienter notre vie dans le sens des valeurs qui nous sont chères. L'ACT nous apprend à donner à nos pensées et à nos émotions douloureuses la place qui leur revient car elle considère que les efforts pour éviter la souffrance inévitablement liée à la condition humaine jouent un rôle de premier plan dans le développement et le maintien d'un large spectre de psychopathologies. Le but premier de la thérapie n'est pas la réduction des symptômes mais l'augmentation de la flexibilité psychologique afin de favoriser l'engagement dans des actions contribuant à la construction d’une existence riche et pleine de sens...".


En fait, ce concept peut s’appliquer aux différents moments de l’existence, mais essentiellement comme une réponse substitutive à une révolte inutile, improductive.

L’acceptation demande un recentrage de la pensée sur soi en ne faisant pas dépendre sa situation de l’attitude des proches. Tel qu’on est, on est !


Accepter, c’est reconnaître à l’autre sa liberté, comme le sujet lui-même revendique sa liberté. Cette liberté a forcément des limites, et ce sont ses limites qu’il faut aussi accepter.

Ce n’est pas une faculté qui est enseignée ou qui fait partie de l’éducation parentale ; c’est souvent au cours des épreuves, et dans la relation d’aide qui est mise en place, que cette notion d’acceptation devient compréhensible. Pourtant, on peut s’en familiariser bien avant !

L’acceptation concerne aussi le vécu dans les groupes et on la retrouvera dans le fonctionnement du groupe maçonnique, la loge.




6 / La gestion de l’affectivité


L’affection, mot dérivé lat. affectio (au sens de « modification, disposition de l'âme résultant d'une influence subie »), nous renvoie d’abord aux relations interpersonnelles, bien qu’elle puisse concerner nos rapports avec les animaux, la nature, ou tout objet ou situation exerçant une « influence » ressentie.


Les relations affectives de l’être humain ont une telle importance dans le chemin de vie que chacun sait combien cela peut « changer » une vie ! Mais en même temps, avec le recul, on ne peut que constater combien c’est un domaine où le passionnel l’emporte souvent sur le raisonné.


Il faut prendre la précaution de rappeler que la même situation peut être vécue de façon tout à fait différemment selon notre propre personnalité, la qualité de notre stabilité émotive et la problématique qui est la nôtre. Nous souhaitons rappeler ici des  éléments retrouvés dans la plupart des chemins de vie mais bien sûr chaque cas est aussi particulier.


La gestion de l’affectivité est concernée principalement dans cinq  sous-domaines :

  • Le lien parental

  • Les relations passionnelles

  • Le besoin de sécurité

  • La gestion de la sexualité

  • La constitution de la famille


a / Le lien parental

Qui n’a pas été touché par le vécu de ces adultes, adoptés lorsqu’ils étaient enfants, à la recherche d’informations sur leurs parents biologiques dont on ne leur a laissé aucune trace ?


Notre affectivité s’investit  d’abord cette relation que nous avons pu nouer avec nos parents avec tous les fantasmes que cela peut produire quand il s’agit de père ou de mère n’ayant fait « que passer » !


Dans un premier temps, cette relation affective a besoin d’exister  et dans un deuxième temps, elle a besoin d’être acceptée !


Nombreuses sont les études qui montrent qu’inconsciemment nous sommes tributaires du « roman familial ». On revient d’une certaine manière au « marquage » néonatal dont il a été question.


Tout se passe comme si l’être humain, d’une part avait un besoin viscéral de connaître ses origines et d’autre part était conditionné par la qualité de son intégration dans le milieu familial : ai-je été désiré ? M’a-t-on vraiment aimé ? N’ai-je pas été sacrifié à un autre (frère ou sœur ou … ?


La qualité de la relation affective du lien parental est un élément très important que l’on retrouve dans toutes les étapes du chemin de vie. Il est courant de lire des autobiographies de gens célèbres dans lesquelles les auteurs reviennent sur ce lien (avec un des parents ou les deux) pour l’honorer ou pour regretter le manque que cela a constitué.


L’amour d’une mère a été souvent honoré ; Albert Cohen l’évoque dans « Le Livre de ma mère » :

« Je ne veux pas qu'elle soit morte. Je veux un espoir, je demande un espoir. Dieu de ma mère, mon Dieu que j'aime malgré mes blasphèmes de désespoir. Je T'appelle au secours. Aie pitié de ce mendiant abandonné au coin du monde. Je n'ai plus de mère, je n'ai plus de Maman, je suis tout seul et sans rien et j'appelle vers Toi qu'elle a tant prié. Donne-moi la foi en Toi, donne-moi la croyance en une vie éternelle. Cette croyance, je l'achèterais au prix d'un milliard d'années en enfer. Car après ce milliard d'années en enfer où l'on Te nie, je pourrai revoir ma mère qui m'accueillera, sa petite main timidement à la commissure de sa lèvre ».


Comment ne pas citer Victor Hugo, qui dans Correspondances, écrit :

“Aie dans les veines le doux lait de ta mère, et le généreux esprit de ton père ; sois bon, sois fort, sois honnête, sois juste ! Et reçois, dans le baiser de ta grand-mère, la bénédiction de ton grand-père.”


b / Les relations passionnelles

La passion, mot d’origine latine dérivé du verbe patior signifiant « souffrir, éprouver, endurer », est donc d’abord une souffrance ; et dans la majorité des cas, son origine est cette souffrance du désir de possession inassouvi.


C’est donc, nous-mêmes qui sommes à l’origine de cette souffrance, de cette passion.


Cela concerne bien sûr au premier rang la passion amoureuse avec son contenu sexuel ; c’est habituellement l’apanage de la jeunesse de « tomber » amoureux et dans la suite de créer une famille ! La passion se calme naturellement avec l’obtention de l’objet du désir, concrétisé par un accord mutuel d’ »association » selon la culture du milieu social concerné et des réassurances régulières !


L’évolution des sociétés occidentales favorise les rencontres et en conséquence le vécu de plusieurs passions amoureuses avec quelques fois des perturbations familiales importantes.

Quand tout se passe à peu près bien, ces passions amoureuses sont des moments de grand bonheur. Par contre, les passions « contrariées » peuvent être dévastatrices ;  le langage populaire ne dit-il pas que « l’amour rend fou « ? Il rend fou tant qu’il n’a pas été concrétisé par un accord mutuel de passage à l’acte et des réassurances régulières !


Cette souffrance est aussi passionnante au sens de l’intérêt qu’on peut y porter pour comprendre combien l’être humain n’est pas vraiment libre car il peut être dominé par l’influence de la pulsion sexuelle,  capable de transformer un itinéraire de vie dans des directions tout à fait opposées vers un épanouissement ou vers une régression, vers un équilibre ou vers une dépendance perverse.


C’est en 1905, que Freud développe le concept  de pulsion sexuelle en expliquant qu’elle est d’abord autoérotique chez le bébé avant ensuite de devenir objectale. Freud complètera ensuite sa théorie en y intégrant le narcissisme et la pulsion de  mort. Aujourd’hui, il semble que cet « attrait irrésistible » soit la conséquence d’une levée de l’inhibition d’une (ou plusieurs) aires cérébrales.


Tout se passe comme si l’activité sexuelle était sous le contrôle d’une inhibition liée à l’interaction de neuromédiateurs, et que dans certaines situations cette inhibition pouvait être levée déclenchant alors le phénomène de « pulsion ».


Il est possible que le même phénomène règle la problématique de la violence qui est souvent associée à la pulsion sexuelle.


Ces modalités de fonctionnement expliquent l’importance des stimulations environnementales  dans les comportements humains : vivre dans un univers de publicités, de tenues vestimentaires variées et libres et de messages à plusieurs niveaux de compréhension, influe inévitablement sur la manière d’être lorsque les autres interactions possibles n’apportent aucune compétition dans l’inhibition.


Au-delà des pulsions, le fonctionnement du corps humain dans les relations passionnelles est d’une grande complexité qu’il est souvent difficile de maîtriser d’autant plus que les informations émanant du contexte socio-culturel sont elles-mêmes importantes.


Bien souvent, le sujet ne comprend pas trop ce qui se passe : il est acteur, sous pression, tendu vers son désir obsédant, hors duquel il ne voit point de salut ! Et cela peut durer !


Cette emprise peut très bien être une formidable stimulation pour un engagement familial, un déménagement, une orientation professionnelle ou personnelle ; l’individu va se trouver propulsé dans un autre environnement au sein duquel il évoluera.


Le danger survient quand le désir n’est pas exaucé et qu’il aboutit à une frustration ; la réparation ne sera possible que si un travail de « deuil » se réalise et que le processus de résilience favorise l’acceptation pour envisager de nouveaux projets.


Stricto sensu, les relations passionnelles ne concernent pas uniquement le désir amoureux, il y a d’autres circonstances de souffrance affective qui émaillent le chemin d’une vie :


La révolte (voir le paragraphe qui lui est consacrée)La colère dans la mise en cause de l’honneur, du sacré : chacun se forge un ensemble de pensées auxquelles nous attachons une particulière importance ; ces pensées, bien souvent secrètes, sont comme un trésor auquel on est particulièrement attaché ; on y retrouve la notion d’honneur. Dans certaines cultures, les atteintes d’honneur peuvent entraîner un recours à la violence physique par vengeance ou par honte : crime, suicide, tout est possible !La passion devant la perte d’un proche (en particulier d’un enfant) : c’est une réelle souffrance de perdre un des proches et en particulier un enfant et cette passion peut bousculer une vie ; un long travail de deuil sera nécessaire pour arriver à cette « acceptation », stade fondamental pour retrouver une certaine paix !


c / Le besoin de sécurité


Le besoin de sécurité est vital pour l’être humain mais il est très personnel ; chacun peut se rendre compte que deux individus dans une même situation ne ressentiront pas la même sécurité.


Le psychologue Abraham Maslow, dans un article intitulé « A Theory of Human Motivation », paru en 1943, définit sept besoins inhérents à l’activité humaine et parmi ceux-ci il place le besoin de sécurité comme un des besoins basiques et il place par ordre de priorité :


Les besoins physiologiqueLe besoin de sécuritéLe besoin d’appartenanceLe besoin d’amourLe besoin d’estime des autresLe besoin d’estime de soiEt le besoin d’accomplissement personnel.


Sans méconnaître l’intérêt de cette présentation, le besoin de sécurité mérite qu’on l’explicite. Il apparaît lorsque le sentiment d’insécurité fait ressentir une instabilité qui retentit sur le comportement du sujet.


La première insécurité est celle du nourrisson qui prend conscience de l’éloignement maternel et c’est par l’émergence de la pensée symbolique que le jeune enfant trouve le mécanisme de compensation (cf les travaux de Jean Piaget de Donald W.  Winnicott) qui va lui permettre le passage vers l’autonomie. On sait que ce mécanisme peut ne pas se mettre en place ou présenter une incomplétude.


Après la phase de la petite enfance, et même si le développement de l’enfant s’est réalisé sans anicroche majeure,  l’insécurité peut tout de même apparaître dans plusieurs circonstances :


  • dans le milieu ordinaire, le plus souvent familial une insécurité acquise peut survenir à l’occasion d’événements transformant l’équilibre obtenu : décès d’un proche, maladie grave, déménagements, etc.en dehors du milieu ordinaire, deux occasions peuvent être révélatrices :

  • l’inadaptation à une situation professionnelle particulière ou à l’occasion d’un voyage,l’exposition à des perturbations environnementales importantes (catastrophes naturelles, agressions, etc.)

  • L’insécurité peut être occasionnelle ou s’installer sur un laps de temps plus long voire devenir chronique ; elle peut être vécue comme une simple gêne ou de façon plus importante pouvant entraîner des phobies pour les situations pouvant les déclencher.


Tout sentiment d’insécurité mérite d’être analysé, compris pour envisager éventuellement une relation d’aide afin d’y trouver une solution.


On sait que le sentiment de sécurité peut être conforté par un aménagement de l’environnement  en particulier par l’adjonction d’éléments symboliques sécurisants.


d / La gestion de la sexualité


Si l’affectivité ressentie est une variable qui interfère à tous les âges de la vie, la sexualité concerne essentiellement l’adolescent(e) et le (la) jeune adulte.

La gestion de la sexualité renvoie à trois situations-types :

  • L’acceptation de sa sexualité

  • L’entente sexuelle des couples

  • La maîtrise des pulsions sexuelles


L’acceptation de la sexualité est un vaste sujet qui concerne à la fois l’être humain et son milieu ; il est rare qu’une information authentique permette à l’individu de comprendre l’importance de l’impact de la sexualité sur le comportement. Deux questions peuvent se poser :

La sexualité de l’individu est-elle conforme aux pratiques de son groupe social ?Si non, l’individu et son groupe acceptent-t-ils ce qui pourrait apparaître comme une déviance ?

Des réponses à ces questions peuvent découler la mise en évidence d’un mal être qui peut avoir des conséquences importantes dans le chemin de vie.


L’entente sexuelle des couples était, il n’y a pas si longtemps, un tabou dans de nombreux pays ; l’important c’était surtout de montrer la preuve de sa virilité en provoquant des grossesses à son épouse voire à toute femme ! L’important était de créer une famille, élément clé de la socialisation.

Or, ceux qui savent sont convaincus que l’insatisfaction sexuelle est un grand motif de désunion du couple et donc de fractures familiales !

La prise en charge d’une aide à la résolution de la mésentente sexuelle du couple suppose une grande humilité et l’existence de structures spécialisées. C’est une grande chance de pouvoir accéder à cette aide qui peut réellement contribuer à redonner une harmonie dans le milieu familial.


La maîtrise des pulsions sexuelles est un élément qui reste encore dans le non-dit. Chacun se « débrouille » souvent entre le recours à la masturbation, la fréquentation de prostitué(e)s, la pratique des viols avec toute les variantes imaginables et la reconstitution de nouveaux couples.


e / La constitution d’une famille :

C’est un des grands mythes de l’expérience humaine : créer une famille reste encore aujourd’hui, pour beaucoup, l’un des objectifs essentiels du chemin d’une vie. La transmission de la vie, l’éducation des enfants, la capacité à transmettre un patrimoine  restent des valeurs communes à toutes les sociétés.


La famille c’est donc avant tout un couple et des enfants ; les enfants constituant la preuve vivante que la famille existe aux yeux de la société.


La famille, c’est la responsabilité pour le couple de se sacrifier pour assumer les « obligations » familiales avec souvent l’espoir d’être « fier » de sa progéniture, par son intégration « réussie » dans l’échelle sociale.


Ce mythe se nourrit des sagas des grandes familles qui ont marqué l’histoire des nations ! A partir d’un noyau familial restreint, le mythe permet d’espérer une approche voire une intégration dans le monde des puissants.


Pour se protéger, chaque famille créé son mythe familial, qui va imbiber les différents éléments du groupe familial à partir d’un récit enrichi par les générations successives et que les jeunes enfants vont faire leurs ! On doit la conceptualisation du « mythe familial » à Antonio J. Ferreira, thérapeute américain de l’École de Palo Alto, ( cf l’ouvrage « Sur l'interaction, Palo Alto : 1965-1974, une nouvelle approche thérapeutique » de Paul Watzlawick et John-H. Weakland  - 2004)


La famille, critère de réussite sociale, s’impose comme une obligation qui va profondément marquer le chemin de vie.

L

’évolution récente des sociétés dites occidentalisées tout en banalisant les familles recomposées, maintient l’idéalisation de la réussite familiale.


Dans la variété des investissements personnels, la famille vient souvent en concurrence, pendant une période de temps, avec l’activité professionnelle, les passions associatives et le développement personnel.


Albert Einstein l’exprime très bien dans « Comment je vois le monde », 1930 : « Mon sens passionné de la justice et de la responsabilité sociales ont toujours fortement contrasté avec mon absence prononcée du besoin de contacts humain. Je suis réellement un voyageur solitaire et n'ai jamais appartenu de tout mon cœur à ma patrie, mon logis, mes amis ou même ma famille proche ; confronté à tous ces liens, je n'ai jamais oublié la notion de distance et de solitude. .. ».



7 / La dépendance :


C’est une constante du chemin de vie qui domine l’existence à ses deux extrémités mais qui reste présente à toutes les époques de l‘existence.


Il est compréhensible de voir la dépendance du nourrisson aux soins maternels et paternels , de même que l’existence d’handicaps acquis , ou la détérioration des fonctions vitales, rendre l’être humain adulte et/ou âgé dépendant de ses proches ou d’une assistance médicale, mais n’oublions pas que tout être humain même dans une apparente vitalité est aussi dépendant de son milieu socio-culturel.


Cette dépendance concerne bien sûr l’état de santé ; lorsque l’on sait que l’essentiel des problèmes de santé d’un adulte jeune sont dus soit à des abus (alimentaires, toxiques, médicamenteux et autres) soit à une prise de risques pouvant dépasser la zone de sécurité, on ne peut pas ignorer combien les citoyens des pays occidentaux sont privilégiés de bénéficier d’une telle qualité de prestations de services.


La dépendance concerne aussi l’organisation de la société qui offre une assistance continuelle.


La dépendance concerne aussi la problématique des addictions ; il semble clair aujourd’hui que tous les êtres humains, peu ou prou, sont soumis aux pratiques additives. Tout se passe comme si l’addiction offrait une sensation d’ « aide »  permettant au sujet de réaliser une tâche jugée fastidieuse, non motivante ou difficile.


L’addiction est une dépendance majeure qui, lorsqu’il s’agit d’un comportement à risques va développer une pathologie propre .


Il y a des pratiques additives plus perverses que d’autres selon le degré de dépendance et les effets pathogènes : la préoccupation majeure des observateurs des pratiques additives concerne surtout le cas des principales substances toxiques comme les boissons alcoolisées, les différentes dogues et les produits sucrés :  outre l’effet direct sur la détérioration de l’état de santé, elles provoquent un bouleversement de l’équilibre du tissu social avec une économie parallèle quasi mafieuse, le développement du phénomène des gangs avec une criminalité inquiétante.




Sept problématiques qu'il faut intégrer au chemin initiatique


On pourrait se poser la question de l'intérêt de cette réflexion dans le cadre de la démarche maçonnique.


Plusieurs réponses sont possibles :

Ces problématiques expliquent les échecs qui aboutissent aux démissions, désillusions, aigreurs voire anti-maçonnisme secondaire.


A un degré moindre, ces problématiques peuvent conditionner les déviances avec un détournement de la démarche vers un fonctionnement "rassurant" voire sectaire.

Mais fondamentalement ne pourrait-on pas dire que la connaissance de ces sept problématiques devraient nous permettre d'améliorer ce "Connais-toi, toi-même" afin de mieux vivre cette démarche qui justifie notre engagement ?


Un développement sera l'objet d'un autre travail.

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