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Lettre d'un franc-maçon africain et chrétien au Père Diouf


Avec son accord, nous publions la lettre que le frère Nadim Michel KALIFE a adressé au Père Diouf, prêtre catholique togolais qui, dans un livre, mettait en garde un de ses jeunes amis franc-maçon pour le dissuader de se rendre en loge.




Introduction


Je dois d’abord présenter le Père Jean Philippe DIOUF. Il est l’aumônier de l’Université de Lomé, curé et modérateur de la paroisse universitaire Saint Jean Apôtre. Il a servi, en civil, durant 11 ans dans la marine sénégalaise avant de se mettre au service du Christ. Cela explique sans doute sa liberté de pensée et son ouverture d’esprit à la tolérance, deux qualités qui font de lui un « Franc maçon sans tablier », c.à.d non initié dans les formes rituelles d’admission des Franc maçons. D’ailleurs, chez les Francs maçons, le Christ est considéré, au titre de sa vie d’homme sur Terre, comme un « Grand Initié », en dehors de sa qualité divine reconnue par les seuls Francs maçons chrétiens.


Votre livre « Lettres à un ami Franc maçon » pose la question de savoir si c’est compatible d’aller en loge et à l’église. Vous invitez à la réflexion du pourquoi, mais vous jugez sans appel, comme l’a fait jusqu’ici le clergé togolais, soumis à la pression doctrinale du théologien conservateur Joseph Ratzinger, devenu Pape Benoît XVI en 2005, en ayant été le conseiller spécial de l’épiscopat allemand minoritaire au Concile Vatican II en 1962/65. Vous transmettez au candide Maçon catholique, votre jeune ami Démagna, les positions réactionnaires de cet insoumis à Vatican II, alors même que vous écrivez dans votre livre, en vous inspirant du nouveau pape François, que « le temps des persécutions est derrière nous ».


Au cours de votre conférence, à la différence des « invectives mensongères » que débitent à répétition certains de nos prêtres togolais au cours de leurs prêches du dimanche, vous reconnaissez une chose positive en Maçonnerie : la quête de la vérité, qui pousse les Francs maçons à beaucoup travailler tout en se construisant une force intellectuelle qui manque à la plupart des catholiques non maçons.



Par contre, vous écrivez que « La foi chrétienne se base sur des dogmes, alors que la philosophie maçonnique consiste en un rejet systématique des dogmes ». C’est FAUX ! Vous répétez l’argument du théologien Ratzinger sorti de son chapeau en 1983, à la publication du nouveau code de droit canonique, qui a repris ce sophisme émis par l’épiscopat allemand minoritaire à Vatican II, en vue d’exclure les Francs maçons catholiques de l’eucharistie, ce qui est équivalent à l’excommunication puisque c’est cette eucharistie qui fonde le Christianisme. Ce théologien est donc lui-même en état de « péché grave » en s’opposant sournoisement au concile par son contournement du droit canonique !


Enfin, après votre conférence-débat à Agora Senghor, samedi 19 septembre 2015, vous m’aviez donné votre accord pour un débat public à la publication de ma réponse à votre livre, ainsi que pour m’accompagner en loge maçonnique pour voir ce qu’il en est, si vous en obtenez l’autorisation auprès de l’Archevêque. Nous nous rencontrerons donc à Agora Senghor, 1ère quinzaine de décembre 2015.


Et je vous déclare, hic et nunc, que si le pape François accepte de lever l’interdiction infligée par Benoît XVI aux Francs maçons catholiques de recevoir l’eucharistie, je la recevrai de vos mains !!!


Cher Père Diouf, j’exposerai ici les raisons politiques ayant poussé le pape Clément XII en 1738 (suivi des autres papes jusqu’à la 1ère Guerre mondiale) à condamner les Francs maçons comme comploteurs contre les monarchies absolues, et donc ennemis de l’Église romaine qui était leur alliée politique depuis le sacre en 800 de l’empereur Charlemagne qui l’avait protégée contre les invasions des Lombards.


Les chrétiens à l’esprit ouvert découvriront ici la vérité historique sur les jugements erronés de l’Église contre les « frimassons » depuis 3 siècles. Ils effaceront leurs préjugés antimaçonniques. Ils enlèveront « les poutres de leurs yeux », comme vous le dîtes si bien dans votre livre, qui ouvre la voie du questionnement, conformément à l’encyclique FIDES ET RATION de Jean Paul II. On verra alors que la Franc maçonnerie n’est pas satanique ni une religion, mais seulement une « grande école de pensée et d’action philanthropique », pour la bonne gouvernance et le mieux-vivre ensemble, sans métaphysique.


§1. De certaines précisions sur vos Lettres à votre ami « Démagna », jeune Franc maçon


Cher Père Diouf, Dans vos lettres à Démagna, vous usez de la rhétorique biaisée du théologien Joseph Ratzinger pour persuader le candide Démagna à renoncer à la Franc-maçonnerie. Or, le Concile VATICAN II avait bel et bien annulé sa condamnation à travers le code de Droit canonique de 1983, à la grande différence du code de droit canon de 1917. Seules les associations complotant contre l’Eglise y sont désormais condamnées d’une « juste peine ». Vous agissez donc dans le sens contraire à ce Concile, (qui s’était inscrit pour la 1ère fois dans l’Histoire de l’Eglise dans le sens de l’Évangile de St Jean, verset 15 ) en suivant le théologien rebelle à Vatican II, Joseph Ratzinger, élu Benoît XVI en 2005, quand vous conseillez à l’Apprenti Franc maçon « Démagna » (signifiant Innocent, Candide), de ne plus aller en Loge pour lui éviter un « péché grave » le privant du droit de recevoir l’eucharistie aux dires de Ratzinger.


Or, cette accusation de « péché grave » du théologien Ratzinger repose sur le principe maçonnique de « Liberté absolue de conscience », qu’il interprète comme devant rejeter tout dogme de l’Eglise. C’est là une grande erreur philosophique, car la liberté absolue de conscience du Franc maçon l’autorise à ne croire qu’en ce qu’il veut bien, ce pourquoi il y a des Francs maçons de toutes croyances, jusqu’aux bouddhistes et animistes que Jean-Paul II convia au Vatican dans le même esprit œcuménique qui a inspiré l’Article 1er des « Constitutions » d’Anderson de 1723 qui ont fondé la Franc maçonnerie.


Cher Père Diouf, je vous réponds en maître Maçon, initié depuis 20 ans, connaissant autant l’histoire de la Franc-maçonnerie que celle de l’Église, car, tout jeune, je voulais devenir prêtre jusqu’au jour où le péché de la chair m’a détourné de ma vocation qui exigeait le vœu de chasteté. Je suis votre nouvel ami « Nunyala » (le Sage, possédant la Connaissance), offrant un nouvel éclairage à la pensée de votre ami « Démagna », pour lui éviter de devenir dogmatique. Il faut suivre le Pape François répondant au journaliste le questionnant sur un « gay » : « Qui suis-je pour juger quelqu’un s’il croît en Dieu ? ».

Aussi, dois-je vous révéler que mon vécu maçonnique m’a permis de beaucoup progresser en sagesse et dans la Connaissance, grâce à la confrontation non dogmatique de mes idées avec celles des autres, en respectant la liberté de conscience de l’Autre, c.à.d de celui qui diffère de moi. Aussi, dois-je répéter que le pire danger pour un Franc-maçon, c’est de s’enfermer dans le monde de ses idées, sans les confronter aux réalités de la vie en société, où il doit éprouver les valeurs maçonniques de Tolérance, Liberté, Égalité, Fraternité, Solidarité, Laïcité avec sa vie quotidienne, en pensée et en action.


De la sorte, tous les « Démagna » auront à connaître la vérité sur la Franc-maçonnerie et ne plus la mal juger ni la calomnier. Elle n’a rien à voir avec une religion ni avec Satan. Elle n’est qu’une grande École de pensée humaniste, au service de « la bonne gouvernance ». Elle ne traite pas de l’au-delà, qui est laissé au libre choix de chacun, dans le respect de toutes les croyances, mais sans prosélytisme.


Il faut savoir que les études du Franc maçon commencent par la connaissance de soi, tout en cherchant à comprendre les relations humaines, sans métaphysique (qui est laissée aux religions). Et tout est orienté sur la Liberté de chacun dans le respect des autres, sur l’Égalité de tous et donc sur la lutte constante contre l’injustice et l’exclusion, dans la Tolérance, pour réaliser la Fraternité universelle sur Terre. Ainsi, est-il aisé de constater que l’engagement maçonnique est en harmonie avec l’enseignement du Christ, que les Francs maçons considèrent, dans son côté Homme, comme « Grand Initié ».

Dans ces conditions, les catholiques non dogmatiques, fidèles à l’esprit de Jean XXIII, Paul VI et Vatican II, doivent tourner les tristes pages de la bulle « In eminenti » fulminée par Clément XII en 1738, suivies de celles de l’encyclique « Humanum genum » de Léon XIII en 1884, ou encore du code de droit canonique de 1917, tous mus par la politique. Quant aux raisons religieuses avancées, elles sont devenues caduques grâce à la brèche moderne ouverte par le concile Vatican II et l’actuel pape Jean.


§2. Mes observations sur l’Histoire de la Franc-maçonnerie


Cher Père Diouf, vous dîtes bien que la Franc-maçonnerie remonte aux bâtisseurs des cathédrales du Moyen-âge, mais c’est trop succinct. Certes, ces maçons se réunissaient dans une salle d’études sur le chantier de construction, nommée « Loge », sous la direction du Maître maçon qui traçait sur une planche les plans des travaux à effectuer. Ces maçons dits « opératifs » gardaient leurs secrets professionnels, comme toutes les corporations de métier du Moyen-âge (vitriers, menuisiers, sculpteurs, charbonniers, …etc.), car le droit de propriété intellectuelle n’apparaîtra qu’au XIX°s, à l’ère capitaliste.

Dans ce métier de maçon, il fallait 7 ans d’apprentissage au service du Maître avant d’être libéré avec le grade de « Compagnon », qui était autorisé à travailler à son propre compte loin de son ancien maître. C’est pourquoi le « Compagnon » voyageait de ville en ville, à la recherche de travail, et pour s’établir en recrutant des « Apprentis » et devenant « Maître » à son tour. Et c’est grâce à tous ces « Compagnons » de métier au Moyen-âge que le travail manuel, jusque-là avili dans « la Genèse », fut reconnu comme une valeur sacrée, offrant au manant de se libérer du servage. Et ce fut l’une des premières conquêtes des droits de l’homme dans la classe inférieure, soustrayant le travailleur à la condamnation biblique au travail comme châtiment du péché originel d’Adam et Ève chassés de l’Éden.


Concernant le passage de la maçonnerie du stade « opératif » au stade « spéculatif », ce mot provient du franglais issu de l’anglais « speculative », qui signifie philosophique ou création de l’esprit.


§3. Comment est-on passé de la maçonnerie opérative à la Franc maçonnerie spéculative ?


Les intellectuels ne se mélangent pas habituellement aux manuels. Pour comprendre ce passage, remontons l’Histoire des idées et des faits en Europe à la fin du Moyen âge et à la Renaissance.

En 1439, le grand mécène Cosme de Médicis, Duc de Florence, avait réuni, à grands frais, à Pise, de 1439 à 1444, 2.000 délégués de l’Église romaine et de l’Église orthodoxe de Byzance à la recherche d’aide des chrétiens d’occident pour les protéger contre les menaces d’invasion des Turcs musulmans.

Comme le Pape n’a pas réussi à mobiliser les nations catholiques d’Europe occidentale à cet effet, il consentit à Cosme de Médicis, en remerciement de ses énormes dépenses, l’autorisation de créer une Académie des lettres à Florence, pour y faire traduire les œuvres des philosophes de l’Antiquité grecque, dont les délégués de l’Église orthodoxe de Byzance avaient dit beaucoup de bien à ce concile mixte.


Je rappelle ici que tous les écrits des « Anciens » étaient jusque-là prohibés par le St Siège en raison du contenu « profane », antérieur au Christ (à l’exception de la traduction d’Aristote par Thomas d’Aquin).

C’est alors qu’une grande école de pensée laïque naquit à l’« Académie de Florence ». Elle va féconder la Renaissance italienne avant de se propager dans toutes les cours royales par les soins de Pic de la Mirandole. Cette diffusion de la pensée laïque des « Anciens » va progressivement instiller l’esprit de tolérance dans la pensée des philosophes à la recherche des vérités humaines. Ce fut la naissance de l’humanisme européen, qui va émanciper la pensée européenne de 10 siècles d’obscurantisme, généré dans la terreur des « invasions barbares » entre les V° et XI° siècles, au cours desquels le Saint Siège s’était érigé en protecteur de ses fidèles, tout en les soumettant à sa pensée unique coupée de la dialectique aristotélicienne et qui sera figée dans le raisonnement analogique reconnaissant comme vrai seulement ce qui est conforme aux Saintes Écritures !

Dès lors, le dogmatisme fit son chemin en instaurant l’obscurantisme dans la connaissance littéraire, philosophique et scientifique. Le Haut clergé, mû alors par l’orgueil des puissants, fit croire aux fidèles que Dieu a instauré leur roi de droit divin, avec les pleins pouvoirs sur ses sujets, divisés entre la basse classe des travailleurs serfs, manants et bourgeois, et les 2 classes supérieures, Clergé et Noblesse, exonérées de travail et d’impôts. L’Eglise condamnait ce qui infirmait le contenu de l’Ancien Testament. Il en résulta un obscurantisme qui, durant 10 siècles, étouffera la liberté de conscience et empêchera le progrès. Les seules avancées techniques vinrent d’Orient, par les Croisés et navigateurs.


La liberté de conscience de l’homme n’a pu émerger qu’à partir de la fin du XV° siècle, suite à l’autorisation du pape de créer « l’Académie de Florence », à l’invention de l’imprimerie et à la découverte de l’Amérique révélant l’existence d’Amérindiens différents des hommes connus.

D’où, l’avènement 2 siècles plus tard, de la loi de gravitation universelle de Newton, suivie de la révolution technique fécondée par l’esprit capitaliste à la recherche de rendements croissants. Toutefois, le développement du capitalisme naquit dans les régions de confession protestante, où la recherche du profit financier n’était pas condamnée et où l’enrichissement personnel était reconnu comme une bénédiction de Dieu sur Terre, à la différence de ce qu’en disaient les sermons catholiques.

C’est alors que des échanges intellectuels libres vont se répandre à travers toute l'Europe des XVI°, XVII° et XVIII° siècles, émancipant la réflexion de l’obscurantisme religieux. Un homme nouveau va naître, assumant son destin de sa propre volonté et libre réflexion, comme du temps des « Anciens » Grecs. Les découvertes scientifiques et humanistes (liberté et égalité de tous à la naissance) sont mises au service du bonheur de l'Homme, qui a désormais libre choix entre le bien et le mal, de sorte qu’il soit dûment jugé par Dieu dans l’Au-delà. L’homme devient ainsi seul maître de son destin.


Ce sera dans cette ambiance idéologique de la Renaissance que William Shaw, Intendant des bâtiments royaux de Jacques VI d’Ecosse, voulut faire connaître les mystères de l’univers à ses élèves architectes et maçons écossais. Il inséra «l’art de la mémoire» (pratiqué dans l’Antiquité gréco-romaine) dans les "Statuts" des loges opératives écossaises. Et c’est ce qui va différentier les loges de Shaw des « Anciens devoirs » des maçons du Moyen âge. La philosophie antique devait servir à former des architectes écossais capables de rivaliser avec ceux d’Angleterre.


Ce type de loge se répandit dans 30 villes d’Ecosse entre 1599 et 1625, après qu’en 1597, le Roi Jacques VI d’Ecosse missionna William Shaw sur le continent pour recueillir les règlements des « Old charges » des bâtisseurs du Moyen âge. Shaw rapporta le code « REGIUS » de 1390 et le « Manuscrit de COOK » datant de 1425, qui faisaient état de la tradition du métier, de ses règles et de sa déontologie.


Et Shaw, à la demande du roi, féru d’ésotérisme, introduit l’enseignement de la philosophie antique. Le « Mot de maçon » et les signes de reconnaissance du métier protégeaient la corporation. Et il a alors fallu imposer l’initiation des enseignants venus pour être admis en Loge. C’est l’origine d’appellation de maçon « spéculatif », différent du maçon opératif. Il est qualifié de «Accepted Free Mason », ou « maçon libéré du métier de maçon », c.à.d qu’il n’a pas à l’exercer. Comment est-ce arrivé ? En effet, pour pouvoir pénétrer en loge pour y enseigner, le professeur devait avoir été initié pour connaître le « mot de maçon ». C’est ce qui en fit un « maçon spéculatif » ou symbolique, affranchi de l’obligation d’exercer le métier, donc « free Mason », d’où « Franc maçon spéculatif».


C’est ce qui permettait aux professeurs d’entrer dans ces loges Shaw de 1599 à 1625 (décès de Jacques VI) pour y transmettre leurs enseignements philosophiques et ésotériques diffusés par l’Académie de Florence (dont l’Art de la mémoire), en vue susciter chez les apprenants le génie de l’architecture pour faire honneur au roi de l’Ecosse. Et, comme William Shaw avait créé une trentaine de Loges de formation à travers toute l’Ecosse entre 1599 et 1625, des centaines d’enseignants anglais, venus de Londres et d’Oxford, retinrent le « mot de maçon » et le rituel d’initiation datant de 1390, que Démagna répète dans vos lettres sans en avoir compris l’origine ni le sens historique.

Ce passage de l’opératif au spéculatif s’opéra durant la guerre civile anglaise (1625-1660), née du fanatisme religieux opposant Anglicans, Luthériens, Presbytériens et Papistes (=Catholiques). En effet, ces intellectuels anglais, rejetant le fanatisme religieux, usèrent de ces secrets, appris en loges écossaises, pour pouvoir communiquer et se retrouver entre eux en toute sécurité, à l’abri des regards des fanatiques. D’où l’origine dite « écossaise » attribuée à la Franc-maçonnerie spéculative.


§4. L’immense place de Francis Bacon dans la genèse philosophique de la Franc maçonnerie


Tous ces intellectuels anglais étaient adeptes de la pensée révolutionnaire de Francis Bacon, qui marqua le 17° siècle anglais ainsi que les philosophes des « Lumières » du 18° siècle. Dans « Novum organum » de 1620, il théorisa, le premier, la « logique expérimentale » comme moyen irréfutable de démontrer les vérités objectives de la Nature, mettant à mal l’épiscopat catholique conservateur. En outre, il révolutionna la conception de l’identité de l’homme en soutenant que l’on devient « Homme libre et responsable » en travaillant sur soi, pour ne pas être soumis au déterminisme de sa naissance. Pour cela, l’homme doit « purger son intellect » des 4 catégories de préjugés qui ont formaté sa façon de penser : son hérédité, sa culture d’origine, son ego et ses fréquentations. Chacun peut alors « renaitre en un homme nouveau », qui sera plus utile à la société. Ses idées vont influencer le vote de la loi « Habeas Corpus » en 1679, qui institue la liberté individuelle en supprimant les arrestations arbitraires.


Plus encore, en 1626, dans son dernier ouvrage « Nova Atlantis », il invente les concepts de « progrès », « gain de productivité » et « efficience », comme facteurs essentiels du développement d’une société, ce pourquoi il recommande la création d’ « Instituts de recherche » pour promouvoir les échanges entre les savants du monde entier, pour le bonheur de l’Humanité. Enfin, Francis Bacon prône la tolérance religieuse. Il en explique les bienfaits socioéconomiques réunissant les compétences de toutes les communautés religieuses d’une nation, pour son plus grand bonheur. C’est ce qui décide Cromwell, en 1656, de réintégrer les Juifs en Angleterre (dont ils avaient été expulsés en 1290), ruinée par 30 années de guerre civile depuis 1625 où Charles 1er accéda au trône en voulant restaurer le catholicisme. Et cette pensée de Francis Bacon aboutira à la création en 1662 de la « Royal Society », qui va regrouper les grands savants autour du roi Charles II, pour créer la « Bonne Gouvernance », ce qui permettra au Royaume Uni de ne plus subir de révolution.


Cher Père Jean-Philippe, j’ai insisté sur Francis Bacon parce qu’il est à la base de l’élaboration des valeurs maçonniques prônant la liberté de penser, l’égalité des hommes et la tolérance des différences, valeurs combattues par les monarchies absolues soutenues par l’Eglise jusqu’à la Loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Pourtant, Jésus était partisan de la Laïcité : « Rendez à César ce qui est à César, à Dieu ce qui est à Dieu » !



§5. Ma réponse à la critique de « doctrine cachée » de la Franc-maçonnerie


Cher Père Jean Philippe, Contrairement à ce que vous écrivez à la page 11 de votre livre, la Franc-maçonnerie n’entretient pas de doctrine cachée. En effet, au fur et à mesure que l’Initié avance en grade, il découvre de nouvelles connaissances, tout comme l’élève qui avance de la classe de sixième jusqu’en Terminale. D’ailleurs tout est exposé au public à travers les livres d’instruction maçonnique que l’on trouve en vente libre en librairie, jusqu’aux « Hauts grades » que je n’ai pas arpentés, préférant me consacrer au service des Togolais souffrant de la mauvaise gouvernance, plutôt qu’à réaliser mon bonheur personnel en accédant à la meilleure connaissance de soi. C’est comme St François d’Assise qui préféra se consacrer aux pauvres au lieu d’accéder aux fonctions de prélat de l’Eglise. Tel est mon choix.


Quant à la confidentialité des membres de la Franc-maçonnerie, c’est un héritage de la Tradition des métiers au Moyen-âge. Ce secret est appelé à disparaître quand les Francs-maçons ne seront plus diabolisés par les Prêtres qui les traitent de buveurs de sang humain et autres calomnies mensongères. Sachez que ces calomnies m’avaient dissuadé de me faire initier durant 22 ans, jusqu’à l’âge de 52 ans, où j’ai enfin compris que mes préjugés antimaçonniques provenaient du Collège St Joseph de Lomé où l’on m’avait inculqué qu’ils étaient sataniques, alors que j’avais toujours le 1er Prix de religion en classe.


Aussi, dès que j’ai découvert la vérité sur la Franc maçonnerie, j’ai décidé de la divulguer dans des émissions télévisées et radiophoniques pour effacer les préjugés antimaçonniques des « Démagna ».


D’ailleurs, ce secret d’appartenance ne serait plus d’actualité si la bulle du Pape Clément XII en 1738 n’avait pas excommunié les « Frimassons » (ce mot venant d’Angleterre), faisant craindre aux Francs maçons la menace d’exclusion des hautes fonctions et autres emplois publics ou privés.


§6. Les vraies raisons politiques de la condamnation de la Franc-maçonnerie en 1738

Le cardinal de Fleury, précepteur du jeune roi Louis XV, dirigea la France de 1726 à sa mort en 1743, à l’âge de 89 ans. Conscient du mauvais état de l’armée française, affaiblie par 50 ans de guerres sous Louis XIV, ce Premier ministre recherchait la paix, veillant surtout à ne guère inquiéter les Anglais. Or, le 21/03/1737, le chevalier de Ramsay (un Écossais partisan du retour au pouvoir à Londres de la dynastie Stuart qui en avait été chassée en 1688) lui présenta son fameux « Discours » sur l’histoire de la Franc-maçonnerie, qu’il avait accommodée pour flatter la Noblesse française. Le Cardinal en fut si choqué qu’il jugea les réunions de « frimassons » comme « très dangereuses dans un Etat » et en informa le pape.

De plus, comme Ramsay était proche du prétendant au trône de Londres, Jacques III Stuart, donc l’ennemi du roi George II au pouvoir, le Cardinal le soupçonna de vouloir rallier la noblesse française à la cause des Stuart, en leur disant que ses ancêtres, les chevaliers français, avaient défendu les lieux saints aux côtés des Templiers que Ramsay déclare être les ancêtres des frimassons (alors que la Franc maçonnerie est née vers le milieu du XVII°s). Or, ces Templiers ayant été excommuniés en 1307, le cardinal s’inquiéta de voir naître une nouvelle hérésie de type « latitudinaire », qualifiée de « tolérantisme » par Rome. Et il estimait que cette hérésie, portée par la Franc maçonnerie, serait soutenue par une puissante alliance de la noblesse avec les hommes des sciences et des arts, trop influents à la Cour de Louis XV.


Plus encore, le « Discours » de Ramsay critique le roi britannique George II pour son intolérance qui aurait exilé la Franc maçonnerie anglaise avec le roi Jacques II Stuart en France, où le « bon roi Louis XV » accueille les Francs maçons à sa Cour. Il y aurait donc un risque de se fâcher avec l’Angleterre.


Pire encore, ce Discours menace la stabilité du pouvoir royal de droit divin en France, en projetant que la fraternité maçonnique y créera une « république universelle » qui rayonnera sur le monde.


Aussi, face à tous ces grands dangers à multiples facettes, le Cardinal de Fleury, octogénaire, eut recours à son ami et supérieur, le pape Clément XII, pour fulminer une bulle d’excommunication des « frimassons », en vue d’obliger Louis XV à ne plus être tolérant envers les Francs maçons à sa Cour.



§7. L’inquiétude de l’Eglise vis-à-vis des « latitudinaires » et du « tolérantisme »


L’Eglise avait déjà accusé les "latitudinaires" d’être des déistes célébrant Dieu en négligeant le « Credo » du 1er Concile de Nicée en 325, où l’empereur Constantin avait réussi à instaurer le pouvoir spirituel de la jeune Eglise chrétienne, dont le premier acte d’autorité fut alors de condamner Arius pour schisme pour non respect du dogme de la Trinité. C’est le 1er pouvoir temporel qui offrit à l’Eglise de pourchasser l’hérésie et d’instaurer sa discipline sur l’empire romain, grâce à Constantin 1er.


Au 18°s l’INDEX (institué en 1542) condamna les Francs maçons pour leur esprit « latitudinaire » ou « tolérantiste » de tolérance fondée sur la « liberté absolue de penser », laissant chacun pratiquer sa Foi à diverses latitudes de croyance. Aux yeux du Saint Office, cette tolérance risque de saper les fondements de l’autorité du Pape sur les fidèles catholiques. Et ce fut le Cardinal de Fleury qui inspira à louis XIV la « Révocation de l’Édit de Nantes » en 1685, pour chasser les protestants de France !


Or, c’‘est l’« esprit tolérantiste » de la fin du 17°s anglais, germé par F. Bacon, qui s’est retrouvait dans l’Article 1er des « Constitutions » d’Anderson de 1723, définissant la Franc maçonnerie comme le centre d’union d’ « hommes de sociabilité, de cosmopolitisme et de culture universaliste », libres dans leur interprétation individuelle des Saintes Écritures dans un esprit de tolérance mutuelle, « l’accord sur l’essentiel autorisant des divergences sur l’accessoire ». C’est cet esprit de tolérance fondé sur la Fraternité universelle qui avait banni l’arbitraire du pouvoir royal en 1679 par l’« habeas corpus Act », puis instauré en 1688 le pouvoir législatif du Parlement, fondant la démocratie, par le « Bill of Rights ».


Et ce sont ces pratiques bouleversantes de la démocratie naissante en Angleterre qui inquiétaient, sur le continent, les pouvoirs monarchiques de droit divin ainsi que l’Eglise romaine qui les oint.

Ainsi, en 1735, le gouvernement des Provinces Unies décida d’interdire les assemblées de « frimassons » par crainte de complot de ces gens liés par un secret « impénétrable », qui soutenaient le Prince de Nassau, candidat au Statthalter. En 1736, la ville de Genève, acquise à Calvin, interdit l’ouverture d’une première loge maçonnique à cause du secret inviolable, considéré comme ennemi de l’ordre public en raison de ses idées révolutionnaires de liberté de conscience et d’égalité. Ces « frimassons » inquiétaient tous les pouvoirs absolus, notamment le cardinal de Fleury en France.

§8. Les 6 motifs invoqués par Clément XII pour excommunier les « frimassons »


La bulle « In eminenti » du 24/04/1738 débute par ceci : « Nous avons appris qu'il s'était formé une certaine société de Francs-Maçons, admettant indifféremment des personnes de toute religion, qui se sont établies certains statuts les liant entre eux et les obligeant sous les plus graves peines, en vertu d'un serment porté sur les Saintes Écritures, de garder le secret inviolable sur tout ce qui se passe dans leurs assemblées… Si leurs actions étaient irréprochables, ils ne se déroberaient pas avec tant de soin à la lumière... De là vient que, depuis longtemps, ces sociétés ont été sagement proscrites par la plupart des princes dans leurs États, qui les ont regardées comme ennemis de la sûreté publique ». Ainsi, Clément XII invoque d’abord l’accusation de complot politique, portée par les gouvernements contre les assemblées de frimassons, pour ensuite les condamner pour des raisons religieuses. Il invoque donc 6 « causes très graves »:

1- La supra-confessionnalité des assemblées maçonniques ;

2- Le caractère impénétrable du secret ;

3- Le serment sur la Bible qui en garantit l’inviolabilité ;

4- L’illégalité des sociétés maçonniques au regard des lois civiles ou ecclésiastiques ;

5- La proscription de ces sociétés par « les lois des princes séculiers »

6- Leur mauvaise réputation


La bulle s’adressait surtout au roi de France pour mettre fin à ses amitiés maçonniques qui entravaient l’action du cardinal de Fleury contre les réunions de « frimassons ». En effet, elle dit: « Nous, réfléchissant sur les grands maux qui résultent de ces sortes de sociétés… et de l'avis de plusieurs de nos vénérables frères Cardinaux, … Nous avons conclu et décrété de condamner et de défendre ces dites sociétés à perpétuité ».

Parmi les 6 motifs invoqués, 3 placent le Franc maçon catholique en état de péché grave le privant des sacrements, ce qui poussa fit renoncer nombre de Frimassons. Voici les 3 motifs fallacieux :

  • le « secret impénétrable » qui empêche de confesser tous ses péchés à son confesseur ;

  • le « serment inviolable sur la Bible », jugé inadmissible en raison de sa « barbare formule » qui inspire la terreur, ce qui enfreint le 2ème commandement du décalogue : « Tu n’invoqueras pas en vain le nom de l’Eternel en dehors de ce qui est vrai, prudent et juste » ;

  • la « mauvaise réputation », qui concerne les réceptions mondaines organisées par de hautes personnalités libertines, membres de l’Ordre maçonnique, comme le duc de Wharton à Londres, le duc d’Antin à Paris ou le futur Frédéric II de Prusse.

Outre ces 3 motifs, la bulle invoque le motif de la « supra-confessionnalité » des assemblées maçonniques, condamnée par le Saint-Office (INDEX) pour « tolérantisme », consistant à mélanger des membres des hommes de toutes croyances, notamment des « latitudinaires » qui négligent les dogmes.


Cependant, cette bulle est elle-même dogmatique et aveuglément fanatique en ignorant les Francs maçons catholiques qui ne commettent pas ces 3 péchés, et donc, ne sont pas assimilables aux autres !


Franchement, cher Père Diouf, dîtes-moi en quoi le Chapitre Premier des Constitutions de 1723, "Concernant Dieu et la Religion" empêche le Franc maçon catholique de croire aux dogmes de l’Eglise catholique ? En voici le texte : « Un Franc maçon est tenu d'obéir à la Loi morale, et, s'il comprend son Art, il ne sera jamais Athée stupide, ni Libertin irréligieux. Mais, quoique dans les Temps anciens les Maçons fussent tenus d’adopter la Religion du Roi, il est maintenant admis que chacun ait le choix de ses propres opinions, à condition d'être Homme de bien et loyal, quelle que soit sa religion, de façon à ce la Franc Maçonnerie devienne le Centre d'Union et le moyen de nouer une amitié sincère entre des personnes qui n'auraient pu s’ignorer en restant isolées ».


Quant aux 2 motifs politiques invoqués sur « lillégalité des sociétés maçonniques et leur proscription par les lois des princes séculiers », la bulle se réfère au cardinal de Fleury qui qualifie les assemblées de frimassons de « très dangereuses dans un Etat ». Ainsi, le pape invitait les rois à considérer « ces sortes de gens comme ennemis de la sûreté publique et toujours nuisibles à la tranquillité de l’Etat ».


Aussi, Louis XV tenta de le faire, mais le Parlement de Paris refusa d’enregistrer la bulle. Elle ne put donc être mise en application dans le royaume de France, au grand dame du cardinal de Fleury !



9§- Concernant le Rituel d’Initiation qui peut choquer à sa lecture au 1er degré


Il est de mon devoir de Maître Franc maçon de lever les confusions et les calomnies de mes détracteurs. Aussi, dois-je citer cette phrase de F. Ricault publiée en 1737 : « Pour le public, un franc-maçon sera toujours un vrai problème qu'il ne saurait résoudre à fond qu'en devenant maçon lui-même ».


La densité symboliste du rituel d'initiation au grade d'apprenti est un obstacle à sa compréhension immédiate, car la réceptivité du néophyte «vivant» cette Initiation, ne lui permet d'en retenir que quelques bribes. Il faudra un effort soutenu dans le temps pour lui permettre d'en assimiler les données.


Certes, le premier pas d’entrée en Franc maçonnerie est-il l'Initiation. Mais il faut la "vivre" et non pas faire comme certains responsables politiques, qui la reçoivent sans la vivre. Et un profane ne peut pas le comprendre, car l’Initiation n’est que le commencement d'une longue évolution intérieure. La cérémonie proprement dite doit servir à éveiller chez le candidat la volonté de prendre conscience des potentialités immenses qu'il porte en lui. Seul le travail sur soi va favoriser son évolution et son perfectionnement.


La cérémonie de l’Initiation maçonnique déploie des effets de choc sur le néophyte. C’est le point de départ d’un cheminement de son esprit (c’est là le secret personnel du Franc maçon !) pour accéder d’abord à la pensée symbolique qui va lui ouvrir la Connaissance sur l’esprit de Tolérance, en éradiquant progressivement en lui le dogmatisme de sa pensée unique.


Dans la foulée de cet altruisme, le néophyte apprendra à aimer l’Humanité et à œuvrer pour sa construction sociale pour le bien commun, comme l’ont fait les anciens francs-maçons à travers l’Histoire, en instaurant la bonne gouvernance et les valeurs démocratiques et républicaines. Cette association de la pensée et de l’action n’a rien de métaphysique, se limitant à bâtir la Cité.


Dans son essence, le rituel d'initiation au grade d'apprenti recèle l'alpha et l'oméga de 1'enseignement maçonnique. Mais pour l’assimiler, il faudra effectuer de nombreux « travaux » en loge, en entretiens, en lectures et surtout en recherches individuelles (personnellement, j’en ai effectué plus de dix mille heures en 20 ans). Et il faut aussi confronter ses études maçonniques avec les réalités sociales !


L'initiation maçonnique dure donc toute la vie de l’Initié, chacun vivant sa propre expérience, tant intellectuelle que sociale. C'est cette expérience de vécu maçonnique qui la rend «secrète» parce que « incommunicable », comme un « premier Amour » qui n’est pas exprimable. C’est une expérience intérieure et intime, au plus profond de 1'être. C’est le propre de tradition initiatique maçonnique.


Il faut aussi savoir qu’il y a des variations dans la manière de vivre son chemin initiatique, en fonction, notamment, de l'ambiance de fraternité solidaire et de la qualité des travaux dans les loges. De la sorte, le franc-maçon comprendra que si la perfection de l’Humanité est le but identique pour tous, les moyens d'y tendre varient en fonction de la personnalité de chacun. Toutefois, le devoir de chaque Frère est d’accorder àautrui la liberté qu'il exige pour lui-même, dans le respect mutuel de l’égalité. C’est ce qui exerce un rayonnement exceptionnel chez les initiés engagés.


C'est pourquoi, il ne peut y avoir, en Franc-maçonnerie, de magister imposant une doctrine et les règles à suivre. De même, l'application des principes maçonniques de Fraternité, de liberté, de tolérance et de respect de l’Autre (=celui qui est différend de soi), ne se limite pas seulement aux rapports entre frères à l'intérieur de la loge et pendant les travaux et les réunions.


Il ne faut surtout pas croire que la Franc-maçonnerie est une amicale, ou une organisation destinée à favoriser les affaires et les ambitions de ses membres. Le devoir d'entraide consiste à aider le Frère en difficulté, à la condition que son besoin ne soit pas illicite ni criminel. Et ces sentiments que le franc-maçon destine en premier lieu à ses frères, doivent aussi, par extension, s’adresser à des Profanes, en accordant une priorité à sa famille, à ses proches, à ses amis et à ses concitoyens. Franc-maçon en loge, il doit en prouver les qualités autour de lui dans la vie ! Car, à la différence de l’ordre monastique, le franc-maçon vit dans le monde où il est engagé à améliorer les conditions de vie de la population autour de lui. A cet effet, il doit travailler sur soi pour bien se connaître, pour pouvoir être plus utile à l’Humanité, par sa volonté, sans ordre d’en haut.


10. Que peut donc apporter la Franc-maçonnerie à 1'Homme du XXI° siècle ?

Le bénéfice que le franc-maçon retirera de son appartenance à l'Ordre maçonnique sera fonction de ce qu'il en attend, de ce qu'il est prêt à lui apporter, et surtout de la conception qu'il se fait de son initiation et de ses devoirs envers ses valeurs. Chez tous les frères sincères, la fréquentation de la loge leur donnera la force de confronter leurs opinions individuelles dans une atmosphère détendue et bienveillante, sans discrimination aucune. Cela facilitera la voie de chacun vers son perfectionnement personnel en ouvrant son cœur et sa raison aux leçons d’Humanisme, et en nous libérant de toute pensée dogmatique, nous évitant de sombrer dans le fanatisme destructeur.


Cependant, il ne faut pas que le profane idéalise la Franc-Maçonnerie en tant qu'institution, car elle ne vaut dans un pays que par ce que valent ses membres qui « agissent au dehors » dans la société. Sachez que tout Franc maçon a des faiblesses, et que la cérémonie d’Initiation n'a pas de pouvoir magique, chacun devant conquérir ses propres « Lumières » par le travail sur soi et l’amour de l’Humanité qui souffre de l’injustice, des inégalités et du manque de Liberté. Par contre, par son intense foi dans le perfectionnement de l’Homme vivant sur Terre, le Franc maçon peut avoir 1'énergie nécessaire pour tendre sans relâche vers ce but humaniste. Et, à cet égard, chaque frère est son propre maître, responsable devant sa conscience de ses opinions et de ses choix.


En revanche, à celui qui limite ses ambitions à l'immédiat et aux apparences, et à celui qui entend être servi plutôt que servir, la Franc maçonnerie n'apportera que déceptions et amertume !


C'est donc au profane, qui lit ces lignes, de savoir quel type de franc-maçon il veut devenir et quel message de la Franc-maçonnerie il portera au dehors… car, n’oublions pas qu’il disposera de sa liberté absolue de conscience en se faisant initier Franc maçon.

Sachez toutefois que de grands personnages historiques étaient Francs maçons à la suite de la naissance de la Franc maçonnerie au cours du XVII° siècle et de son instauration officielle en 1723 par Theophile Desaguliers (pasteur Anglican d’origine française, dont le pèruguenot s’était réfugiée avec son fils en Angleterre à cause des dragonnades de Louis XIV déclenchées par sa révocation de l’édit de Nantes en 1685) et le pasteur écossais presbytérien James Anderson. Je vous cite au hasard des souvenirs de ma mémoire : le général La Fayette, George Washington, Franklin Roosevelt, Joseph Bonaparte, Rouget de Lisle, Abd el Kader, Garibaldi, Cavour, le maréchal Joffre, Voltaire, Goethe, Kipling, Victor Hugo, Mozart, Franz Liszt, Jean Sibelius, Louis Armstrong, Duke Ellington, Gambetta, Jules Ferry, Aristide Briand, Paul Doumer, Félix Faure, Salvador Allende, Mario Soares, les frères Montgolfier, Charles Lindbergh, Henry Ford, André Citroën, Abraham Lincoln, Franklin Roosevelt, Winston Churchill….etc.


Que des personnages aussi éminents, provenant d'époques, de milieux et de cultures aussi différents, aient décidé, à un moment de leur vie, de rejoindre les rangs de la grande fraternité maçonnique, démontre que cette institution a toujours attiré (malgré les énormes calomnies racontées sur la Franc maçonnerie) des gens de valeur qui ont vu en elle le moyen de participer au devenir de 1'humanité.


D’ailleurs, dans « La Loge Mère » Rudyard Kipling écrivait en 1896 :

« Dehors on se disait « Sergent, Monsieur, Salut, Salam »

Dedans c'était « Mon Frère » et ça ne faisait de mal à personne.

Nous nous rencontrions sur le niveau, sous l'équerre

Moi, j'étais Second Expert dans ma Loge, là-bas! »

Et ici, je n’ai cité que des grands hommes disparus, car il ne m’est pas permis de citer les vivants, par crainte de leur nuire, en raison de l’anathème que l’Eglise catholique et les musulmans rigides jettent sur la Franc maçonnerie, sans autre raison qu’il s’agit de libres penseurs, abusivement assimilés à des athées sans foi en Dieu et donc non fréquentables à leurs yeux, alors que seul Dieu peut juger les hommes après leur mort. Et le pape François l’a confirmé tout récemment en disant : « Qui suis-je pour juger un gay ? ».


Donc, je dirai à nos détracteurs, tout simplement et avec miséricorde : « Miserere nobis ! ».



§11. De l`identité maçonnique

La franc maçonnerie a toujours condamné avec force et vigueur tout ce qui avilit ou asservit 1'être humain, sous toutes les formes : physique, matériel, intellectuel ou spirituel. Pour elle, il est du ressort de chaque membre, et à la suite de sa propre réflexion individuelle, d'adopter les conceptions métaphysiques qui correspondent à sa sensibilité intime.


Elle est l'héritière de tous les grands mouvements de pensée qui ont placé 1'homme ainsi que l'humanité dans son ensemble, au centre de leurs préoccupations du devenir de la société. Et de plus, dans sa spécificité positive, elle offre à ses membres d’user de sa méthode initiatique qui permet de dégager en nous une puissance créatrice de notre imaginaire nous offrant de faire meilleur usage de nos capacités de réflexion. Cela facilite l'émancipation de notre ego en évacuant beaucoup de nos préjugés et le dogmatisme de nos convictions héritées de l’environnement familial, de notre éducation scolaire et de nos fréquentations, comme le prescrivait Francis Bacon, « l’ancêtre » des Francs maçons…


Il ne faut donc pas croire que le bon franc-maçon vit détaché des contingences matérielles en se contentant d'examiner de 1'extérieur les évènements contemporains, de façon détachée. Bien au contraire! Etre franc-maçon c'est aussi et surtout un état d'esprit qui révèle une attitude positive et une ouverture d'esprit, qui soient propices à la recherche de solutions, de préférence consensuelle mais justes. Il s'efforce de participer, en fonction de ses choix personnels et de ses moyens, à la compréhension et à 1'évolution de son environnement où il évolue en veillant au mieux vivre ensemble dans le sens du bien commun.



§12. Qui peut se faire initier en Franc maçonnerie ?


On trouve des francs-maçons provenant de tous les horizons. La Franc maçonnerie libérale, notamment le Grand Orient de France, la Grande Loge de France, le Droit Humain, la Grande Loge Féminine de France, … acceptent des candidats de toutes origines, de toutes croyances religieuses, de toutes formations professionnelles y compris des religieux de toutes confessions, et de tout statut social.


Est-ce à dire que n'importe qui peut devenir franc-maçon? Non!


En effet, le candidat idéal doit présenter un certain nombre de qualités morales et intellectuelles sans lesquelles son admission au sein d'une loge se trouverait compromise. Il doit tout d’abord être un homme d'honneur qui respecte la parole donnée. Il doit se conduire en personne responsable et faire preuve de disponibilité envers ses futurs frères et Sœurs dans l’environnement de solidarité où il va vivre.


Il ne doit pas être assujetti à des contraintes matérielles ou intellectuelles restreignant sa liberté d'action ou de pensée. Il doit pouvoir aborder les problèmes avec une liberté absolue de conscience, ce qui implique qu'il tolère les opinions d'autrui quand il ne les partage pas. Aussi, doit-il être prêt à lutter pour qu'elle se libère progressivement des vices qui rendent sa vie imparfaite ainsi que des dogmatismes qui paralysent l’évolution de sa pensée égocentrique et pleine de faux préjugés.


Il doit aspirer à travailler sur soi, en se remettant en cause perpétuellement en dominant son orgueil, de façon à pouvoir opérer son perfectionnement intellectuel et moral en vue de contribuer utilement à l’amélioration de la nature humaine.


Aussi, l’initiation maçonnique ne convient elle pas à toutes les intelligences.


En effet, pour les Francs-maçons, l’Initiation Maçonnique ne se limite pas à l’ensemble d’épreuves et de phrases symboliques destinées à frapper l’imagination et l’esprit du néophyte. Elle englobe toute la vie du Maçon.


Le mot Initiation vient du latin « Initium » qui signifie « Commencement ». Et être initié, c’est entrer dans un monde nouveau, commencer une vie nouvelle. C’est pourquoi, au début, on guide l’Apprenti sur le chemin de la connaissance, mais la connaissance étant infinie, son travail ne s’achève jamais. Et c’est aussi pourquoi l’on ne cesse de lui répéter qu’il ne doit jamais aspirer au repos !


Le profane qui cherche à se faire initier doit remplir des conditions préalables, parce que toute pierre brute n’est pas appropriée à être tailler pour s’insérer dans la construction du temple de l’Humanité, comme le veut la Franc maçonnerie. Ainsi, y a-t-il deux conditions préalables à l’admission du profane en Franc-maçonnerie.


Tout d’abord, il doit posséder le niveau d’instruction indispensable pour comprendre les enseignements maçonniques qui ne sont pas assimilables aux enseignements de tous ordres que la société profane offre à l’homme désireux de s’instruire. En effet, les enseignements maçonniques sont libres de toute contrainte dogmatique, et ils peuvent se heurter aux facultés assimilatrices du candidat. Si celles-ci sont insuffisantes, le candidat sera inapte à recueillir cet enseignement et il finira par jeter l’éponge, à moins qu’il ne préfère y rester pour jouir de l’esprit de fraternité, de liberté et de tolérance qui prévaut dans l’entourage maçonnique. C’est pourquoi le recrutement devrait, rigoureusement, porter sur des profanes qui, au-delà de leur amour de la fraternité, avouent venir chercher dans la Maçonnerie le perfectionnement intellectuel, moral, psychique dans le souci de se rendre plus utile à l’Humanité.


La deuxième condition préalable est tout aussi importante. Elle concerne la situation matérielle du profane. Il s’agit de ses moyens matériels pour couvrir les coûts financiers de la pratique maçonnique, notamment ses frais de déplacement d’au moins une fois par semaine pour se rendre en loge et aux instructions, sa capitation annuelle, certaines agapes et manifestations maçonniques, ainsi que l’achat de livres maçonniques, sans oublier les frais d’admission à chaque grade maçonnique. Par exemple, dans mon obédience, il faut être capable de provisionner une enveloppe annuelle de 200.000 FCFA ou de 20.000 FCFA par mois, sans devoir priver sa famille sur ses dépenses courantes.


Car, il doit toujours se sentir à l’aise pour accomplir son travail de connaissance de soi pour pouvoir corriger ses défauts et dégrossir sa Pierre Brute en vue de l’insérer un jour dans l’édification du Temple de l’Humanité, le quartier où il vit puis la nation dont il doit contribuer à améliorer le vivre-ensemble. Pour cela, il doit être capable de s’appliquer sereinement à la réflexion et au discernement, sans subir la pression permanente de soucis financiers pour boucler son budget. Sinon, il ne pourra pas raisonner librement, avec sagesse, force et beauté, conformément aux exigences de l’éducation maçonnique. S’il est étranglé par ses soucis matériels, il ne pourra pas cultiver, dans la sérénité de son introspection, les vertus de tolérance et d’humilité indispensables à son cheminement initiatique.


Et si le candidat profane satisfait à ces conditions préalables, quelles qualités doit il avoir pour être admis en Franc maçonnerie ?


Pour répondre à cette question, il faut rappeler brièvement l’esprit des « Constitutions » d’Anderson de 1723, texte fondateur de la pensée maçonnique. Il y est dit que la franc-maçonnerie est une alliance universelle d’ « hommes éclairés », unis pour travailler en commun au perfectionnement intellectuel et moral de l’humanité. Cette association vise donc à développer l’individu, en lui offrant les outils de réflexion capables de lui donner les moyens d’atteindre les plus nobles idéaux de perfectionnement de la nature humaine et du vivre ensemble de l’Humanité. Le Franc maçon est appelé de la sorte à s’élever au niveau du Sage. Et grâce à ses efforts de recherche sur son chemin initiatique, en se remettant toujours en question, il s’interroge tout le temps pour ne pas tomber dans le dogmatisme. C’est là un facteur essentiel du Progrès dans la vie sur Terre, sans toucher aux problèmes métaphysiques qui relèvent exclusivement des croyances individuelles. C’est pourquoi l’on définit la Franc maçonnerie comme une grande école de pensée et d’action. Elle offre à ses membres les moyens de maîtriser leurs passions, et de pouvoir s’adapter aux épreuves de l’existence.


En somme, l’Initiation maçonnique convient aux esprits inquiets, à tous ceux qui s’interrogent sur leur devenir au sein de la société, à ceux que ne sont pas satisfaits de ce qu’ils ont déjà appris dans leur vie profane et qui sont à la recherche d’un plus, d’autre chose pour meubler le besoin de plus d’humanisme dans leur esprit.


C’est pourquoi la franc-maçonnerie est faite pour tous ceux qui veulent se perfectionner moralement, intellectuellement et philosophiquement, sans devoir remettre en cause leur spiritualité religieuse. Il s’agit de gens à l’esprit ouvert aux larges idées de perfectionnement, dans le sens du désintéressement et de la générosité. Ces gens-là sont désignés dans les « Constitutions d’Anderson » par l’expression anglaise de la fin du 17°s et du début 18°s, d’ « hommes libres et de bonnes mœurs ».


Par « homme libre », il faut entendre celui qui s’affranchit de tout esclavage moral et intellectuel, c.à.d des préjugés qui le retiennent captif de son dogmatisme, le privant de la liberté nécessaire pour réaliser sa recherche du vrai. C’est ce qui qualifie le Franc maçon de chercheur de vérité, sans esprit borné. Il doit avoir une intelligence largement ouverte à toutes idées susceptibles de perfectionner sa connaissance des choses de la vie et ses convictions.


A ce propos, la Franc maçonnerie étant une école de la vie, il faut être humble et courageux pour accepter de s’instruire à nouveau, autrement que ce que l’on a déjà acquis dans notre existence antérieure. En effet, la vertu suprême d’humilité nous permet de prendre conscience de notre ignorance et de procéder à notre perfectionnement moral et intellectuel. Il est très difficile de comprendre le vrai sens de la vertu d’humilité. Elle est habituellement rattachée à la condition des pauvres et des faibles, alors que c’est une grande force pour le vrai Franc maçon qui a compris son engagement. Cela requiert une grande force de caractère et la maîtrise de soi, nous donnant les moyens de maîtriser les passions qui nous agitent face aux opinions d’autrui et aux épreuves de la vie.


L’autre vertu fondamentale nécessaire au vécu maçonnique est la Tolérance. Il s’agit cette fois d’accepter les opinions de l’Autre, celui qui est différent de soi, et dont on doit se rapprocher en lui faisant montre que nous le comprenons. C’est ce qui permet la coexistence pacifique et encore plus, la Fraternité universelle.


Par contre, l’égoïsme et la cupidité sont les vices majeurs qui obstruent le chemin initiatique. En effet, se désintéresser du sort d’autrui, c’est la forme courante de l’égoïsme. Or, tous les nantis tirent leur force de la société où ils vivent et dont ils profitent aisément. L’égoïste ne vivant que pour lui-même, ne fait pas partie de la chaîne d’union des frères humains. Il ne peut donc pas devenir un « bon maillon » de la chaîne d’union maçonnique.


Le candidat doit donc pouvoir pratiquer la générosité d’âme et de cœur envers son Frère et sa Sœur et, par extension, envers son prochain dans le monde profane. Il doit prendre conscience du patrimoine culturel qu'il va hériter des générations de Francs maçons qui l'ont précédé en ayant le souci permanent du sort de 1'humanité.


C’est pourquoi 1'admission en Franc maçonnerie est conditionnée par les résultats de 3 enquêtes approfondies, servant à cerner la personnalité du requérant et les motivations qui sont à l'origine de sa démarche.


Puis, ces enquêtes sont suivies d'une audition sous bandeau qui permettent aux membres de la Loge où il s’est adressé, de s’assurer de ses bonnes mœurs et de ses capacités à s'intégrer au groupe.


Un vote très sélectif des membres présents à l’interrogatoire sanctionne leur appréciation à une majorité qualifiée.



§13. De l'idéal maçonnique


L'idéal maçonnique est un ensemble d’objectifs que 1'on se fixe tout en sachant pertinemment qu'on ne pourra jamais 1es atteindre tous.


Il s’agit d’abord de libérer l’Initié de ses préjugés dogmatiques pour pouvoir, à partir du discernement de l’esprit éclairé, contribuer au bonheur moral et matériel du milieu environnant et à la réalisation de la concorde universelle, notamment grâce à ce centre d'union de la Franc maçonnerie où des hommes et des femmes de grande qualité peuvent se rencontrer pour servir cet idéal.


Certes, les moyens mis en œuvre peuvent sembler bien modestes au vu des objectifs à atteindre. Mais le devenir de l'humanité est une question beaucoup trop essentielle pour être confié sans contrôle à des individus qui sont au service de leurs intérêts particuliers. Il est indispensable que des hommes de bonne volonté se rassemblent en dehors de leurs activités habituelles pour se pencher sur tous les problèmes ayant trait à l'amélioration du bien-être social. Et ce mot « Bien-être » doit se comprendre ici dans le sens pour le peuple de « se sentir bien ».


Il faut savoir que le précepte christique de « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » est un adage cher à la Franc maçonnerie, un adage qui implique qu'on doit d'abord trouver une certaine paix intérieure si l’on veut pouvoir aider autrui en l’aimant.


L'être humain présente cette particularité d'être capable du meilleur comme du pire, et l'actualité nous offre chaque jour des spectacles du pire. Pour limiter ce pire, la Franc- Maçonnerie propose de cultiver ce qu'il y a de meilleur dans 1'homme, de manière à le rendre meilleur en s’éloignant des vices. C'est ce qui explique la volonté de conciliation qui domine toujours les discussions en loge et qui rend les rapports entre frères exempts de ces confrontations égoïstes et néfastes si fréquentes dans les relations humaines.


Tous les hommes inquiets de 1'emprise croissante du matérialisme sur notre société, aspirent à la voie maçonnique d’améliorer notre façon de vivre ensemble, adressent souvent leur adhésion à une loge maçonnique.


Cependant, il faut savoir que la Franc-Maçonnerie, sans méconnaître cette forme d'entraide, vise plus haut et plus loin : elle vise à perfectionner l’homme afin d’en faire à terme un militant du mieux-vivre ensemble, plus attaché à comprendre que d'être compris, à aimer que d'être aimé.



§14. Du secret maçonnique


On a dit et redit, fallacieusement et dans l’ignorance des réalités, que la Franc -Maçonnerie est une société secrète, avec tout le relent péjoratif qui s'attache à cette qualification suspicieuse. Pourtant, la presse, la radio et la télévision lui consacrent de larges articles et de grandes émissions, de même que les ouvrages d’étude de la Franc maçonnerie sont en vente libre dans toutes les librairies !


Tout d’abord, cette discrétion résulte de l’opprobre que l’Eglise a jeté sur elle depuis 1738, à partir de l’excommunication prononcée contre les « frimassons » pour les faire exclure des cercles des rois et de la noblesse, de façon à étouffer son développement.


De ce fait, en entourant ses membres et ses travaux d’une grande discrétion, cela la fait distinguer des autres activités civiles ou religieuses.


Vu sous cet angle, son "secret" peut se situer sur deux plans :


1/Le premier, c'est le secret qui protège l'identité des membres de l'association vis-à-vis du monde extérieur et qui entoure les discussions en loge, ce qui permet à chacun de s'exprimer en toute liberté d'esprit, en dehors de toute contingence liée au monde profane telle que professionnelle, sociale, politique, confessionnelle, en sachant que les propos tenus ne franchiront pas l'enceinte du temple et ne risquent donc pas d'être utilisés à des fins perverses et préjudiciables pour leurs auteurs.


2/Le second, c'est que ce secret fait penser et dire à ceux qui veulent calomnier la Franc-maçonnerie, qu'on leur cache quelque chose de honteux ou de criminel ou des complots contre le pouvoir…


En réalité, cette expérience collective de la méthode maçonnique a une influence constructive sur les Initiés qui arrivent à travailler assidûment à l’abri des regards, au sein de la Loge fermée aux intrus.



§15. Des réunions maçonniques


Il s’agit de ces fameux "travaux" qu'on effectue en loge. Ils sont de deux ordres.


Il y a la partie rituelle, qui recouvre l’ouverture, la fermeture, le déroulement des « Tenues », et bien évidemment les cérémonies d’initiation des candidats.


L’ouverture et la fermeture constituent des mises en condition qui rappellent les objectifs poursuivis par la Franc-maçonnerie et les conditions de travail requises pour y parvenir.


Les initiations s'articulent essentiellement autour d'un psychodrame dont le postulant est l‘acteur principal, du programme d’enseignement moral adapté au grade, et de recommandations sur une ligne de conduite appropriée. C'est une porte que l’on ouvre sur l'esprit du néophyte et l’invitant à pénétrer à l'intérieur de soi pour en faire l'état des lieux et se remettre en cause.


L'autre volet des réunions maçonniques concerne les questions administratives inhérentes à la bonne marche de toute société, de même que les conférences présentées soit par des membres de 1a Loge, soit par des orateurs choisis à 1'extérieur, conférences qui donnent lieu aux débats d'idées sous la protection du sceau du secret pour n’inquiéter aucun intervenant sur sa liberté d’expression. Et là, dans ces conférences, les sujets traités doivent présenter un intérêt social à rapprocher de l’action maçonnique.


Il faut savoir qu’il y a une chaude convivialité qui règne au sein d'une loge maçonnique, et qu’elle se cultive aussi lors des agapes qui suivent les travaux de loge proprement dits. Il n'y a aucune autre association où les nouveaux adhérents sont intégrés et traités dès leur arrivée avec les mêmes marques d'amitié et de fraternité, comme des membres à part entière de la grande famille qui vient de les adopter.



§16. Du fonctionnement des Loges


Le local dans lequel les francs-maçons se réunissent pour effectuer leurs travaux porte le nom de Temple. Il est tenu à l'abri des regards indiscrets, ce qui veut dire que 1'entrée en est réservée aux seuls membres ou adhérents. Y est généralement adjoint ou associé une autre salle de réunion qui porte le nom de « Salle humide », où les Frères et Sœurs se retrouvent après les travaux de loge, et où ont lieu les agapes ou repas fraternels.


La Loge est dirigée par un Collège d'officiers choisis parmi ses membres et comporte obligatoirement un président appelé Vénérable Maître, un 1er et un 2ème Surveillants, un Orateur, un Secrétaire, un Grand Expert, un Maître des Cérémonies, un Trésorier, un Hospitalier et un Couvreur. Les élections aux différents offices se déroulent chaque année lors de l'Assemblée générale. La cadence des réunions varie en général entre une fois par semaine et deux fois par mois. Les membres reçoivent en temps utile une convocation où est obligatoirement mentionné l'ordre du jour.


Les obligations financières des membres sont limitées aux droits d'entrée et aux cotisations annuelles qui sont du même ordre de grandeur que dans toute autre association civile à but humanitaire, comme le Lion’s Club ou le Rotary Club. D'ailleurs, juridiquement, les loges sont des associations sans but lucratif, assujetties, en dehors de leurs règlements propres à chaque Obédience (il y en a une centaine à travers le monde, en conséquence du principe de liberté absolue de conscience) au Code Civil de chaque pays. Elles se regroupent au sein d'une organisation faîtière appelée Obédience qui porte le nom de « Grand Orient » ou de « Grande Loge ».


L'obédience fonctionne de la même façon qu'une loge avec un Collège formé de membres issus des loges affiliées. Ses pouvoirs sont plus ou moins étendus selon les prérogatives qui lui ont été attribuées. Elle tient chaque année une Assemblée générale appelée Convent pour élire le Grand Maître dont le mandat peut être renouvelé 2 fois, sauf en Afrique Centrale où les chefs d’Etat ont créé leur propre Obédience pour la diriger à vie, ce qui a pour conséquence les dérives que l’on connaît….


Il existe des obédiences purement masculines, d'autres purement féminines, et d'autres mixtes.


Les obédiences et les loges qui se rattachent à la Franc-maçonnerie dite « libérale » (le profane apprendra ce qu’il en est en devenant Franc maçon) entretiennent entre elles des liens d'amitié qui se caractérisent par des visites réciproques de leurs membres. Chaque loge demeure cependant libre de choisir à qui elle veut accorder un droit de visite ponctuel ou permanent, étant entendu que les cérémonies rituelles ne peuvent être fréquentées que par des personnes initiées.


§17.De l’universalisme de l’action maçonnique


Tout Franc maçon doit être un homme de pensée et d’action. Il se doit de s’interroger sur le rôle qu’il doit tenir dans le milieu où il vit. Le combat fait social partie intégrante de sa vocation, comme le montre toute l’histoire de la Franc maçonnerie depuis 3 siècles. Il revient donc au Franc maçon de s’engager comment agir pour faire triompher ses valeurs. Et, à travers son combat, comment contribuer à transformer la société dans le sens de la justice, de la liberté et de l’égalité, pour pouvoir, un jour, y établir la chaine d’union de la fraternité universelle.


Il s’agit bien d’un combat social. Et cet objectif est loin d’être acquis, car les peuples continuent à souffrir. Pour remplir cette mission sociale, il faut s’engager dans une réflexion collective pour mettre en évidence les enjeux sociaux et tracer l’action à entreprendre. Cette réflexion collective doit être élaborée en loge et entre les loges.


C’est ce qu’avaient fait les Francs maçons des 18°s et 19°s, pour instaurer la bonne gouvernance dans les démocraties européennes. Il faut savoir qu’avant la fin du 19°s, la France n’avait pas connu ni liberté de réunion, ni multipartisme politique, ni droit d’association des travailleurs, jusqu’à ce que les républicains Francs maçons y instituent le régime parlementaire républicain en 1875 avec la devise maçonnique : « Liberté ! Égalité ! Fraternité ! ». C’est ce qui a développé une société nouvelle en France, sous la III° République, encadrée par des républicains Francs maçons qui se sont détester et excommunier par l’Eglise romaine, partisane de la monarchie de droit divin, parce que ces Francs maçons-là ont voulu changer l’ordre des choses, hérité du Moyen âge.


Mais aujourd’hui, avec le phénomène obscur de la Mondialisation, soumise aux puissances occultes des grands groupes financiers transnationaux et non transparents, il y a comme une main invisible qui cause la déliquescence du pouvoir politique, devenu plus ou moins corrompu ou impuissant selon les pays. C’est ce qui explique que ce pouvoir politique n’est plus en mesure de résoudre les contradictions et les tensions qui traversent la société, se contentant de faire des promesses à venir… ce qui révèle son impuissance et son inefficacité.

Quant à nos sociétés africaines subsahariennes, elles sont de plus en plus dirigées comme un ensemble de tribus, sur la base d’affinités à caractère clanique ou communautariste, ce qui détruit sa nature républicaine et solidaire qui devrait la souder en une véritable Nation. Les Francs maçons devraient pouvoir agir pour redynamiser nos sociétés déliquescentes pour les rendre plus sociales et plus justes pour tous, sans ségrégation ni discrimination, afin de régénérer la confiance de tous les citoyens dans un futur prometteur, dans le progrès social qui mènera à leur émergence.


Ces questionnements interpellent le Franc maçon face à un monde qui ne reflète pas ce à quoi il croît. Il ne doit surtout pas s’abandonner au sentiment de résignation, parce que les anciens Francs maçons ont toujours cru au progrès qui leur a permis de bâtir leur pays. Par conséquent, dans un tel contexte, il faut éviter tout autant le pessimisme que l’angélisme.



§18. Quel projet maçonnique pour nos sociétés qui manquent de vision et d’espérance ?

Tout d’abord, le Franc maçon doit avoir confiance dans sa capacité à former ses successeurs qui poursuivront ses efforts. Cette transmission doit être à la fois un acte de foi et un acte responsable, dans l’espérance que l’avenir sera meilleur que le présent. Cela requiert un sens réel de l’engagement au service des principes maçonniques, en usant de pédagogie pour diffuser l’esprit républicain de justice pour tous, dans le respect de la liberté, de l’égalité et de la solidarité sociale.


Nous sommes gouvernés par la tyrannie « financiariste » de la mondialisation, où son « village planétaire » se révèle de plus en plus déshumanisé. Et la mal-gouvernance pousse nos pauvres populations désespérées à chercher refuge dans les sectes religieuses où le repli de chacun sur soi génère l’obscurantisme qui freine le progrès et le fanatisme qui détruit la société.


Cette situation interpelle le Franc maçon qui doit place le bonheur de l’homme au cœur sa réflexion, pour lui permettre de devenir l’acteur de son destin dans sa vie sur Terre. Pour cela, les valeurs maçonniques et le cheminement initiatique du Franc maçon lui permettent de tracer la voie de la liberté, une liberté débarrassée de la cupidité, des aliénations égotiques, des préjugés et de l’esprit d’exclusion de l’Autre (celui qui est différent de nous). C’est ce qui offre à l’Homme de pouvoir se réconcilier avec lui-même. Et c’est bien ce qui caractérise la Franc maçonnerie.


Mais ce travail, tant personnel que collectif au niveau des loges maçonniques, doit aussi tenir compte de sa dimension internationale, car la fraternité maçonnique doit être universelle, comme l’avait déclaré Ramsay dans son discours de 1736 : « Le monde entier n’est qu’une grande république ».


§19. L’influence de Léon XIII sur l’Antimaçonnisme du XX°s d’avant Vatican II

Je tiens à expliquer l’antimaçonnisme du clergé catholique et de certains de ses fidèles fanatiques par tout le mal que le Pape Léon XIII disait de la Franc maçonnerie en 1884. Léon XIII (1878-1903), le "pape des ouvriers", avait succède à Pie IX en 1878. Il interdit aussitôt aux catholiques italiens de participer à la vie politique, parce qu'il n'acceptait pas la perte du pouvoir temporel du pape sur la ville de Rome et sur les 10 États pontificaux qui appartenaient à l’Eglise jusqu’à ce qu’en 1870 les républicains italiens, dirigés par 2 éminents Francs maçons, Garibaldi et Cavour, les confisquent pour les rattacher à la nouvelle République italienne et laïque gouvernant l’ensemble de la péninsule italienne.


A part cela, il faut lui reconnaître que pour contrer l’exploitation éhontée des prolétaires au XIX°s (ce contre quoi des milliers de socialistes Francs maçons luttaient aussi à travers toute l’Europe occidentale), Léon XIII fonda la doctrine sociale de l’Eglise en 1891, à travers son encyclique "Rerum Novarum" (c.à.d "les choses nouvelles"), où il dénonce "la concentration entre les mains de gros capitalistes de l'industrie et du commerce, qui imposent un joug presque servile à l'infinie multitude des prolétaires".


Léon XII répondait ainsi aux soucis des « chrétiens sociaux » en dénonçant les excès du capitalisme sauvage, qui engendrent « la misère et la pauvreté pesant injustement sur la majeure partie de la classe ouvrière ». Il ouvre ainsi la voie au syndicalisme chrétien et au catholicisme social. C’est ce qui le qualifia de « Pape Libéral ».


Cependant, son libéralisme social fut contredit par son antimaçonnisme, hérité de ses prédécesseurs depuis la bulle « In eminenti » de Clément XII en 1738. En effet, en 1884, Léon XIII publia l’encyclique « Humanum genus » où il condamne la Franc maçonnerie dans les mêmes termes que tous ses prédécesseurs, en égrenant tous les arguments avancés par eux. Il y oppose le royaume de Satan, représenté par les Francs maçons, à celui de Dieu sur Terre représenté par la seule Eglise du Christ établie au Vatican. Il oppose, comme St Augustin, les 2 cités : « la cité terrestre, celle des Francs maçons, qui procède de l'amour de soi, porté jusqu'au mépris de Dieu; et la cité céleste, celle de l’Eglise catholique, qui procède de l'amour de Dieu porté jusqu'au mépris de soi ". Il précise que les fauteurs du mal se sont coalisés avec l'aide de la Société des francs-maçons qui, publiquement et à ciel ouvert, entreprennent de ruiner la sainte Eglise, en ourdissant contre elle des complots, comme l’avait déjà prononcé Clément XII dans sa bulle de 1738. Et, comme Clément XII en 1738, Léon XIII en était venu à craindre la sécurité des États, au sein desquels les Francs maçons seraient devenus trop puissants. Puis, il enchaîne toutes les accusations présentées déjà par Clément XII en 1738, et reprises par ses successeurs.


Sa nouveauté consiste à reprocher aux Francs maçons de vouloir établir la séparation de l’Eglise et de l’Etat (=Laïcité) dans les institutions de la République qu’ils ont instaurée, faisant craindre à Léon XIII que l’Eglise soit exclue de toute participation au gouvernement des affaires humaines, alors qu’elle est « ce guide si sage et si sûr ». Et il craignait que cette séparation de l’Eglise et de l’Etat allait priver l’Eglise de son emprise millénaire sur l’enseignement (depuis Charlemagne en 800!), et de continuer à recevoir de l’Etat ses moyens d’existence. Et il ne cessa de rappeler que les Francs maçons ont dépouillé le pape de sa souveraineté temporelle sur Rome et les 10 États pontificaux, ce qui a réduisait le Saint Siège à une situation matérielle précaire intolérable. Et il conclut en accusant les Francs maçons de vouloir « ruiner de fond en comble toutes les institutions religieuses établies par les Papes ».


Par ailleurs, Léon XIII condamne « l’indifférentisme » ou le « tolérantisme » pratiqués en Loge par les Francs maçons, considérant que ce geste attire les gens de toutes autres religions non catholiques à devenir plus puissants. De la sorte, L »on XIII s’oppose violemment à l’œcuménisme, en y voyant une intention délibérée d’amener les Francs maçons catholiques à « mettre sur un pied d'égalité toutes les religions, ce qui est inadmissible pour la religion catholique qui est la seule véritable, et, par conséquent, elle ne peut tolérer son égalité avec d’autres religions ».


Quant au mariage, il reproche aux Francs maçons, à travers leur principe de « liberté absolue de conscience » et de « Tolérance », d’admettre le divorce, ce qui change la nature du mariage que l’Eglise a uni. Cependant, Léon XII oublie que le mariage chrétien n’a pas toujours existé et qu’il était seigneurial jusqu’en 1074 où le pape révolutionnaire Grégoire VII l’institua officiellement tout en interdisant le mariage des prêtres qui convolaient jusqu’ici avec des femmes. Le mariage catholique fut institué définitivement par Innocent III au Concile du Latran du XII° siècle.


Cher Père Diouf, réfléchissons simplement au divorce. Ce sont les époux qui ont décidé de s’unir et non pas l’Eglise qui les a unis, l’Eglise ne faisant que bénir leur union volontaire que les époux ont contractée un jour par amour, sans augurer de l’avenir. Or, cet amour-là est humain, il n’est pas éternel par nature, comme toute réalisation humaine. Il peut donc être mué en désamour suivi de rupture d’union par voie consensuelle ou pour faute grave d’un époux envers l’autre. Et l’Eglise devrait constater cette désunion comme elle l’a fait pour l’union. L’Eglise n’est là que pour témoigner devant les hommes de la volonté d’union de ces 2 êtres, qui peuvent très bien vouloir rompre leur union si elle devient insupportable, sinon elle devient un enfer sur Terre avec des drames de toutes sortes, et le refus de constater leur divorce par l’Eglise l’en rend responsable des drames à venir… devant Dieu !


Léon XIII s’oppose aussi à l’école publique laïque du seul fait que la religion catholique soit absente de ses programmes d’enseignement, laissant penser que les républicains allaient proscrire l'enseignement de la morale et des saints devoirs qui unissent l'homme à Dieu. Heureusement que l’enseignement de la Morale et du civisme républicain a permis de former de bons citoyens, sauf que l’enseignement civique a fini par disparaître des programmes ces 40 dernières années… !


Quant au niveau politique, Léon XIII conteste les principes démocratiques suivants des Francs maçons : " Les hommes sont égaux en droit; tout pouvoir est dans le peuple libre; ceux qui exercent le commandement n'en sont les détenteurs que par le mandat ou par la concession du peuple, de telle sorte que si la volonté populaire change, il faut dépouiller de leur autorité les chefs d'Etat, car la source de tous les droits et de toutes les fonctions civiles réside dans la volonté populaire qui constitue le pouvoir d’Etat, l'Etat devenant laïque il n’a aucune raison de préférer une religion à l'autre, toutes étant mises sur un pied d'égalité ". Et Léon XIII de déclarer : « il y a déjà longtemps que les Francs maçons travaillent à réaliser cet Etat laïque, en poussant d’autres sectes à tirer de ces faux principes des conclusions détestables, comme le partage égal et la communauté des biens entre tous les citoyens, en abolissant tous privilèges de rang et de fortune ».


Et c’est ce raisonnement de base qui a mû Léon XIII à excommunier les Francs maçons à son tour !


En conclusion, Léon XIII déclare que « les principes maçonniques sont en complet désaccord avec la raison et qu'il n’y a rien de plus pervers du fait qu’ils veulent détruire la religion et l'Eglise, établies par Dieu lui-même ». Il y reconnaît « la haine implacable dont Satan est animé à l'égard de Jésus Christ et sa passion de vengeance », « dans le dessein de déshonorer le genre humain et de le précipiter ignominieusement à sa perte ».


Aussi, dans sa volonté de contrer les Francs maçons, Léon XIII avance-t-il l’argument suivant contre l’égalité des hommes : « comme ils diffèrent les uns des autres, par l'esprit, par le corps, par les mœurs, les goûts, les caractères, rien ne répugne tant à la raison que de prétendre les ramener tous à une égalité rigoureuse. De même que la parfaite constitution du corps humain résulte de l'union de toutes ses parties dissemblables, si elles étaient toutes égales entre elles, rien ne serait plus difforme ».


Et il conclut par ceci, contre le principe de Laïcité défendu par les Francs maçons :


« Supprimez la crainte de Dieu et le respect dû à ses lois ; discréditez l'autorité des princes; donnez libre cours aux révolutions; lâchez la bride aux passions populaires; alors, vous aboutirez à un bouleversement universel et à la ruine de toutes les institutions : tel est le but explicite des communistes et des socialistes que les francs-maçons soutiennent. Si ces principes ne produisent pas immédiatement et partout leurs conséquences extrêmes, c’est grâce à la vertu de notre divine religion qui ne peut être anéantie ainsi qu’à l'action des hommes qui refusent de subir le joug des sociétés secrètes et luttent avec courage contre leurs entreprises insensées ».


Puis, Léon XIII de renchérir avec ceci : « les Francs maçons ont commencé à jouir d'un grand crédit sur les gouvernements. D'ailleurs, ils se tiennent toujours prêts à ébranler les fondements des empires, à dénoncer et chasser les princes, toutes les fois que ceux-ci usent de leur pouvoir autrement que leurs mots de « liberté »et de « prospérité publique ». Quant à l'Eglise, elle fait découler de Dieu lui-même, le droit de commander, ce qui offre à l'autorité, la dignité et la facilité de se concilier l'obéissance, le respect et l’adhésion des citoyens ».


Et Léon XIII de demander « l’union des efforts pour faire disparaître l'impure contagion de ce poison (=la Franc maçonnerie) qui circule dans les veines de la société en l'infectant». Pour cela, il enjoint ceci :

« 1- arrachez à la franc-maçonnerie le masque dont elle se couvre et faites la voir telle qu'elle est ;

2- par vos Lettres pastorales, faites connaître les artifices employés par ces sectes pour attirer les hommes dans leurs rangs, en montrant la perversité de leur doctrine et l'infamie de leurs actes.

3- Rappelez qu'aucun catholique, s'il veut avoir son salut, ne peut s'affilier à la secte des francs-maçons ».


Et c’est bien ce contenu haineux et calomniateur de la grande encyclique « Humanum genus » de 1884, délivrée par le prestigieux pape Léon XIII, défenseur des prolétaires (et ayant longtemps sur l’Eglise romaine à cheval sur le 19ème et le 20ème siècles), qui marqua définitivement les esprits des fidèles catholiques, abreuvés des sermons antimaçonniques de leurs pasteurs et des évêques.


Les troubles politiques occasionnés avec l’Eglise à la suite de l’adoption de la loi de 1905 sir la Laïcité, ne sont plus d’actualité aujourd’hui, surtout pas en Afrique subsaharienne. La réalité de la Franc maçonnerie représente aujourd’hui, dans le monde, une institution que l'on ne peut comparer à aucune autre. Il n’y a plus lieu de lui tenir ces propos haineux et thuriféraires.

Heureusement que le pape Jean XXIII, assisté de son successeur Paul VI, et dans le cadre du Concile VATICAN II de 1962/65, mirent fin à toute cette polémique fondée sur des règlements politiques entre l’Eglise catholique de France et les républicains Francs maçons français. Il en sortit le Code de droit canon de 1983 qui ignora les Francs maçons et se limita à ne condamner « d’une juste peine » que les organisations qui luttent contre l’Eglise. Le fanatisme antimaçonnique était enfin levé !


Mais seul s’y est opposé un ancien conseiller de l’épiscopat conservateur allemand qui avait déjà été mis en minorité au Concile Vatican II (auprès duquel un jeune théologien, Joseph Ratzinger, avait servi de conseiller en théologie), ami de Jean Paul II, et nommé par ce dernier « Préfet de la Congrégation de la Foi », chargé de veiller sur la Foi catholique comme du temps de la Sainte Inquisition et de l’Index que Paul VI avait supprimé en 1966 ! Et voilà que ce Préfet est élu Pape Benoît XVI en 2005, ce qui lui donna le pouvoir d’envoyer ses nonces apostoliques à travers l’Afrique subsaharienne pour instruire le clergé africain de mener une campagne dévastatrice contre les Francs maçons, au lieu de lutter contre les dictatures qui ont saigné leur pays en appauvrissant leur peuple au-delà de tout ce qui est imaginable… Miserere nobis !


J’estime qu’il s’agit là d’un manque de lucidité historique grave, une obsession permanente du doctrinaire Ratzinger dont les successeurs du Pape François ne diront pas du bien, le Pape François se taisant par respect de Benoît XVI encore survivant…


L’on dira plus tard que Benoît XVI a beaucoup nui à l’image de l’Eglise par son antimaçonnisme, et ce, d’autant plus que l’entourage des prêtres et curés des paroisses est composé de beaucoup de bons catholiques Francs maçons qui soutiennent l’Eglise dans leur foi et par leurs dons, n’ayant rien à se reprocher moralement ni spirituellement en allant en Loge, à la différence de ce que vous, mon cher Père Diouf, tentez d’inculquer aveuglément à Démagna qui n’y comprend plus rien du tout… !


Il faut donc, aujourd’hui et chez nous en Afrique, faire la paix avec les Francs maçons, parce que la pensée maçonnique d’aujourd’hui n’est plus du tout opposée à l’Eglise qui avait soutenu fanatiquement aux 18° et 19° siècles la monarchie absolue de det son alliée l’Eglise romaine, tout oit divin contre la Franc maçonnerie d’alors, ce qui n’est plus d’actualité !


Aussi vaut-il mieux pour l’Eglise catholique en Afrique de prendre appui sur les Francs maçons vertueux pour lutter contre les injustices et les pillages des richesses nationales qui appauvrit les populations et les rend misérables, au lieu de chercher midi à 14 heures !...

Je vais vous rappeler ci-après ce qu’est la méthode maçonnique qui n’a rien de contraire à la foi catholique chez les Francs maçons de religion catholique.


§20. Qu’est-ce que la méthode maçonnique ?


Comme la Franc-maçonnerie réunit des personnes de pensée et d’action qui s’engagent au service du bien de l’humanité, cela exige d’abord de l’Initié les 2 vertus d’humilité et de courage pour tailler sa Pierre en corrigeant ses propres défauts, à l’ombre des 2 piliers, Liberté absolue de conscience et Tolérance. A partir de là, l’Initié gravit les marches de son chemin initiatique, en suivant l’idéal maçonnique de bâtir une société harmonieuse par la pratique de 3 autres grandes vertus maçonniques qui guideront son action :

  • la Foi dans le progrès infini de l’humanité, pour toujours améliorer le niveau de vie du peiuple;

  • l’Espérance dans la réalisation à venir d’une société de Liberté et d’Égalité de tous les citoyens;

  • l’Amour/Tolérance envers tout le genre humain, chacun devant se sentir citoyen égal aux autres, de façon à instaurer la Fraternité par l’éradication de la jalousie et de l’envie qui découlent des injustices et qui divisent les populations.

Cette démarche est indispensable pour rendre l’Initié exemplaire et pouvoir servir de référence sociale, en rayonnant tout autour de lui par l’incarnation de la devise maçonnique « Liberté-Égalité-Fraternité », que la République française adopta en 1875 (par le vote des ¾ des Députés qui étaient Francs maçons). Et cette devise contribua à instaurer la paix sociale après la guerre civile de 1870/1875.


A travers cette méthode initiatique, un nombre croissant de Francs maçons engagés, épris de justice sociale, finiront par offrir à l’élite sociale le moyen de se débarrasser des faux préjugés, de l’ignorance et de l’obscurantisme, ce qui fera bénéficier le pays d’une vraie croissance économique inclusive.


En somme, si la méthode maçonnique s’étend à l’élite sociale d’un pays. Elle l’aidera à déboucher sur l’Etat de droit et le mieux-être social du Peuple qui vivra dans la Liberté, l’Égalité et la Fraternité, les 3 conquêtes politiques des républicains Francs maçons.


Il devient donc évident aux yeux de mes lecteurs, que le Franc maçon engagé n’est pas manipulable. En conséquence de quoi, la Franc maçonnerie ne peut pas être une secte, comme l’affirmèrent, avant Vatican II, toutes les bulles papales depuis Clément XII en 1738 jusqu’à l’encyclique « Humanum genus » de Léon XIII en 1884.


D’ailleurs, comme preuve de la liberté absolue de conscience et d’action du Franc maçon, il suffit de constater la division étonnante des Maçons dans leurs choix politiques. Par exemple, sur les barricades de la Commune de Paris en 1870, il y avait des Francs maçons des deux côtés opposant les Royalistes aux Républicains en vue des élections après la chute de l’empereur Napoléon III.


Le Franc maçon catholique est un catholique comme tous les autres catholiques, avec l’avantage qu’il croît en toute liberté de conscience et non par mimétisme ! C’est là sa force et c’est cette force que doit s’allier l’Eglise romaine pour lutter contre les sectes et autres confessions concurrentes.


Cependant certains Initiés se conduisent contre les valeurs maçonniques en Afrique subsaharienne. Voyons plus bas, au §22, de qui il s’agit. Mais au préalable, il faut mettre en défaut le jugement erroné du Théologien Ratzinger sur l’état de péché de grave du Franc maçon, le privant du sacrement de l’eucharistie, ce qui équivaut à une variante allégée de l’excommunication, puisque sans l’eucharistie, le chrétien devient un fantôme, privé de sa communion charnelle avec le Christ.



§21. Revisitons aujourd’hui les querelles des 18° et 19°s entre l’Eglise et la Franc maçonnerie


Au siècle des « Lumières » (18°s), la pensée européenne était en quête de nouvelles vérités pour éclairer son action pour la libération de l’homme, soumis à l’étau de l’alliance du pouvoir temporel absolu du roi de droit divin et du pouvoir spirituel du Pape qui condamnait toute latitude à la liberté de conscience. Cet esprit « latitudinaire » anglais s’était développé à la fin 17°s et avait inspiré la 2nde version des « Constitutions » maçonniques de 1738, où il est fait référence, pour connaître les vérités cachées de l’humanité, à Pythagore, à la science des Egyptiens et des Juifs de Babylone, à la kabbale, ce qui déplut à la Congrégation du Saint Office (dit INDEX à cette époque) qui rejetait toutes ces références à des philosophies d’avant Jésus Christ.


Or, ce dogmatisme est devenu anachronique aujourd’hui grâce à l’esprit œcuménique de Vatican II et du pape François. Il a donc fallu, à nouveau, attendre le pape Jean XXIII et son Concile VATICAN II de 1962/65 pour adapter l'Église aux mouvements d'idées des « Lumières », comme l’avait fait, au 13°siècle, Thomas d’Aquin qui adapta la réflexion de l’Eglise à la logique et à la dialectique aristotéliciennes, au lieu du raisonnement par analogie qui prévalait depuis l’instauration du pouvoir temporel de l’Eglise par Charlemagne au IX° siècle.


C‘est cette adaptation à la pensée contemporaine qui aboutira au Code de Droit Canonique du 23/1/1983, ouvert sur le monde du milieu du XX°s, à dominante laïque, ce pourquoi il n’y est plus fait état de la condamnation de la Franc-maçonnerie qui était jusque-là assimilée à Satan. Seul, le Canon 1374 de ce Code stipule : « Quiconque s'inscrit à une association qui conspire contre l'Église sera puni d'une juste peine ». Cela signifie que le Franc maçon qui ne conspire pas contre l’Eglise n’est pas concerné, contrairement au précédent Code canonique de 1917 et à toutes les anciennes les bulles d’excommunication des Francs maçons, leur reprochant de comploter contre les rois et l’Eglise et de défendre le principe de laïcité dans la gouvernance de l’Etat. OUF ! Pour qui veut raisonner sans dogmatisme…


Malheureusement, à son élection en 1983, et sur les conseils du théologien conservateur Joseph Ratzinger qu’il avait connu au Concile Vatican II, le pape Jean Paul II créa la « Sainte Congrégation de la Foi », en remplacement de la « Congrégation du Saint-Office » ou « INDEX », que le pape Paul VI avait supprimée en 1966 pour raison de désuétude et d’inactualité, compte tenu de l’évolution du monde contemporain. Et il y nomma ce Joseph Ratzinger !


Et voici qu’aussitôt nommé, le Préfet Ratzinger s’empressa d’infirmer le canon 1374 du droit canon pour déclarer : « le jugement négatif de l’Eglise sur les associations maçonniques demeure inchangé, leurs principes étant considérés comme inconciliables avec la doctrine de l’Eglise ». Et comme ce jugement rappelant un triste passé déclencha les protestations d’un puissant mouvement de catholiques francs maçons, le Préfet de la foi dut adoucir son jugement en rectifiant avec ceci : « Les fidèles du Christ qui s’affilient aux associations maçonniques tombent dans un péché grave et ne peuvent donc accéder à la Sainte Communion ».


Cela laissa les Francs maçons catholiques indifférents jusqu’à ce que Ratzinger devienne pape Benoît XVI en 2005. Alors, ses écrits comme ses paroles se retrouvaient ipso facto revêtues du sceau de l’infaillibilité pontificale, dogme décrété par Pie IX au concile Vatican I, en 1870, enfermé dans « sa prison du Vatican » pour se protéger du pire de la part des conquérants républicains italiens.


Désormais, le Franc maçon catholique, après avoir été soulagé quelque temps de ne plus être excommunié grâce aux travaux du concile VATICAN II, se retrouve, depuis 2005 et par la volonté fanatique du doctrinaire théologien Joseph Ratzinger, en état de péché grave, privé du sacrement de l’eucharistie, tant qu’il ne renonce pas à son affiliation maçonnique.


Cela le discrimine du Franc maçon protestant, juif ou musulman qui est libre d’appartenir à la Franc maçonnerie du point de vue de son autorité religieuse.


Ce jugement du théologien Ratzinger repose sur sa thèse émise le 18/4/2005, à la veille d’être élu pape Benoît XVI, affirmant que la pensée maçonnique soutient « la dictature du relativisme qui ne reconnaît rien comme définitif, et qui donne comme mesure ultime de l’homme, son ego et ses désirs ».


Tout d’abord, certes ce jugement du théologien Ratzinger peut-il être vérifié au niveau de la pensée philosophique d’une partie des Francs maçons, mais non pas de tous, la plupart étant sacrifiés par ce dogmatisme aveugle qui ignore la diversité des pensées libres des Francs maçons, caractéristique fondamentale qui fait leur singularité parmi toutes les associations humaines.


Ensuite, ce relativisme dont Ratzinger accuse les Francs maçons ne concerne que l’appréhension des choses naturelles sur Terre et ne touche pas nécessairement aux croyances métaphysiques qui demeurent libres et personnelles pour chaque Franc maçon, par respect inaliénable de la liberté absolue de conscience laissant à chacun le libre choix de sa religion sous la seule contrainte de ne pas faire de prosélytisme.


En somme, Benoît XVI ne tolère pas la liberté de conscience : c’est un fondamentaliste mû par un antimaçonnisme dépassé datant de la fin du XIX°s, et marqué par le fascisme qu’il a connu et épousé dans son adolescence de jeunesse hitlérienne, dont il ne semble pas s’être réellement émancipé : il lui manque de lire Francis Bacon pour purger son intellect de certains préjugés handicapants pour l’épanouissement de la personne humaine. Il ignore qu’au XVIII°s en France, avant la Révolution de 1789, environ 2.000 prélats catholiques avaient été initiés à la Franc maçonnerie, à l’abri du gallicanisme et du Parlement de Paris qui protégeait l’Eglise de France contre les abus de pouvoir du Pape.


Joseph Ratzinger ignore surtout que la FM n’est qu’une philosophie de l’action de l’Homme vivant en société, où il doit apprendre par lui-même à user des outils de travail sur soi pour se perfectionner en vue d’atteindre un certain niveau de sagesse lui permettant d’agir en société en vue de concilier les contraires dans la tolérance et la justice. Il n’y est pas question de religion ni de politique politicienne, mais seulement de « bonne gouvernance » que la « Royal society » a inaugurée en 1662.


Au fond, ce qui gêne ce théologien doctrinaire, c’est la liberté absolue de conscience du Franc maçon (d’ailleurs, très peu d’Initiés y accèdent !), laquelle, à ses yeux, porte en elle le germe du doute systématique risquant d’éloigner le croyant de la pratique de sa foi catholique fondée sur la soumission totale au Saint-Siège de Rome. Ce risque de liberté de conscience lui est insupportable, n’acceptant pas d’accorder une quelconque « latitude » de penser aux catholiques par crainte de leur insoumission ou de leurs critiques.


Et c’est là encore que ce théologien se trompe, car la Franc maçonnerie respecte les croyances métaphysiques de chacun à la seule condition qu’il ne fasse pas de prosélytisme en cherchant à imposer sa foi aux autres. Pour le Franc maçon, la foi religieuse demeure une relation verticale entre l’Homme et son Créateur en vue de son bonheur dans l’au-delà, tandis que son engagement maçonnique est horizontal, traitant exclusivement de ses relations avec les autres hommes sur Terre en vue de servir la justice et le bien-être de l’humanité vivant ici-bas. Il n’y a pas d’incompatibilité entre la verticale et l’horizontale.


En conséquence, le comportement dogmatique du Pape Benoît XVI doit rappeler la condamnation du philosophe Descartes dont le « Discours de la méthode » fut mis à l’Index en 1637, alors même qu’il cherchait à prouver par la raison l’existence de Dieu, à partir du doute systématique que le Saint Office n’admettait guère dans la conscience du catholique. Et l’Eglise avait adopté ce jugement dogmatique en déclarant la méthode de Descartes comme contraire à la rigueur et à la pureté de la foi, qui ne doit pas du tout connaître le doute systématique qui risquerait de la faire errer dans la mécréance !


Et cette condamnation força Descartes à s’exiler en Hollande pour le restant de sa vie.


En somme, aujourd’hui, depuis qu’il fut nommé Préfet de la Congrégation de la Foi en 1983, au lendemain de la publication du nouveau Code de Droit Canon, Benoît XVI veut à son tour, faire subir aux catholiques Francs maçons le même sort que Descartes au XVII°s pour son « Discours de la méthode ». Il veut faire confesser aux Francs maçons catholiques ceci :

« Je pense, donc je suis hérétique ! ».


Et je lui ai dit NON ! Et je n’ai plus communié depuis lors… sans me sentir en faute ni péché grave, me contentant de m’adresser au Christ chaque nuit, avant de plonger dans le sommeil, sa croix étant plantée au dessus de ma tête dans ma chambre à coucher à Lomé.



§22. Des pratiques indignes d’une certaine maçonnerie d’Etat en Afrique francophone


Dans « Le Nouvel Observateur » du 4/11/2009, Ch. Boltanski parle du déplorable usage que l’ancien Président Bongo faisait de « sa » Franc maçonnerie qu’il créa au Gabon. Il dit que le nouveau Président Ali Bongo, en succédant à son père, a aussi succédé à la tête de la « Grande Loge du Gabon », après que son père avait occupé ce fauteuil à vie, comme s’il s’agissait d’une monarchie héréditaire ! Cela lui permet de régner à la fois sur le pouvoir d’Etat et sur les temples maçonniques, confirmant le système Bongo de concentration des 2 pouvoirs, temporel et spirituel. En effet, au Gabon, les loges sont omniprésentes, en politique et dans l’Administration publique, où elles sont un passage obligé pour accéder aux postes convoités de « ministre, cadre supérieur de l’Administration, grand patron ou même évêque ».

Cependant, cet esprit manipulateur et opportuniste est contraire aux vertus maçonniques ! Et si le Président Bongo a agi de la sorte, c’est qu’il n’a point taillé sa Pierre Brute, demeurée intacte et donc continuant à refléter la personnalité qu’il avait avant qu’il n’entre en Franc maçonnerie. En effet, en 1950, il n’était qu’employé des Postes. Il réussit à se faire initier en France en 1965 au GODF par les soins d’un vieux routier de la politique, Pierre Bussac, très bien introduit dans les cercles africains de l’ancien « Ministère d’Outremer » qui préparait un successeur au Président Léon M’Ba.


Aussi, veillant sur son avenir politique au Gabon, Bongo adhéra ensuite à l’obédience de la GLNF, parce que très marquée à Droite et très présente dans les réseaux de « la Françafrique » dirigée par Jacques Foccart, S.G de l’Elysée sous De Gaulle. Et c’est Foccart qui obtint du Président Léon M’Ba, malade, de le nommer directeur de cabinet, pour qu’à sa mort en 1967, il lui succède.


Il faut aussi savoir que l’opportuniste Bongo, après avoir été baptisé dans la foi catholique pour être initié à la GLNF, se convertit à l’Islam en devenant « Hadj » à la suite d’un pèlerinage à La Mecque en 1974, ce qui lui ouvrit les portes de l’OPEP.


Plus encore, il adhéra aux sociétés secrètes traditionnelles « Buiti » et « Ndjobi », très influentes au Gabon. En outre, pour comble de cynisme, il s’attacha l’élite du pays en créant « sa » Franc maçonnerie en créant la Grande Loge du Gabon, liée à la GLNF, et créa ensuite une 2ème obédience, le « Grand Rite Equatorial » (GRE), liée au GODF !


Par là, il se fidélisa toute la classe politique et l’appareil d’Etat, en sa double qualité de Grand Maître et de Président de la République à vie. Ainsi, la Maçonnerie gabonaise fut corrompue pour servir un dictateur machiavélique.



§23. La franc maçonnerie n’est pas du tout le mal que l’on veut faire croire


Si la Franc maçonnerie était si secrète, pourquoi peut-on acheter leurs livres librement en librairie ? Il est remarquable que ceux qui en disent du mal sont, le plus souvent, ceux qui la connaissent le moins.


Et si chez les "maçons", la solidarité et l'entraide fraternelle existent en s’appelant "Frères", c’est aussi de cette façon que les prêtres agissent entre eux. Et s’ils se réunissent entre eux régulièrement, c’est comme dans toutes les associations, Rotary Club, Lion’s Club, …etc.


Je vous ai exposé plus haut comment les Maçons ont été diabolisés par la puissante Eglise catholique depuis la bulle du Pape Clément XII en 1738 pour des raisons politiques, en arguant de leurs complots contre l’Etat, à une époque où ils contestaient le pouvoir absolu et arbitraire du roi de droit divin que l’Eglise soutenait depuis le sacre de Charlemagne, empereur d’Occident, en l’an 800.


Or, aujourd’hui, il n’y a plus de monarchie arbitraire, toutes les anciennes monarchies de droit divin s’étant muées en régime parlementaire ou républicain.


Donc, les raisons politiques des papes des siècles précédents n’existent plus !


Aussi, à présent que les Maçons ont réussi, au bout de 3 siècles de lutte politique, à faire instaurer la République, la démocratie et le respect des droits de l’homme à travers le monde entier, et que l’Eglise a fini par adopter toutes ces valeurs républicaines, pourquoi doit-elle encore soumettre les Frans maçons à la vindicte populaire, notamment dans les pays africains francophones à forte implantation catholique ? Il faut que le Pape François corrige ce dogmatisme comportemental !


Concernant la remarque du Doyen Fidèle Nubukpo disant qu’un ami Franc maçon lui aurait avoué qu’il n’osait pas démissionner de la Franc maçonnerie par crainte de représailles, je le défie de me le faire rencontrer pour vérifier son appartenance maçonnique.


En effet, c’est totalement FAUX, sachant bien que rentrer en FM ou en sortir est tout à fait libre, aussi transparent et aisé que d’en être radié pour faute morale grave ou pour défaut de paiement de sa cotisation annuelle.


Certes, existe-t-il des "déviances" de mauvaises mœurs chez certains Francs maçons comme dans toute organisation humaine, mais à la différence que le bilan historique de la Franc maçonnerie peut se glorifier de la "Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et du Citoyen » de 1789, de la devise républicaine "LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE" qui est celle de la FM avant d’être adoptée par la III° République Française en 1877, ou encore du concept de "Laïcité", conquis en 1905 après une longue lutte menée depuis 1789 puis 1848.


En outre, l’universalité de la Franc maçonnerie est-elle vérifiée par le fait que les loges accueillent des personnes de toutes origines, religions, opinions politiques, des 2 sexes et de tous âges, à condition qu’elles prônent leur attachement aux valeurs républicaines ou démocratiques, avec le souci suprême de contribuer à l’amélioration morale, intellectuelle et matérielle de l’Humanité dans son existence sur Terre, sans se mêler de métaphysique qui demeure du ressort de chacun.



§24. De l’antimaçonnisme primaire et fanatique

« Tout ce qui est secret est Satan », disait une dame qui se révoltait contre l'appartenance de son compagnon à la Franc maçonnerie. Elle en était très perturbée, car sa foi était soumise à l'influence de nos prêtres togolais influencés par Benoît XVI.


Ce qui est très digne chez les Francs maçons, c’est qu’ils entendent ces médisances en souriant avec miséricorde et mansuétude, car ces mauvaises langues ne savent même pas ce qu’ils disent, étant dans l’ignorance de la réalité maçonnique. Et ce, d’autant plus que les principes fondateurs de la Franc maçonnerie sont la Liberté absolue de conscience autorisant chacun à croire selon son choix, et la Tolérance ou le respect de l’Autre, celui qui pense différemment de nous.


Aussi, cette mansuétude du Franc maçon fait-elle qu’il comprend que le profane peut ne pas imaginer que des maçons peuvent être profondément croyants catholiques pendant que d'autres maçons sont protestants, musulmans, bouddhistes, agnostiques ou athées, tous défendant les mêmes idéaux de servir le bien-être de l’humanité en luttant contre les injustices, les dictatures, la corruption ...


Il faut savoir que ce débat entre le Saint Office et la Franc maçonnerie s’était arrêté avec Jean XXIII et Paul VI au Concile Vatican II (1962/1965). Il resurgit en 1983 avec la nomination du théologien Joseph Ratzinger à la tête de la Congrégation de la Foi, héritière de l’ancien INDEX qui supprimé par Paul VI en 1966. Et quand le cardinal Ratzinger fut élu Pape Benoît XVI en 2005, il déclencha une inquisition contre les Francs maçons en les déclarant indignes de recevoir l’eucharistie, et en mobilisant le clergé dans une campagne agressive contre eux, surtout au Togo et dans certains pays africains francophones à forte densité catholique, au lieu de rassembler à ses côtés les Francs maçons catholiques pour freiner l’avancée rapide des évangélistes et des djihadistes en Afrique : grave erreur ! Miserere nobis…

Pour comprendre cette grave méprise, il faut savoir que le dogmatisme, le fanatisme ou le suivisme aveugle explique la posture antimaçonnique de certains membres très conservateurs du Clergé catholique qui vivent en prison philosophique. Cela fait dire à mon ami médecin Franc maçon qu’il rencontre le même dogmatisme chez certains de ses confrères qui condamnent les phytothérapeutes, les traitant indistinctement de charlatans.

Or, l'histoire de la médecine révèle que les découvertes scientifiques de l'aspirine, du curare, de la pénicilline, et autres médicaments proviennent de la connaissance empirique des vertus des plantes. C’est ainsi que le « quin gao shu », utilisé en décoction en Chine depuis des siècles pour soigner la fièvre, a donné l'artémisine, qui traite aujourd’hui le paludisme.

Ainsi agit le dogmatisme, qu'il soit religieux, scientifique ou dans les relations humaines d’exclusion de la vraie recherche de la vérité.


Et il faut savoir que le silence des Francs maçons, face aux attaques antimaçonniques du clergé (en dehors de moi, qui n’ai pas acquis les vertus du silence et de la tempérance, enseignées dans les Hauts grades où je ne suis pas entré par manque de temps…), s’explique par la philosophie de la Tolérance et de la Liberté de conscience que la Franc maçonnerie enseigne à ses membres, et ceux-ci la pratiquent par le silence à l'endroit des ignorants qui les jugent mal.


D’ailleurs, le nouveau Pape François, très proche de l’Evangile de St Jean, à la différence de son prédécesseur, le dogmatique Benoît XVI, applique le verset suivant : « Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger les hommes, mais pour les sauver ! ». C’est ainsi qu’il a répondu à un journaliste lui demandant son avis sur les homosexuels : « Qui suis-je pour juger cet homosexuel s’il croît en Dieu ! ».


Aussi, oserai-je espérer que le Pape François rétablira le bon ordre dans le jugement de l’Eglise sur les Francs maçons. Mais ce qui le retient pour le moment, c’est la présence de l’ancien pape Benoît XVI, l’Antimaçon dogmatique, à l’argument duquel j’ai répondu ceci : « je pense, donc je suis hérétique ».


§25. L’universalisme de la Franc maçonnerie


Tout Franc maçon doit être un homme de pensée et d’action. Il se doit de s’interroger sur le rôle qu’il doit tenir dans le milieu où il vit. Le combat a toujours fait partie intégrante de sa vocation, comme le montre toute l’histoire de la Franc maçonnerie depuis 3 siècles. Il revient donc au Franc maçon de s’engager pour faire triompher ses valeurs, et, à travers son combat, de transformer la société dans le sens de la justice, la liberté et l’égalité, pour pouvoir, un jour, y établir la chaine d’union de la fraternité universelle.


Il s’agit bien d’un combat social. Et cet objectif est loin d’être acquis, car les peuples continuent à souffrir. Et pour l’atteindre, il faut s’engager dans une réflexion collective pour mettre en évidence les enjeux sociaux et tracer l’action à entreprendre. Cette réflexion collective doit être élaborée en loge et entre les loges.


C’est ce qu’avaient fait les Francs maçons des 18°s et 19°s, pour instaurer la bonne gouvernance dans les démocraties européennes. Il faut savoir qu’avant la fin du 19°s, la France n’avait pas connu ni liberté de réunion, ni multipartisme politique, ni droit d’association des travailleurs, jusqu’à ce que les républicains Francs maçons y instituent le régime parlementaire républicain en 1875 avec la devise maçonnique : « Liberté ! Egalité ! Fraternité ! ». C’est ce qui a développé une société nouvelle, encadrée par les républicains maçons.

Aujourd’hui, l’on assiste à la déliquescence du politique, qui n’est plus en mesure de résoudre les contradictions et les tensions qui traversent la société, se contentant de constater son impuissance. Notre société est de plus en plus dirigée comme un ensemble de tribus, sur la base d’affinités à caractère clanique ou communautariste, ce qui détruit sa nature républicaine et solidaire qui la soudait auparavant. Il faut donc redynamiser notre société en la rendant plus sociale et plus juste pour tous, sans ségrégation ni discrimination, afin de régénérer la confiance de ses citoyens dans un futur prometteur, dans le progrès social.


Ces questionnements interpellent le Franc maçon face à un monde qui ne reflète pas ce à quoi il croît. Il ne doit pas s’abandonner au sentiment de résignation, parce que les Francs maçons ont toujours cru au progrès. Par conséquent, dans un tel contexte, il faut éviter tout autant le pessimisme que l’angélisme.



Quel peut être le projet maçonnique dans une telle société qui manque de vision et d’espérance ?


Tout d’abord, le Franc maçon doit avoir confiance dans sa capacité à former ses successeurs qui poursuivront ses efforts. Cette transmission doit être à la fois un acte de foi et un acte responsable, dans l’espérance que l’avenir sera meilleur que le présent. Cela requiert un sens réel de l’engagement au service des principes maçonniques, en usant de pédagogie pour diffuser l’esprit républicain de justice pour tous, dans le respect de la liberté, de l’égalité et de la solidarité sociale.


Nous sommes gouvernés par la tyrannie « financiariste » de la mondialisation, où notre « village planétaire » se révèle de plus en plus déshumanisé. Cela pousse nos sociétés à chercher refuge dans des sectes religieuses où le repli de chacun sur soi génère l’obscurantisme et le fanatisme qui détruisent la société.


Cette situation interpelle le Franc maçon qui doit replacer le bonheur de l’homme au cœur sa réflexion, pour le délivrer de la sujétion et lui permettre de devenir l’acteur de son destin. Pour cela, les valeurs maçonniques et le cheminement initiatique du Franc maçon lui permettent de tracer le chemin de la liberté, une liberté débarrassée de la cupidité, des aliénations égotiques, des préjugés et de l’esprit d’exclusion de l’Autre, celui qui est différent de soi.


C’est ce qui offre à l’Homme de se réconcilier avec lui-même. Et c’est bien ce qui caractérise la Franc maçonnerie, ce par quoi elle accomplit sa raison d’être pour le bien de tous.


Mais ce travail, tant personnel que collectif au niveau des loges maçonniques, doit aussi tenir compte de sa dimension internationale, car la fraternité maçonnique doit être universelle, comme l’avait déclaré Ramsay dans son discours de 1736 : « Le monde entier n’est qu’une grande république ».


§26. La franc-maçonnerie lève le voile sur le secret de ses tenues à Mulhouse en Alsace (NB= ce texte est pris intégralement de « L’ALSACE » du 15 octobre 2015. Il est écrit de la plume de Olivier Brégeard, qui a enquêté sur place)


Pièce importante du patrimoine local fermée au grand public, le temple maçonnique de Mulhouse nous a exceptionnellement ouvert ses portes pour dévoiler son univers symbolique, ses rites et son mobilier historique. Bienvenue chez ces « frères » et « soeurs » qui « planchent » sous la direction d’un « vénérable maître » et sous l’oeil du « Delta lumineux »…

« Notre temple est dans le Top 10 des temples maçonniques de l’Hexagone », affirme Bernard Perring, le président du Cercle philosophique & culturel, l’association propriétaire du lieu où se réunissent les francs-maçons mulhousiens.


La discrétion reste de mise


De l’extérieur, seules trois colonnes inscrites dans la façade distinguent le bâtiment de ses voisins, dans cette rue du centre-ville peu fréquentée. Les symboles traditionnels des « loges » restent discrets, tout comme les « Frères » et les « Sœurs » qui fréquentent l’adresse. Alors que la maçonnerie a parfois pignon sur rue, comme à Colmar (l’édifice de l’avenue Clemenceau est inscrit aux monuments historiques), on préfère ici ne pas tenter le diable, au nom des heures sombres de l’Histoire et de la relative insécurité actuelle. « La haine des francs-maçons subsiste, il y a une incompréhension liée au secret », estime l’un d’eux. Si la persécution nazie a laissé des traces dans les mémoires, c’est à l’Empire de Guillaume 1er que les « Frères » mulhousiens doivent leur temple, financé par le Kaiser lui-même Franc maçon, comme celui de Colmar : en effet, tous les Hohenzollern étaient de fervents soutiens de la Franc maçonnerie, ce qui explique des loges créée par des fonctionnaires allemands sur cette terre de mission.


Inauguré en 1889, le bâtiment est donc dédié à la cause. Du sur-mesure. Au premier étage, une porte s’ouvre sur un volume que l’on ne soupçonne pas de la rue. On entre alors dans un univers peuplé de symboles, à l’atmosphère effectivement « religieuse » : le temple à proprement parler. Le plafond est étoilé, signe du caractère inachevé de la construction maçonnique, cette humanité toujours perfectible. Au-dessus de la porte d’entrée, une tribune, qui accueillait autrefois musiciens et choristes – aujourd’hui remplacés par des enregistrements – et une devise : « Soyons vrais, justes et bons », que chacun est invité à méditer en repartant.


Une construction symbolique


Les murs sont peints en bleu, dans un dégradé qui s’éclaircit dans la hauteur. Sur celui du fond, la lune et le soleil encadrent un « Delta lumineux » (un triangle entourant un oeil « rayonnant »), symbole de la conscience. Au sol, un damier noir et blanc, sur lequel on ne doit pas marcher. Le mobilier est exceptionnel: c’est celui de la première loge créée à Mulhouse – la Parfaite Harmonie, en 1809. Il témoigne du style «Retour d’Égypte », propre à cette période napoléonienne. Des sphinx – lions à têtes de femme, muscles saillants, poitrines conquérantes – servent d’accoudoirs au fauteuil du « vénérable maître » (celui qui préside la réunion). Emblème de la Parfaite Harmon i e , u n e l y c o r n e, l e « plateau » (le bureau dudit vénérable), devant lequel sont posées trois pierres – brute, cubique, conique – pour évoquer la progression du travail maçonnique. Durant les « tenues » (les réunions), équerre et compas sont posés sur un petit autel. Des banquettes sont disposées de chaque côté de la salle et, dans leurs dossiers, sont glissées des épées de parade, symbole d’égalité entre les « frères » avant la Révolution, quand le port de l’épée était, en société, réservé aux nobles ou aux militaires.


En haut des murs, tout autour de la salle, court une corde, jalonnée de douze noeuds non serrés : c’est la « houppe dentelée », avec ses « lacs d’amour », symboles de l’union et de la solidarité entre les membres. Sur les colonnes corinthiennes qui encadrent l’entrée sont fixées les lettres B et J, qui passent de gauche à droite selon le rite pratiqué (Rite écossais ancien et accepté, Rite français…). Dans un coin, un buste de Marianne rappelle que cette « religion »-là est avant tout républicaine.


Quelque 550 « usagers » réguliers


Un autre temple, d’ameublement plus récent et plus simple, occupe une partie du rez-de-chaussée.


550 francs-maçons, membres d’une douzaine de loges différentes, se réuniraient sur ces deux étages, soir après soir, pour travailler sur un thème, une « planche ». Après la mise en oeuvre du rituel et un point sur l’organisation de la loge, un des membres présente un exposé d’une vingtaine de minutes, suivi d’un échange d’environ autant. Avant un moment de restauration conviviale, les « agapes ». 550, c’est un chiffre inférieur à ce qu’il était il y a vingt ans, mais que l’on nous dit « stable » depuis quelque temps. Toutes les obédiences constateraient actuellement un certain « engouement ». Mai s comme dans d’autres genres d’associations, les générations peinent à se renouveler : les jeunes seraient moins disponibles, accaparés par leur vie professionnelle, « moins courageux à s’engager » dit-on ici. Peut-être aussi plus distants à l’égard d’une fraternité qui cultive des traditions d’un autre âge, même lorsqu’elle revendique son implication dans les affaires de notre temps.


Plus de 70 loges en Alsace


Selon une source interne qui a souhaité conserver l’anonymat, on dénombrerait 73 loges maçonniques en Alsace : 35 dans la Basse Alsace (entre Strasbourg et Wissembourg), 20 dans la Moyenne Alsace (Colmar, Sélestat, Guebwiller), 18 en Haute Alsace (Mulhouse, Saint-Louis). Ces loges sont regroupées par obédiences: en Alsace, 30 % sont membres du Grand Orient de France, 23 % de la Grande Loge de France, 18 % de la Grande Loge Féminine de France, 29 % à la Grande Loge mixte de France ou au Droit humain. La plus petite de ces loges compte une quinzaine de membres, la plus grande plus de 80. La moyenne tournant autour de 40-45 membres, il y aurait près de 3 000 francs-maçons dans la région. Le nombre de « soeurs » (les franc-maçonnes) est estimé à environ 25 % de ce total.


Questions de société et ésotérisme


Cet effectif augmenterait légèrement chaque année, de 2 à 3 %. Une fois une certaine taille dépassée, qui ne permet plus à chacun de s’exprimer régulièrement, une scission s’opère au sein d’une loge pour créer une nouvelle loge. On parle d’« essaimage ». Chaque obédience cultive des centres d’intérêt spécifiques: le Grand Orient les questions de société, la Grande Loge les questions philosophiques et symboliques, d’autres sont davantage versées dans la spiritualité et l’ésotérisme (alchimie, kabbale, héraldique…), comme la Grande Loge de Memphis Misraïm, « héritière des anciens secrets de l’Égypte des Grands Prêtres » (!), et la Grande Loge Traditionnelle Symbolique Opéra, travaillant « sous l’égide du Grand Architecte de l’Univers », dont des loges se réunissent à Guebwiller.


Les divergences liées à la Liberté absolue de conscience en FM


Ils ont beau prêcher la concorde, les francs-maçons se montrent d’une susceptibilité extrême, qui cache une rude concurrence entre eux, sinon des luttes d’influence. C’est lors du passage d’Alain Graesel, ancien Grand Maître de la Grande Loge de France, venu donner une conférenceà Rixheim le mois dernier, que nous avons pu visiter le temple maçonnique de Mulhouse. On trouve sur internet des déclarations tonitruantes d’Alain Graesel sur le Grand Orient de France (GOF) et la Grande Loge Nationale Française, qu’il accuse de « projet hégémonique ». « Personne ne peut parler au nom de tous les francs-maçons, personne ne peut nous dire comment nous devons travailler et, inversement, la Grande Loge de France considère qu’elle n’a pas de leçon à donner aux autres », nous a-t-il expliqué. Une polémique totalement absconse pour le néophyte.


Mais quand Bertrand Perring, président de l’association propriétaire du temple et membre du GOF, a appris qu’Alain Graesel nous avait servi de guide, il a vivement réagi, soulignant qu’il n’avait « aucun mandat ni autorité » pour le faire et ne pouvait nous avoir fourni que « des informations aussi parcellaires qu’inexactes ». D’où une « contrevisite » pour préciser les choses et ramener le calme sous la voûte étoilée du temple mulhousien. « Il y a une concurrence entre apparatchiks, mais la tolérance est de rigueur, tient à nuancer un anonyme. On se fréquente entre frères et sœurs d’obédiences différentes… »



Bibliographie :


« Lettres à un ami Franc-maçon : puis-je aller à la loge et à l’église » du Père Jean Philippe Diouf, en vente à Lomé, à la librairie « Bon Pasteur » à 3500 FCFA.

« REFLEXIONS D’UN MAÇON SUR SON CHEMIN INITIATIQUE AFRICAIN », Tome I et Tome II, 320 pages, Ed. DETRAD, Paris, 2006, N.M. Kalife- En vente à 9800 FCFA au « Petit Prince », 13, avenue du 24 janvier à Lomé.

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