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Etre femme Kanak en Nouvelle Calédonie, c'est pas facile !



La Nouvelle Calédonie est une terre de contraste et d’ambiguïtés !


Perdue au milieu de l’océan Pacifique, la vie locale y est profondément marquée par une histoire hors du commun ; il s’agit du territoire le plus éloigné de la métropole : terre de colonisation, bagne, terre d’accueil et d’immigrations successives de tous les horizons, elle ne sera jamais une terre de peuplement français.


Vue de l’extérieur, la Nouvelle Calédonie est, selon une image de carte postale, un eldorado, un lagon exceptionnel, de vastes espaces, une terre de richesse minière avec l’extraction du Nickel ; elle fait rêver les touristes !


Mais lorsqu’on y vit, elle inquiète ! La société Kanak se sent colonisée ; les fossés entre les communautés se sont très profondément inscrits dans son histoire ; les communautés se croisent mais ne se rencontrent pas réellement.


Depuis 2012, mes différents séjours en Nouvelle Calédonie m’ont permis de côtoyer ses différents aspects au Nord, sur la côte Est, la côte Ouest et au Sud.


Confrontée à différentes communautés, j’ai pris conscience combien les codes de chacune y sont bien différents ! Le sujet de cette planche évoque surtout la femme kanak.


La communauté Kanak concerne la population autochtone de la Nouvelle Calédonie ; elle appartient à l’ethnie mélanésienne que l’on retrouve dans toutes les îles de l’océan pacifique Sud avec des variances. En Nouvelle Calédonie, la communauté kanak est plus implantée au Nord et dans les iles ; le sud de l’île principale, qu’on appelle la grande terre, et en particulier l’agglomération de Nouméa, est principalement peuplée par les autres communautés dont essentiellement celle d’origine européenne. Dans le Nord, l’exploitation du Nickel permet à de nombreuses familles kanak de vivre.


La communauté kanak rassemble un grand nombre de tribus : on en dénombre plus de 300 ; chaque tribu compte deux à trois cents habitants dans des clans (le clan c’est la famille au sens large) ; les tribus sont regroupées en huit aires coutumières du fait d’un certain nombre de similitudes quant à la langue utilisée (on compte 27 langues locales).


Le peuple kanak fonctionne suivant des codes culturels très anciens qui ont un contenu symbolique très riche ; pour résumer, dans la culture Kanak, la nature est au premier plan : elle est sacrée car c’est le refuge des esprits des ancêtres !


Il y a un code très important que l’on appelle la « coutume » ; elle est présente dans toutes les ethnies et c’est le ciment de leur identité. « Faire la coutume », c’est le rituel de rencontre avant tout échange ; il s’agit d’un échange où le demandeur exprime son respect vis-à-vis de celui qui reçoit ; celui-ci fera en retour un geste qui signifie son acceptation de recevoir !


Le culte de la terre : je cite : « C’est l’Homme qui appartient à la Terre et non l’inverse » ; ainsi il n’y a pas de propriété privée ; si un lopin de terre est utilisé par un individu , c’est le clan, dans son entier qui reste Maitre de la Terre et les ainés qui la gèrent en attribuent l’usage aux cadets ; autre règle liée à la terre : les derniers arrivés ne sont que des invités !

L’arrivée des Européens a bousculé l’ordre établi en matière de foncier et les terres « en jachère » furent attribuées autoritairement aux colons.


C’est au XXième siècle que les Kanaks, dans leur recherche d'une plus grande autonomie, ont commencé à revendiquer les terres dont ils avaient l’usage avant l’arrivée des colons.


Actuellement, on compte environ 350 tribus ; elles-mêmes comportant des clans ; ceux-ci ont une spécificité selon le lieu géographique de leur implantation : les clans de la mer spécialisés dans la pêche, les clans des vallées, dans la culture de l’igname, qui a une grande valeur symbolique. Les clans de la magie existent dans toutes les tribus.


Qu’en est-il de la place des femmes dans la société Kanak ?


Si la coutume kanak a des valeurs existentielles telles que la place de l’Homme dans la Nature, la transmission des savoirs ou la solidarité, la femme dans la société n'a pas toujours une position très confortable ; aucune autonomie ne lui est possible au sein du clan !


Pour les femmes de différents niveaux socio-culturels que j’ai pu rencontrer, leur lutte prioritaire, c’est de ne pas subir la violence de l’Homme.


Le mari peut battre sa femme : c’est accepté comme l’expression d’une reconnaissance de son autorité sur sa famille !


Tout nécessite une négociation : avoir un revenu, donner son avis sur l’éducation des enfants et en particulier des filles, etc.


Il faut dire que le mariage « coutumier » existe encore ; c’est la pratique de « la femme achetée » par le clan de l’époux au clan de l’épouse , selon une procédure bien réglementée par les deux lignées. Parmi ces échanges, un surplus donné par la parenté de l’époux correspond, non pas à un contre-don en nature ou monétaire, mais au « prix de la femme » ; celle-ci appartiendra ensuite au clan du mari.


Lorsqu’une femme maltraitée retourne trouver refuge dans le clan de ses parents, si le mari ne vient pas la rechercher, c’est le clan des parents qui la renverra dans le clan de son époux.


Les maltraitances conjugales sont ainsi courantes en particulier sous l’emprise de l’alcool qui est une pratique très fréquente.


En cas de « grande maltraitance », c’est le droit coutumier qui aura à trouver une solution au litige car si la femme fait appel à la justice et au « droit des blancs », une rupture avec le clan peut survenir ! Avec le droit coutumier, il s’agira surtout de sauver les apparences même si des accords sont trouvés pour effectuer une compensation morale et matérielle.


Si la femme a une situation et peut subvenir aux besoins de sa famille, on l’accepte mais selon les confidences que j’ai pu recevoir d’une Calédonienne kanak , sa vie est devenue « morcelée » : « Quand je suis avec mon mari et mes enfants, je peux prendre des décisions, me faire aider mais en famille élargie, il est hors de question de mettre mon mari en position égalitaire ou inférieure dans les détails de la vie quotidienne ! Et au travail, je m’adapte aux règles de l’homme européen ! »


Dans les cérémonies coutumières, quelle que soit sa position sociale, la femme ne prend jamais la parole.


D’ailleurs dans la symbolique kanak, deux arbres symbolisent le masculin et le féminin :

- le symbole masculin c’est le pin colonaire qui s’élève droit et haut !

- Le symbole féminin, c’est le cocotier, aux branches courbées et porteuses de beaux fruits !


Ces symboles sont repris dans les discours officiels ; au Sénat coutumier, par exemple, un orateur a déclaré :

- « Dans la vallée, il y a le pin et le cocotier : lequel est le chef ? Le pin ! Et le cocotier est le serviteur ! »


Lors d’une discussion avec des femmes kanak, je pose la question : « Quelle place aimeriez-vous avoir pour votre condition de femme ? »


Je cite la réponse d’une d’entre elles :


- Moi, je dis que c’est elle qui éduque les enfants ; c’est elle qui est la base du foyer ; il ne faut pas que les hommes massacrent leurs femmes parce que ce sont elles qui sont la base du pays !

Et, à une autre question « Quelle place vois-tu pour la femme dans la société ? », une autre répond :


- C’est important que les femmes participent aux décisions concernant la vie des gens parce qu’elles voient bien les problèmes mais il ne faut pas qu’elles volent la place des hommes ; c’est pas çà ! Il faut travailler en complémentarité dans la famille !


Ces réponses émanent de femmes insérées dans la société ; elles restent très attachées à l’obéissance !


Dans la vie quotidienne, quand le couple chemine, l’homme marche devant et l’épouse à quelques pas derrière ; la femme ne mange que lorsque l’homme est rassasié !


Une autre composante de la culture kanak est à signaler : il s’agit de la magie !


Elle tient une place importante dans les cérémonies qui font référence à des mythes, transmis de génération en génération , comme par exemple le mythe de la femme féconde et bénéfique ou celui de la femme étrangère maléfique !


Les femmes kanak s’habillent généralement d’une robe « mission » : celle-ci fut imposée par les missionnaires pour cacher la nudité qui était naturelle ; aujourd’hui, cette robe mission est devenu un symbole de leur identité.


En France, nous sommes bien loin de la Nouvelle Calédonie, terre mal connue des Européens ; ce territoire reste torturé par son passé ; chaque jour sur la chaîne locale de télévision, « Caledonia », il y a une émission qui s’intitule « Sur les traces du passé » ; on y voit des documentaires intéressants avec des commentaires d’historiens et des témoignages : que de souffrances !


Ce n’est pas seulement la conséquence du conflit entre les Kanaks et les Caldoches (nom donné aux européens installés sur place) ; la situation est beaucoup plus complexe. Le fossé existant entre les communautés est d’origine ancestrale ; il est profondément ancré dans l’histoire de ce territoire ; les êtres humains se croisent mais ne se rencontrent pas et chaque communauté conserve une mentalité qui lui est propre !


Même si elles se côtoient au travail, les femmes des différentes communautés ne se fréquentent pas ; les femmes métisses ont une place à part mais restent minoritaires.


Pour terminer sur une note optimiste, je citerai Paul Boc qui, dans son livre « Les filles de Nemma », affirme :


« C’est grâce à vous les Métisses que nos peuples fusionneront un jour ! Vous êtes les premiers éléments de la fusion des races qui fera qu’un jour, la race calédonienne aura en elle les vertus de chacune ! »


Mais le chemin risque d’être encore long ! Toutefois, l’espoir est présent dans les nouvelles générations de vivre un destin commun !

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