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Le vécu d'un franc-maçon musulman pratiquant le Ramadan



Quand il m’a été suggéré de produire une planche sur ce sujet, j’avoue en avoir été d’abord troublé, presque gêné.

Qu’y aurait-il de particulier dans l’observation du ramadan pour un franc-maçon ?

Quel lien entrevoir entre une pratique religieuse et l’appartenance à la maçonnerie ?

De première évidence, aucune justification d’une telle approche, sinon même, un risque de réveiller les vieux démons qui voudraient opposer ces deux concepts. Dans un pays comme le Sénégal où certaines officines religieuses musulmanes s’allient promptement à quelques prêtres catholiques pour vilipender la maçonnerie, il peut paraitre étonnant de supposer qu’un franc-maçon vive son ramadan différemment de ses coreligionnaires.

Encore une preuve, dirait-on de leurs déviances.


Et pourtant, en y réfléchissant davantage, il m’est apparu que l’appartenance à notre ordre influence significativement le ramadan du franc-maçon.

En effet, le ramadan est d’abord, un mois ou chacun s’impose privations et repentances. Un mois que l’on consacre à la spiritualité et à l’introspection. Pendant cette parenthèse dans son quotidien, le musulman essaie de remettre de l’ordre dans ses comportements sociaux et relationnels afin de retourner dans le chemin préconisé par la religion.

Afin aussi de pacifier son environnement social et raffermir ses liens familiaux, et amicaux. C’est ainsi que l’on entame cette période en demandant aux autres de nous pardonner tout tort qu’on leur aurait imposé et qu’on affirme leur pardonner les leurs en retour.

En cela aucune véritable différence d’ailleurs, d’avec le carême chrétien qui obéit aux mêmes objectifs.

Se priver de nourritures et plaisirs terrestres pour laisser plus de pace à ceux de l’esprit et de l’âme.


Le franc-maçon musulman ne déroge à aucun de ces principes et aborde son mois de ramadan avec le même zèle que tous. Toutefois, s’y développent certains aspects qui prennent plus de poids pour le maçon que je suis : La solidarité, la fraternité et la tolérance.

Notions basiques acquises et consolidées au cours de nos parcours, qui trouvent là, un terrain spécifique de mise en pratique.

La solidarité s’impose à nous quand nous avons la chance de pouvoir « couper » copieusement notre jeûne en fin de journée, alors que dans notre voisinage se trouvent de nombreux nécessiteux qui peinent à manger décemment.


Le maçon sera plus prompt à prévoir ces mal-lotis dans son menu et à contribuer discrètement mais régulièrement à les soulager.

De même, quand il remarque, à la mosquée lors des prières communes du soir, que certains ont des habits en mauvais état, leur en donner, toujours discrètement, des plus séants.

Nous affirmons la fraternité entre nous. Le ramadan nous amène à la vivre de façon concrète essayant de nous rapprocher de ceux qui nous sont proches et que le quotidien nous fait parfois perdre de vue.

En particulier, nos frères maçons d’autres religions, qu’il est agréable de recevoir en famille à la coupure pour leur faire partager les repas souvent améliorés de ce mois.

La tolérance enfin envers ceux qui, dans cette marée, majoritaire au Sénégal, de gens en carême, s’en excluent et veulent continuer à vivre comme d’habitude. Ils sont souvent mal regardés, voire pris à partie. Le Maçon sera toujours de ceux qui ne leur jettera pas la pierre et bien au contraire, se rapprochera d’eux pour comprendre leurs motivations qui traduisent souvent une rafraichissante liberté d’esprit et de choix.


Ainsi, le vécu du Franc-maçon prend une profondeur qui lui permet, en ce mois spécial, de mieux vivre son engagement de porter en dehors du temple, les enseignements qu’il y aura acquis. Mais tout ça, malheureusement, c’était avant la pandémie qui vient menacer nos vies et bouleverser nos modes de vie.

Avec le couvre-feu et la fermeture des mosquées, beaucoup de ces actions seront difficiles, voire impossibles.

Il nous faudra trouver de nouvelles voies pour concrétiser notre solidarité envers les plus démunis et notre fraternité à nos proches négligés. Quant à la tolérance, le quasi-confinement imposé la rendra peut-être moins nécessaire car les restaurants et autres débits de boissons sont fermés. Mais nul doute que les évènements quotidiens viendront nous donner diverses opportunités de nous rappeler qui nous sommes, nous les francs-maçons, parmi tous nos coreligionnaires en ramadan.

Et de nous faire sinon reconnaître, mais au moins apprécier par la valeur de nos actes et la noblesse de nos comportements.


NDLR : notre frère est un franc-maçon ayant déjà une belle ancienneté dans une loge maçonnique sénégalaise. Pour des raisons de discrétion, nous n'avons pas souhaité publier ses nom et prénom. Bonne et belle fête de Ramadan 2020 à tous les musulmans !

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