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"Le vol du Boli", un magnifique opéra symbolique d'inspiration malienne sur le pillage de l'Afrique

Le président du GFEQA (Groupement Fraternel pour l'Etude des Questions Africaines) présente à ses membres une retransmission sur TV5 d'un opéra présenté au Théâtre du Chatelet au mois d'octobre de cette année.


Voilà ce qu'il écrit :


"Création mondiale, "Le vol du Boli" raconte le parcours d'un Boli, fétiche animiste malien qui renferme l'âme des ancêtres, entre Afrique et Europe. Le spectacle qui a triomphé au Théâtre du Châtelet en 2020, parle de l'Afrique, de ses œuvres sacrées, de son peuple réduit à l'esclavage et d'un continent qui affirme sa force et sa fierté. A travers cet opéra, Abderrahmane Sissako et Damon Albarn portent un message optimiste transcendé par un métissage entre comédiens, musiciens, danseurs, chanteurs qu'ils soient Congolais, Maliens, Burkinabés, Européens. (présentation de France-tv)


Cet Opéra contemporain n'a pu être joué que trois fois en octobre 2020 au Théâtre du Chatelet à Paris avant d'être victime du confinement général. Bien heureusement, il a été filmé et c'est la vidéo de ce magnifique spectacle qui a été diffusée vendredi 11.12.2020 par la Chaîne France 5.


Nos commentaires : Le Boli en question est, d'après Télérama, effectivement exposé au Musée du Quai Branly à Paris. Il aurait été dérobé au Mali en 1931. A partir de ce vol sacrilège, le musicien anglais Damon Albran et le cinéaste mauritanien Abderrahmane Sissako (plusieurs fois primé avec Timbuktu) ont entrepris de faire une relecture des relations entre l'Afrique et l'Europe, à travers une grande fresque "opératique et protéiforme".


Esclavage, colonisation, transformation de l'Afrique en poubelle de l'Occident, tout est raconté en chansons et en danses originales. La chanteuse Fatoumata Diawara, déjà rodée aux comédies musicales (Kirikou et Karaba), le griot Baba Cissoko et François Sauveur, comédien, campant le rôle du Blanc tout-puissant sont accompagnés d'une vingtaine de danseurs, choristes et de musiciens tous talentueux. Les chorégraphies sont un peu folles. Un vrai opéra contemporain; une belle réussite. Une soirée ne pas manquer !"


Nous vous proposons de visionner cette œuvre projetée par France 5.



Lire aussi la critique qu'en fait Elodie Maillot


Le Vol du Boli : un opéra magique et choc à Paris

Au Théâtre du Châtelet, le musicien Damon Albarn et le cinéaste Abderrahmane Sissako réunissent un casting de rêve dans un spectacle historico-poétique qui entrechoque musique, danse et création visuelle pour évoquer le pillage de l’Afrique.


Quand la direction du Théâtre du Châtelet a proposé à Damon Albarn de créer un opéra du XXIe siècle, il avait « mille idées à la seconde (…). La question du panafricanisme l’a d’abord emporté, mais j’ai pensé plus juste de réfléchir aux relations et à l’histoire si particulière qui unit l’Europe et l’Afrique », explique Damon Albarn, voix pop du groupe britannique Blur, cerveau du hip-hop cartoonesque de Gorillaz et surtout chanteur voyageur. Pour le musicien, l’Afrique est devenue une source d’exploration et de collaborations artistiques depuis longtemps, notamment après que l’ONG Oxfam l’ait envoyé au Mali pour produire l’album Mali Music en 2002, et plus tard au Congo pour Kinshasa One Two (2011). Albarn a aussi prolongé ses voyages sur scène avec différents projets, dont le collectif Africa Express, qui a pour objectif de réunir des musiciens africains et des têtes d’affiche pop en créant des fusions souvent réussies sur des scènes occidentales et africaines.

Pour ce projet très ambitieux, il a invité le réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako, multicésarisé pour le film Timbuktu. En 2018, les deux hommes ont choisi de se rencontrer dans une ville qu’ils connaissent bien : Bamako. « J’ai tout de suite senti quelqu’un de profondément humble, heureux d’être là, à la disponibilité humaine et artistique exceptionnelle », raconte le cinéaste, qui assure l’écriture et la mise en scène du spectacle avec Dorcy Rugamba et Charles Castella. C’est Sissako qui propose à Albarn de prendre comme point de départ du spectacle Le Vol du Boli, un fétiche sacré utilisé dans le culte initiatique du Komo au Mali et au Burkina Faso, et qui est aujourd’hui exposé au Musée du Quai Branly. Le Boli est un objet doté de pouvoirs, à la nature composite et mystérieuse, qui mêle sang, terre et pâte de mil.

Ce fétiche tout-puissant en forme d’animal bossu pouvait garantir la paix sociale, apporter la prospérité ou punir. Dans l’Afrique Fantôme, l’écrivain et ethnologue Michel Leiris confie avoir volé le précieux totem. Dans ce livre, qui mélange récit ethnographique et personnel, Leiris se met à nu, et confie en filigrane qu’en étudiant d’autres sociétés humaines que la sienne, on ne peut pas oublier qui l’on est, sa propre culture, ses doutes et ses névroses. Cette lucidité contrite est oubliée par les auteurs du spectacle, qui se concentrent sur le boli comme symbole d’une société déstabilisée par ce vol, ce qu’Aminata Traoré appellera « le viol de l’imaginaire ».

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