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Apprenti-e, compagnon-ne, maître-sse : Trois étapes pour atteindre la sagesse !

October 25, 2019

 

 

Au XVIIème siècle, lorsque furent choisi les termes d’apprenti, compagnon, maître, il s’agissait d’une logique d’apprentissage et de connaissance d’un métier ; avec l’apparition de la franc-maçonnerie spéculative, ces mots se sont enrichis d’une dimension morale et on pourrait ajouter citoyenne ; ensuite la déviance des rites à plus de trois degrés a introduit une dimension ésotérique voire mystique.

 

Aujourd’hui, avec l’évolution des connaissances, ces définitions soulèvent plusieurs questions :

 

- Le mysticisme ou l’occultisme des rituels maçonniques n’intéresse plus qu’une minorité de francs-maçons ; les dérives sectaires ont complètement discrédité les gourous du XIXème siècle qui avaient voulu faire de la franc-maçonnerie une voie ésotérique ; si aujourd’hui des rites à plus de trois degrés continuent d'exister, qui peut honnêtement leur reconnaître une crédibilité ?

 

- la morale sociale et la citoyenneté apparaissent comme des vœux pieux bien décalés par rapport à la réalité de la vie quotidienne ; chacun sait que les loges n’ont aucun moyen de sélectionner les candidat-e-s sur des critères éthiques et les loges maçonniques ont de grandes difficultés à faire prévaloir les valeurs morales et citoyennes. Certaines se font plaisir en cultivant un engagement formel qui permet de ne pas aborder l’essentiel.

 

Malgré tout, la démarche maçonnique, qui consiste à accueillir des êtres humains désireux de se perfectionner et de les associer à d’autres personnes pour réunir « les hautes valeurs morales », est belle et noble ; elle est toujours d’actualité pour offrir une alternative authentique et fraternelle à une désintégration sociétale de nations déchirées par des multiples conflits.

La question se pose alors de pouvoir redéfinir les termes rituels pour leur donner un sens qui soit crédible. Ne pourrait-on pas s’inspirer de la réalité du vécu des êtres humains ?

 

Trois grands rendez-vous, qui ne forment pas obligatoirement une suite chronologique, dominent notre existence :
  • L’apprentissage qui correspond à l’acquisition des connaissances pratiques, opératives ou intellectuelles ; Même si le temps de l’apprentissage est spécifique au début de la vie et que la fonction cognitive a tendance à s’émousser avec l’âge, il existe toujours une possibilité d’apprentissage !

  • L’engagement, processus en relation avec les autres qu’il soit professionnel, amoureux, religieux, associatif, social ; il suppose un certain degré d’autonomie et de maturité mais on peut voir des enfants capables de s’engager et aussi des adultes incapables de le faire.

  • Et enfin l’acceptation, processus particulier qui permet d’acquérir une certaine distance face aux difficultés de l’existence. Elle n’est pas toujours présente à l’âge où on l’attend.

Trois grands rendez-vous et deux temps forts :

  • Une capacité de travail extraordinaire pendant les quelques années qui suivent l’adolescence,

  • Et un espace temps réduit pendant les dernières années de l’existence où l’individu finalise l’essentiel de sa réflexion personnelle.

En dehors de ces temps forts l’essentiel de l’activité humaine est liée soit à des obligations à assumer, soit à des activités plus ou moins ludiques et hédoniques.

 

Tout au long de notre vie, des questions existentielles nous interpellent :

  • Qui suis-je ?

  • Quel est le sens de ma vie ?

  • Mes engagements sont-ils induits ou volontaires ?

  • Suis-je objet ou sujet ?

  • Quelle est ma place dans la société ?

  • De quoi ai-je peur ? Ai-je besoin d’être protégée ?

  • La souffrance est-elle une fatalité ou une façon d’apprécier le bonheur ?

  • Que vais-je devenir ?

Les rituels actuels ont pu être vécus comme des réponses à ces questions en nous projetant dans une virtualité légendaire, fruit de l’imagination de rédacteurs du XVIIIème siècle ; pour de multiples raisons, ils sont devenus des trames obligatoires plus ou moins dogmatiques difficiles à réformer.

 

La seule liberté qui nous reste est de dépasser leur formalisme institutionnel pour se réapproprier ces trois degrés en leur donnant une autre dimension.

  • Au 1er degré, l’apprenti-e se projette dans des rêves ; il y a tout d’abord le rêve de l’initiation qui ouvre une porte majestueuse vers des imaginaires. Il y a aussi le rêve de la fraternité où tout le monde « il est beau » .

  • Au 2ème degré, le-la compagnon-ne commence à voyager et à découvrir d’autres réalités ; à ce stade il fait l’expérience de la révolte et de l’engagement ; c’est une critique du monde profane, de ses injustices et de ses perversités.

  • Au 3ème degré, le-la maître-sse commence à comprendre qu’un état de sagesse peut exister même si de nombreuses difficultés surgissent sur son chemin ; il s’agit de la propre vie de chacun-e, de cette nécessité à se regarder dans le miroir et à comprendre que c’est d’abord en nous que tout se joue. L’évolution vers la sagesse suppose d’accéder au stade d’acceptation, que l’on pourrait aussi appeler le stade de « pleine conscience ». Ce travail est indispensable si on ne veut pas laisser la mort survenir alors que nous ne sommes pas arrivés au bout du chemin.

Il est clair que ce stade d’acceptation n’est possible que si notre « pleine conscience » nous a permis d’éliminer toutes les turpitudes et autres perversions du fonctionnement humain (et en particulier l’égoïsme, la possession, l’ambition).

 

L’acceptation est mise en exergue dans le bouddhisme comme une des conditions pour atteindre un niveau de conscience surnaturelle. Le bouddha a dit que le moyen de ne plus souffrir est de lâcher prise, de cesser de nous accrocher, de nous attacher. L'attachement étant un fort conditionnement.

 

En psychologie, on sait que l’acceptation est la condition d’une fin de vie apaisée.

 

Marie Claude Haumont, Praticienne en relation d'aide, auteure de « Le chemin de l’acceptation » précise :

 

«  La clé de toute guérison passe par l’acceptation que ce soit d’un point de vue physique, psychique ou spirituel.

- Accepter c’est d’abord reconnaître ses difficultés;

- Accepter, c’est ensuite ne pas les renier et ne pas aller contre;

- Accepter c’est reconnaître sa responsabilité;

- Accepter c’est prendre conscience que ce qui nous arrive fait partie de notre histoire et est, de ce fait, nécessaire à notre histoire;

- Accepter c’est aussi déresponsabiliser les autres pour les torts qu’ils nous causent. Il ne s’agit pas de les excuser, il s’agit de les considérer seulement comme acteur de notre propre scénario.

L’acceptation doit être profondément ancrée au fond de soi et envahir tout l’espace. De ce fait, il n’y a plus de place pour les frustrations, les colères, les remords, les regrets et tout ce qui apporte la douleur. »

 

Cette réappropriation des trois degrés pour faire de l’initiation une voie vers une sagesse personnelle ayant accédée au stade de l’acceptation implique aussi que la loge reconsidère sa méthodologie de travail :

  • Le degré le plus important qui doit justifier l’essentiel des tenues est bien sûr le 3ème degré

  • Les 1er et 2ème degré sont les degrés des nouveaux entrants et pourraient très bien se contenter d’une tenue par mois.

  • Les débats en loge n’ont pas lieu d’être : ce sont des exercices formels propices aux élans vocaux dont on connaît la vacuité ; les planches doivent se contenter de susciter le débat intérieur.

  • La loge n’a de raison d’être que si elle constitue une maïeutique permettant à ses membres de trouver la voie vers cet état de sagesse que l’on recherche.

Ainsi, en redonnant un sens à des mots prononcés souvent sur le mode automatique on peut donner à la démarche initiatique dans ces trois degrés traditionnels une modernité qui les rapproche d’une authenticité vécue.

L’objectif ultime étant de permettre à l’initié-e de mourir en maître-sse en pleine conscience.

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