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  • Matéo Simoita

La franc-maçonnerie est-elle interdite aux pauvres en France ? Et si oui, est-ce acceptable ?

Mis à jour : mars 14


Dans les conditions demandées aux impétrants désirant adhérer à une loge maçonnique figurent deux engagements contraignants :


- l’engagement d’assiduité : une à deux réunions mensuelles dix mois sur douze (comme ces réunions mensuelles sont souvent suivies d’agapes pour un coût généralement compris entre 5 à 10 €, cela implique un minimum de dépenses de 10 €/mois soit 120€ par an)

- l’engagement de payer une cotisation annuelle qui peut s’élever selon les obédiences à environ 300 €.


D’autres frais doivent aussi être envisagés et en particulier l’achat de livres, de décors et les frais entrainés par d’autres déplacements.


Au total, on arrive à un montant des dépenses induites par l’engagement maçonnique qui atteint et dépasse souvent 500 € par an ou près de 42 € par mois sur 12 mois.


Si on se réfère aux critères officiels, un individu est considéré comme pauvre en France quand ses revenus mensuels sont inférieurs à 867 euros ou à 1 041 euros selon que l’on utilise le seuil à 50 % ou 60 % du niveau de vie médian (sources : Insee, données 2017).


Une personne pauvre en France qui dispose d’environ 1000 € de revenus par mois peut-elle consacrer 42 € par mois pour satisfaire aux obligations d’un engagement maçonnique ?


Sachant qu’il est normal que les dépenses obligatoires pour se loger, s’alimenter, se soigner et satisfaire à des engagements financiers antérieurs (crédits, emprunts, etc.) soient prioritaires, on voit bien que dans de nombreux cas, il ne sera pas possible de dégager 42 € chaque mois pour fréquenter une loge maçonnique.


Dans d’autres pays que la France avec des seuils de pauvreté plus bas, cela paraît encore plus évident.


Il est clair que cette somme de 500 € par an est rédhibitoire pour de nombreuses personnes qui pourraient être intéressées par la démarche maçonnique.


Dans la réalité de tous les jours, on voit bien qu’en France, la franc-maçonnerie est interdite aux pauvres !


La problématique de l’argent en Franc-Maçonnerie


Elle ne se résume pas au montant des différentes dépenses et capitations demandées ; en réalité, aujourd’hui, l’argent constitue une préoccupation majeure pour de nombreux francs-maçons mais aussi pour de nombreuses obédiences (pour ne pas dire pour toutes). Cela concerne :


- le commerce maçonnique : livres, objets rituels, bijoux, tourisme maçonnique, conférences, services divers, publicités, salons maçonniques ; ce commerce maçonnique est bien présent sur le web et les réseaux sociaux : à un moment ou un autre, d’une façon ou d’une autre, l’intérêt financier apparaît !


- les obédiences maçonniques peuvent être considérées comme un système de remontées financières destinées à prendre en charge les dépenses de quelques personnes chargées de justifier leurs existences : grandes messes, tenues de représentations, voyages, etc. L’incidence financière est tellement préoccupante que s’est devenue la première justification des grosses obédiences pour ne plus participer à des regroupements inter-obédientiels (« Nous, on paye, et c’est à eux que cela profite ! » entend-on dans les coulisses).


Si la recherche du profit sous-tend de nombreuses motivations, il faut reconnaître qu’une volonté de redistribution existe aussi même si elle est relativement confidentielle proportionnellement aux budgets en cause :


- dans certaines loges on applique des contributions proportionnelles aux revenus,

- plusieurs obédiences ont des structures caritatives,

- une certaine forme de mécénat maçonnique se manifeste dans la discrétion.



Et pourtant ?


L’argent n’est pas absent des préoccupations philosophiques des travaux maçonniques ; il y est fait allusion en particulier de plusieurs manières :


- « Laisser les métaux à la porte du temple » : on retrouve cette injonction dans de nombreux rituels et en particulier au Rite Ecossais Ancien Accepté, lors du rituel d'ouverture, lorsque le vénérable maître marque de manière solennelle le début du travail maçonnique en disant : « Mes frères, nous ne sommes plus dans le monde profane, nous avons laissé les métaux à la porte du temple; Élevons nos cœurs en fraternité et que nos regards se tournent vers la lumière ».


- « L’argent a divisé les hommes et séparé les frères » : C’est un commentaire affirmé lors de l’élévation de salaire au 2ème degré du Rite Ecossais Rectifié.


- de nombreux francs-maçons se sont engagés à titre individuel dans des mouvements philanthropiques et dans le combat social pour la défense des minorités.


- politiquement de nombreuses obédiences ont plutôt une connotation « de Gauche ».


- de nombreuses loges souhaitent s’investir dans des travaux dits « sociaux ».



Une contradiction, jusqu’à quand ?


Tout se passe comme si l’engagement maçonnique acceptait deux postures :


- « L’argent est le nerf de la guerre » Cité par Cicéron, repris par Rabelais dans Gargantua


- " Couvrez ce sein que je ne saurais voir : Par de pareils objets les âmes sont blessées, Et cela fait venir de coupables pensées. " dans Tartuffe de Molière.


L’argent est couvert par un voile pudique qui en fait un sujet tabou : « Il ne faut pas parler d’un sujet qui fâche et glorifions toute cette grandeur d’âme dont nous sommes capables. » On peut se pâmer devant la pauvreté dans le monde profane en accusant … les autres d’être inhumain mais on évitera de s’enquérir de l’impossibilité des pauvres de nous rejoindre en loge. D’une certaine manière les pauvres d’aujourd’hui ne sont-ils pas les juifs d’autrefois : en 1783 à Bayonne, il n’était pas possible aux juifs de postuler dans la loge maçonnique « L’Amitié » et pour quelle raison pensez-vous :


Sources : « L’exclusion des juifs du temple de la fraternité maçonnique au siècle des Lumières » par Pierre-Yves Beaurepaire.


En un mot, comme les juifs risquaient de « perturber » l’atmosphère, les pauvres risqueraient sans doute de « choquer » les « bien-pensants » d’un « confort pseudo-maçonnique » !


En réalité cette attitude aboutit à un état de fait préjudiciable avec trois réalités :


- les obédiences maçonniques ne sont plus crédibles en interne : c’est devenu une forme de business où se paradent des conseillers de l’ordre, à la parole vide de sens, plus préoccupées par leur « carrière » maçonnique que par la mise en œuvre des valeurs maçonniques !


- le recrutement maçonnique centré sur la petite bourgeoisie et les fonctionnaires privilégiés socialement ne peut permettre une véritable imprégnation populaire de la démarche maçonnique.


- le désordre maçonnique favorise des initiatives individuelles centrées sur la recherche du profit.


- la franc-maçonnerie se trouve caricaturée en une activité folklorique d’un petit groupe de sujets socialement privilégiés qui se font plaisir !


Quel-le franc-maçon-ne peut se satisfaire d’une telle dévalorisation de notre recherche de perfection ?



Quelles solutions pour être en accord avec nos valeurs ?


Depuis plus de trois cents ans la franc-maçonnerie est une construction lente mais progressive ; l’histoire montre combien, à partir d’une idée initiale, des parasitages ont troublé la qualité de la démarche. Nombre d’entre eux ont été supprimés mais aujourd’hui nous constatons que d’autres réformes seraient nécessaires pour transformer cette désastreuse image d’une société qui refuse d’associer d’autres êtres humains sous prétexte qu’ils sont pauvres ; ne serait-il pas possible de réaliser ces propositions ?


- Diminution drastique des budgets des obédiences pour ne garder que l’essentiel, réduire le nombre de conseillers obédientiels de tous genres, arrêter les voyages du « paraître » !


- Réduire la dépendance vis-à-vis des sociétés immobilières maçonniques en recherche de profits,


- Faciliter le travail maçonnique dans des lieux associatifs avec un décor réduit


- Fixer les capitations en fonction des revenus réels (sur la base de la feuille d’impôts) et autoriser des capitations a minima,


- Créer des coopératives à but non lucratif pour les objets et documents maçonniques indispensables,


- Rompre les liens avec les structures maçonniques commerciales.


- Promouvoir la gratuité maçonnique et le mécénat !



Autres points de vue déjà exprimés :


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 L'Idéal Maçonnique, Objectif Sagesse !

The Masonic Ideal, Objective Wisdom !