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La mort dans la légende d'Hiram : quel enseignement ?

April 26, 2019

 

La légende d'Hiram, légende fondatrice du deuxième temps de la franc-maçonnerie (dans un premier temps, la pratique rituelle est très dépouillée et tout se résume en deux degrés), nous donne à vivre, lors de l'élévation au 3ème degré, la mort de Maître Hiram, tué par trois mauvais compagnons qui exigeaient la divulgation du mot sacré.

 

La légende se poursuit en imaginant que les autres compagnons, partis à la recherche du corps d’Hiram, le découvre grâce à un rameau d’acacia planté sur le tumulus qui recouvre son corps.

 

Elle indique aussi que les compagnons maçons qui ont découvert son cadavre ont fait le serment de poursuivre son œuvre ; c’est ce serment qui les fait devenir maîtres maçons.

 

S’y ajoute l’effet « magique » d’une transmission liée à la manipulation du cadavre par les cinq points de la maîtrise.

 

L’origine historique de la légende n’est pas très exactement connue. Bien qu’il y ait plusieurs Hiram dans la Bible, on n’y retrouve pas la trame de la légende.

 

L’interprétation qui semble faire l’objet d’un consensus, donne au personnage d’Hiram dans la légende, la fonction d’une métanymie de Jésus : la légende d’Hiram ne serait au final que la transposition de la légende christique ; on retrouverait dans la version habituelle de la légende d’Hiram les premiers épisodes du martyr de Jésus-Christ sauf la résurrection ; celle-ci suscite de nombreuses variantes que l’on pourrait résumer par deux scénarios :

 

  • Hiram est mort, mais il ressuscite dans le nouveau maître qui serait donc un substitut de Jésus-Christ ;

  • Hiram est mort, il attend de ressusciter dans un nouveau maître mais jusqu’à ce jour tous ceux qui ont prétendus jouer ce rôle se sont révélés sans dimension divine. Hiram est donc toujours en attente d’être ressuscité. (cette 2ème interprétation peut expliquer la parenté avec la religion hébraïque)

Une autre interprétation n’assimile pas Hiram à Jésus-Christ mais à un de ses apôtres ; Hiram meurt mais il revit dans un nouveau maître qui va poursuivre son initiation jusqu’à pouvoir rejoindre Jésus au Royaume des cieux. (Cette interprétation pourrait justifier le développement symbolique des rites comprenant de multiples degrés et en particulier  le REAA)

 

Certaines exégèses rapprochent la légende d’Hiram de celles de Maître Jacques et de Maître Soubise, figures tutélaires des compagnons ayant aussi des racines christiques.

 

Si la légende biblique donne comme modèle Jésus-Christ à travers un récit de miracles et d’épopées exemplaires, Hiram est vertueux par son investissement dans la construction du Temple de Salomon, destiné à être « la Maison de Dieu » !

 

On ne lui attribue aucune humanité ni valeur « sociale », si ce n’est son autorité dans la conduite du chantier.

 

Si en Franc-Maçonnerie, on parle de la mort légendaire d’Hiram, on n’évoque pas vraiment la mort commune de tout un chacun ; il s'agit avant tout de la mort au monde profane suivie de la re-naissance dans un monde initiatique ; le contenu légendaire est un support au contenu biblique qui de degré en degré, et de façon différente selon les rites, "conduit" au passage « au-delà du miroir » !

 

Si Hiram est le substitut de Jésus-Christ, on peut imaginer l’importance de cette élévation à la maîtrise qui prétendait donner à des compagnons la possibilité de vivre dans une autre dimension.

 

Heureusement, tout cela n’est que légende et chacun est autorisé à donner une interprétation personnelle. 

  • Les croyants pourront faire un lien avec leurs religions ;

  • Les agnostiques, plus ou moins mystiques, théosophes ou animistes, sauront faire des développements imprégnés de philosophie,

  • Les incroyants qui se sont aventurés dans cet imaginaire saurons se nourrir « d’humanitude » !

D’un point de vue psychologique, comme la substitution de Jésus-Christ par Hiram n’est qu’une hypothèse, au plan d’une première approche, les francs-maçons ne peuvent se référer qu’au deuil d’Hiram :  plusieurs réflexions peuvent interroger :

  • La mort de Maître Hiram est en soi une souffrance liée à la perte d’une conscience ;

  • Mais mourir du fait d’un assassinat induit un traumatisme augmenté et qui plus est un assassinat perpétré par des proches ; peut-on encore avoir confiance en nos propres frères ?

  • En plus, cette mort s’accompagne de la perte d’un savoir et aussi d’un secret ce qui constitue la troisième dimension du deuil : la parole perdue est-elle récupérable ? et si oui comment ?

  • On peut aussi s’interroger sur cette mort acceptée sans rébellion, sans tentative de lutter contre l’agression, comme si cette mort était attendue et peut-être souhaitée ?

  • Est-ce un parricide ou un fratricide ?  Hiram et censé être notre frère mais les mauvais compagnons sont dans un rapport de sujétion avec le maître : ce meurtre est un peu un mélange des deux ! 

Comment reconstruire, continuer après un meurtre qui a anéanti un projet ? C’est le problème de la capacité de résilience ! 

 

Comme dans tout deuil, le préalable c’est l’acceptation ! Accepter l’insécurité et la possibilité de destruction de ce qui nous est cher !  Accepter pour reprendre le travail et espérer pouvoir le finir !

 

Si la légende d’Hiram nous invite à réfléchir sur le deuil d’un être cher, elle nous renvoie aussi à notre propre mort : est-ce si important de voir disparaître un individu ?  bien sûr il y a une perte affective pour les proches mais la vie continue ! 

 

La légende d’Hiram au-delà de son symbolisme métaphysique nous oriente vers la longue chaîne de la transmission où  le relais se passe de génération en génération !

 

La mort c’est une banalité vite mise de côté ! On a inventé les commémorations pour ne pas oublier mais l’important n’est-ce pas ce qui a été fait, cet engagement qui distingue les êtres et qui permet de comprendre que l’espèce humaine est capable d’engendrer des héros !

 

Hiram, en quelque sorte, fait partie de ces héros légendaires que nos conteurs ont inventé pour pouvoir rassembler, motiver, orienter les énergies et donner un sens à une vie !

 

Cela explique que la batterie de deuil, fait toujours suivre les "Gémissons" par la formule "Espérons" !

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