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Solstice d'Hiver



Au sortir des nuits d’encre, les ténèbres pâles inondent la lande, fouettée par les vents cinglants du nord.

Le froid pénètre au cœur le compagnon imprudent, à la recherche d’un nouvel atelier auquel apporter son labeur.

C’est le décor cruel et glacé qu’offre le calendrier à la Saint Jean d’hiver.

Les outils mordent la main du maçon, mais il sait que l’œuvre requiert ses efforts en toute saison.

Dans la pénombre qui règne au solstice d’en bas, le Vénérable appelle avec fermeté les apprentis au travail. Ils sauront mettre à profit la moindre lumière, à la lueur des flambeaux, pour tailler des angles vifs à l’équerre.

Quand le jour tarde à se lever, l’esprit doit lutter plus fort encore pour bien travailler.

Chacun sur le chantier le sait, si aujourd’hui Janus fait grise mine, bientôt, lorsque l’astre

radieux reprendra le pouvoir dans les cieux, il révèlera un temple nouveau.

Les flammes aux étoiles vacillent dans l’atmosphère humide. Tout vit ici au ralenti. Bienheureux les ouvriers aux antipodes, qui bâtissent au confort, sous un astre d’azur généreux. C’est la dualité du blanc et du noir, qui alternent à l’infini, dans les lieux et dans les temps aussi.

Mais demain, le jour croîtra encore, dans le cycle perpétuel de l’horloge universelle, et la vie renaîtra, à la gloire de Dieu, et pour les Hommes.

La lumière reviendra peu à peu, et avec elle, des âmes nouvelles s’éveilleront. La nature doucement sortira de sa torpeur et et de son silence, et fleurs et épis rejailliront bientôt de toute part, comme une résurrection divine et merveilleuse.

Ayez confiance, que vous vénériez Janus, Saint Jean, l’Architecte ou aucun des trois, vous vénérez tous le travail, et méritez une juste récompense pour vos efforts ; ayez confiance en notre Vénérable Maître, et en votre Surveillant : à minuit, ils nous rendront grâce de notre travail, et porteront des santés en l’honneur de chacune des classes d’ouvriers lors du banquet d’ordre.

En effet, au fourneau fume un pot-au-feu que mijote la mère, pour raviver le corps des vaillants ouvriers, promesse d’une récompense supplémentaire à la fin des travaux. La table de fête sera décorée de gui et de houx, qui seuls auront résisté aux frimas. Et avant la soupe, trempé du pain rompu par le Maître des ouvriers et partagé en frères comme à la cène, la mère servira du vin chaud parfumé d’épices, qui vous réchauffe le cœur et l’âme comme un soleil.


Patrice

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