Pensée critique - Laïcité, religion et athéisme

La loge, espace de paix pour croyants et incroyants :

 

Pour un renouveau du concept de  laïcité !

 

Autres approches

Source de la video : MOOC "Pensée critique" de l'Université Libre de Bruxelles (ULB).

Le sécularisme s’est imposé dans la constitution française pour promouvoir une neutralité de l’Etat républicain vis-à-vis des différentes religions.

 

La laïcité est ainsi devenue le respect de cette obligation constitutionnelle en particulier à l’école.

 

D’une option pour la tolérance et le respect des sensibilités, on en est venu à une « guerilla » plus ou moins formaliste pour vérifier que le débat religieux ne polluait pas la fonction publique.

 

L’engagement des francs-maçon(ne)s en faveur de la promotion de l’esprit laïque n’a malheureusement pas permis d’éviter que la laïcité apparaisse comme une machine de guerre contre les religions.

 

Et pourtant, quel autre espace permet une aussi grande acceptation des différences que l’espace maçonnique . Hier, les confrontations concernaient essentiellement les groupements chrétiens, aujourd’hui, il s’agit d’une opposition entre juifs et musulmans, et demain il est probable que ce sera une exacerbation des tensions entre croyants et incroyants.

 

Si on comprend que, pour éviter les tensions dans les loges, on ait souhaité proscrire les débats religieux et politiques, rien n’empêche de promouvoir la loge comme un espace de paix accueillant que l’on soit croyant ou non et si l’on est croyant quelque soit la (ou les) divinité(s) que l’on veuille honorer.

 

Bien sûr, l’idéal serait que l’on puisse disposer d’un rituel moins « marqué » idéologiquement que ceux qui sont actuellement utilisés mais ceci est un autre débat.

 

En « oubliant » la conception laïque de l’Etat, et en promouvant le comportement laïque des francs-maçon(ne)s à l’occasion de colloques ou de manifestations artistiques mettant en lumière l’ouverture, la tolérance et le respect mutuel, on pourrait espérer un autre regard de l’opinion publique sur l’engagement maçonnique en faveur de la paix.

 

 

 

Les relations avec les religions :

 

La Franc-Maçonnerie a dès sa création été vécue comme une menace par l'église catholique qui a institué une procédure d'excommunication ; celle-ci, aujourd'hui, n'est plus proclamée mais l'incompatibilité est maintenue avec la notion de "pêché grave" pour les catholiques qui deviennent francs-maçon(ne)s.

 

Dans la mouvance musulmane de nombreuses fatwas ont été lancées contre les françs-maçons.

 

Parmi les grandes religions, le protestantisme, le boudhisme, la religion orthodoxe et la religion hébraïque ne voient aucune objection à ce que leurs membres appartiennent aussi à une loge maçonnique.

 

On pourrait s'étonner de la passion qui émerge lorsqu'on aborde ce sujet car il s'agit de deux démarches différentes et/ou complémentaires.

 

En fait les litiges proviennent surtout de la problématique de la relation Etat-Pouvoir religieux. Les pouvoirs religieux ont historiquement été liés au pouvoir politique et aujourd'hui encore de nombreux états gardent la référence religieuse dans leurs constitutions.

 

Lorsque ce n'est plus le cas, il existe encore souvent une volonté d'investir les rouages de l'Etat ou de contrôler certaines prises de position sociétale.

 

Il est coutume dire qu'en loge on ne doit pas évoquer les questions religieuses et politiques. C'est un bon principe qui a pour but d'éviter les polémiques et les schismes qui pourraient s'opérer sur ces questions. En réalité, il est souvent difficile d'empêcher des regroupements par affinités ; il est classique de cataloguer des loges, des obédiences selon ces critères. 

 

Et pourtant la démarche maçonnique a la réponse qu'il convient : savoir se respecter, savoir s'écouter, savoir accepter. Il est normal que les francs-maçon(ne)s, comme tout être humain aient des convictions politiques et/ou religieuses. Mais en loge, on n'est pas là pour faire du prosélytisme ; on est là pour comprendre et bâtir des relations authentiques et respectueuses. 

 

Ne pas confondre la laïcité de l'Etat et la laïcité maçonnique

 

C'est une erreur qui est souvent faite car il est tentant de vouloir faire un amalgame.

 

La Laïcité de l'Etat est une conséquence de la loi de 1905 de séparation de l'Eglise et de l'Etat ; elle a pour but de bien délimiter les prérogatives des uns et des autres dans l'organisation et le fonctionnement de la République : schématiquement, l'Etat garantit la liberté des cultes et les religions sont interdites de se mêler des affaires de l'Etat et en particulier de faire du prosélytisme dans les différentes structures administratives.

 

La laïcité maçonnique (même si le terme n'a pas été utilisé) date de l'origine des loges et concernait le respect que chacun doit porter à la religion de l'autre ; au Grand Orient de France, depuis 1877, ce respect s'est étendu aux non-croyants et aux athées. Cette laïcité maçonnique, que certains nomment la tolérance, s'accompagnent de l'absence de prosélytisme en loge et de l'engagement mutuel de suivre le même rituel.

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Laïcité et monde arabe par Habib Moussalli, Chercheur : un article de la revue Projet

A propos de la laïcité, lire aussi :

 

 

Bouillon de culture, le sel de la laïcité,

quel dosage ?

 

La problématique

 

Les conceptions et perceptions de la laïcité, avec ou sans adjectifs, divergent assez profondément.

 

Cela a toujours été le cas au GODF, mais le cours des événements actuels, s’ajoutant au passé et souvent au passif de la colonisation et de ses conséquences sur l’arrivée en France de personnes issues de l’immigration, nécessite de mener un travail de réflexion approfondi dans le contexte maçonnique, mais surtout dans celui plus général de la société.

 

Il y a une distinction entre une conception de la maçonnerie qui est essentiellement anti-religieuse, mais ne s’avoue pas souvent comme telle, et une conception de la laïcité qui porte un regard vigilant sur toute forme d’intervention sur le terrain politique des cléricatures, principalement religieuses, liées souvent à des pratiques communautaristes.

 

Faisons aussi la différence entre communautés ouvertes et fermées, réalité sociologique et politique qu’il est vain de nier, et l’articulation avec les multiples facettes identitaires de la plupart de ses membres.

 

La laïcité identitaire

 

Mais auparavant il convient de commencer par la dénonciation de ce que j’appelle la laïcité identitaire, avec ses aspects perfidement néfastes.

 

C’est une conception qui fait référence à l’exception française : la laïcité serait un phénomène spécifiquement français, intraduisible et incompréhensible pour d’autres sociétés.

 

Cette conception est proche de celle qui fait du génie de chaque peuple une spécificité qui le sépare des autres peuples, rendant ainsi inopérante les idéaux d’universalisme de la Révolution Française.


Elle est celle des opposants aux Lumières qui se sont manifestés dès la Révolution, en France, avec notre frère Joseph de Maistre et ailleurs, en particulier en Grande Bretagne avec le philosophe Burke.

 

Une telle conception prospère sur des sites comme Riposte Laïque et trouve son plein épanouissement au FN, qui cherche ainsi à confisquer la laïcité, dans une démarche où l’islamophobie est le seul véritable objectif.

 

 

La Laïcité anti-religieuse

 

Cette conception de la laïcité tend à considérer toute manifestation de la religion comme expression de l’obscurantisme qui doit être combattu. Il faut donc en réprimer le plus possible toute manifestation dans la sphère publique et refuser tout contact avec des personnes ayant des convictions religieuses. Elle trouve actuellement un nouveau terrain de combat dans la lutte contre l’islamisme, mais elle a des sources plus anciennes. Durant les débats qui ont amené à la loi de 1905, ses partisants, comme le petite père Combes, voulaient interdire la présence des soutanes dans les rues. Fort heureusement le long débat parlementaire a abouti à une formulation voulue par Aristide Briand et Jean Jaurès. Si la conception anti-religieuse avait triomphé, la loi aurait été abolie ou radicalement révisée par la suite.

 

Une telle conception peut favoriser le glissement vers la laïcité identitaire, en considérant l’islamisme comme la religion la plus menaçante pour notre société, prenant le relais en quelque sorte de la lutte contre la religion catholique.

 

La laïcité vigilante

 

C’est une conception qui s’oppose à toute forme de cléricature visant à imposer à la société dans son ensemble ses propres conceptions et ses valeurs. Elle distingue entre la croyance en une religion, qui n’est pas en soi manisfestation de l’obscurantisme, et volonté d’une autorité religieuse à agir dans la sphère politique, par exemple en faisant pression pour imposer à l’ensemble d’une société une loi comme le refus de l’avortement, alors que la majorité des membres de la société ne se déclare pas comme suivant les préceptes de cette autorité.

 

 

Communautés, identités et religions

 

Pour bien comprendre la complexité de ce qui est en jeu et prendre les bonnes décisions, il convient de prendre en compte le phénomène communautaire dans toutes ses dimensions.

 

Les législateurs de la loi de 1905 se sont bien gardés d’abroger les dispositions du Concordat concernant les autorités religieuses interlocutrices de l’État. Mais elles ont un problème depuis 30 ans avec un interlocuteur incontesté concernant la religion musulmane.

 

C’est dû au fait qu’il n’y a pas une communauté musulmane, mais un ensemble de communautés différentes sur la conception de la religion et les appartenances d’origine.

 

Ce n’est pas un cas particulier mais un cas général. Contrairement aux apparences, il n’y a pas une communauté catholique unie derrière sa hiérarchie mais de multiples communautés reflétant de multiples sensibilités parfois contradictoires.

 

Lorsque l’on fréquente les Bernardins, l’Institut Catholique de Paris, le Centre de Sèvres on se rend compte qu’ils ont plus que des divergences avec des mouvements comme la Manif pour tous ou Sens Commun. Ils redoutent même ces mouvements qui débordent les communautés intégristes auxquels ils s’opposent.

 

Il sera particulièrement bénéfique d’établir un dialogue entre eux et les mouvements de tradition laïque, dont le GODF. On se rendra compte qu’il y a des convergences possible, tout en restant vigilant sur les tropismes cléricaux qui sommeillent.


Il en est de même dans le monde protestant où les réformés libéraux sont très différents des évangélistes ; de même entre les mouvements libéraux juifs et les orthodoxes.

 

Cette confrontation incluant les multiples communautés du monde musulman permettront de conforter une lecture commune de la loi de 1905 et une acceptation des dispositions récentes, comme celles issues de la commission Stasi en 2005. Il y aura bien sûr des divergences et des confrontations ; mais il faut être optimiste et volontaire.

 

Il convient d’étendre ce dialogue avec les communautés à d’autres communautés que celles purement religieuses et ceci dans un contexte territorial local, pas seulement au niveau d’un dialogue national, de nature concordataire, entre État autorités religieuses ‘officielles’.

 

Il y a et il y aura de plus en plus sur les territoires des communautés différentes ou se mèle l’immigration récente et ancienne.

 

Il est important de veiller à ce que ces communautés soient ouvertes et acceptent les lois de la communauté nationale et renoncent à des pratiques et coutumes spécifiques en dehors de la loi commune. De même elles doivent accepter que leurs membres puissent quitter leur communauté.


C’est le cas de l’apostasie en ce qui concerne les religions.

 

Il faut prendre aussi pleinement en compte le fait que de plus en plus de personnes ont des identités multiples. La notion d’identité dite de souche est un fantasme des mouvements xénophobes qui n’a aucune réalité. De par nos origines nous sommes tous au croisement d’identités diverses, auxquelles s’ajoutent les appartenances à des communautés que nous avons choisies.

 

L’important est d’agir pour que ces facettes multiples chez une même personne ne soient pas
conflictuelles ; c’est malheureusment le cas par exemple pour des personnes d’origine maghrébine qui vivent mal leur citoyenneté française pour de multiples raisons ; enfermement dans des quartiers mais aussi méfiance entretenue par des tendances xénophobes.

 

On voit ainsi la nouvelle dimension politique que prend la laïcité élargie à tous les aspects de la réalité des communautés et des identités.

 

Il s’agit de faire que la loi commune soit le socle des relations au sein d’une communauté nationale reconciliée.

 

À côté de l’action que l’on doit attendre de l’état de droit républicain, il convient que les citoyens prennent mieux leurs responsabilités au niveau local.

 

La création ou l’élargissement de maisons de la fraternité est d’actualité, en reprenant et développant par exemple une suggestion d’Edgar Morin. Cela permettra de revivifier les comités ou foyers d’action laïque souvent en sommeil.

 

En instaurant concrètement des échanges et des pratiques conformes au principe de laïcité entre communautés de toutes nature présentes sur une territoire, en liaison bien sur avec la puissance publique, cela nous amènera mieux vivre, selon les principes d’une République certes Une et Indivisble, mais aussi plurielle.

 

Le droit français en matière de laïcité dans la vie des associations

Les réponses de Gwénaële Calvès, juriste et professeur à l'université de Cergy, à propos du lien entre la laïcité et discrimination et discrimination et laïcité (sources : CEMEA)

 L'Idéal Maçonnique,

Objectif Sagesse !