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  • Peter Bu

La justice sociale : nous devons être exemplaires

Pour compléter la réflexion du post "La Franc-Maçonnere est-elle interdite aux pauvres ?" je voudrais soumettre ma pensée sur ce sujet.


Dans certaines obédiences, on discute souvent de la justice sociale. Au nom de l'égalité et de l'équité, leurs membres réfléchissent sur une meilleure répartition des richesses. Elle correspond aux idéaux maçonniques, semble indispensable moralement, et l'est aussi à cause de l'interconnexion grandissante de l'ensemble des pays. De surcroît, une autre relation à l'argent pourrait diminuer la pression sociale qui s'exerce sur tout un chacun, ou presque, dans notre monde de toujours plus. Ce serait appréciable. Cependant, la problématique est très vaste: par quel bout l'aborder pour la ramener à l’échelle des loges?


Avant de prétendre répandre au dehors les vérités que nous avons acquises, commençons par un exercice qui nous concerne de près, car, suivant l'antique sagesse, avant de voir la paille dans l’œil de ton prochain, enlève la poutre dans le tien.

Dans aucun atelier ses adhérents ne disposent des mêmes revenus, ne possèdent des biens de même valeur. Il y a des riches, beaucoup de moins riches et quelques pas riches du tout. Or, malgré cette inégalité des moyens, dans presque toutes les loges leurs membres paient la même cotisation.


Est-ce raisonnable ? Certains le croient. Est-ce la seule et unique possibilité ?


La plupart des ateliers refusent d'en débattre car ils craignent qu'instaurer un système de cotisations proportionnelles aux avoirs implique un contrôle des revenus. Ils veulent éviter ce qu'ils appellent l'inquisition fiscale. L'astuce suivante permettrait de contourner ce risque.


Premier pas indispensable, les loges le font déjà : il s'agit d'établir le budget prévisionnel incluant toutes ses dépenses, à savoir la "dîme" à verser à l’obédience pour sa gestion, le loyer du temple, les frais de bureau, le coût des agapes. Ce dernier devrait toujours être inclus au budget prévisionnel et à la cotisation afin que les frères aux revenus modestes ne soient pas exclus de nos travaux de bouche.


Une fois ce budget établi, il faut le diviser par le nombre des cotisants. Cela aussi se fait déjà. Ensuite, au lieu de demander à chacun de payer la même somme, il resterait à fixer une grille des cotisations recommandées en fonction des avoirs disponibles, chacun devant décider en son âme et conscience ce qu'il versera au trésor de la loge, sans aucun contrôle de sa part. Les cotisations librement consenties par les membres de la loge ne mettraient évidemment aucune limite à la générosité, pas plus d'ailleurs qu'à l'avarice : par sa cotisation, chacun se présenterait à sa loge comme riche ou pauvre, généreux ou pingre, comme bon lui semble.


Comment ce système pourrait-il fonctionner ?


Voici une grille qui peut servir d'exemple mais devrait être ajustée suivant les besoins réels de la loge, sa taille et sa composition. Son principe est très facile à saisir, il suffit de la regarder. Cette grille met en relation les avoirs disponibles de tout un chacun et la capitation qu'il pourrait accepter de payer en fonction de ses avoirs. Des avoirs, pas du salaire ou autre revenu, car nous devrions calculer nos cotisations en fonction de la richesse réelle que chacun de nous peut utiliser dans l'année. Ainsi, par exemple, un frère qui estime disposer de 12000 à 18000 Euro par an et par personne de son foyer, serait-il invité à verser à sa loge de 300 à 450 Euro par an (2,50% de ses avoirs personnels), plus s'il le veut bien. Celui qui dispose de 18000 à 24000 Euro par an et par personne de son foyer, devrait payer de 450 à 720 Euro (2,5 à 3%), etc.

Que peut-on considérer comme avoirs disponibles? Pour obtenir leur montant, il faut additionner, suivant le cas, le salaire annuel, ou bien les honoraires, ou la retraite, y ajouter les primes, le rapport d'actions, d'obligations, d'assurance vie, les loyers encaissés, les droits d'auteurs, les revenus de brevets, tickets de restaurants, bons de vacances et autres abondements etc., puis déduire les charges, taxes et impôts. La somme restante indique le montant des avoirs disponibles. Évidemment, si on s'est endetté pour faire fonctionner son entreprise, pour acheter des biens immobiliers ou autres, les revenus " disponibles " ne le sont pas entièrement mais c'est à chacun d'apprécier honnêtement sa situation et ses devoirs.

Chaque membre de la loge ferait son évaluation pour lui-même. Il dirait au frère trésorier uniquement le montant de la cotisation qu'il se propose de verser. Il pourrait suivre la grille ci-dessous, ou bien proposer plus que ce qu'elle suggère. Si, par exemple, dans une loge de 50 personnes la moyenne théorique de la cotisation annuelle (le budget global divisé par le nombre de membres de la loge) s'élève à 450 Euro - ce qui est actuellement la cotisation annuelle des principales obédiences - la grille des contributions pourrait être la suivante :



450€ / an correspondent à 2% du salaire annuel médian en France. Les partis politiques, les clubs et autres groupements d'intérêt demandent assez souvent à leurs adhérents bien plus, jusqu'à 10%.


Cette grille pourrait fonctionner telle quelle si les moyens financiers disponibles de la plupart des membres de la loge se situent dans les tranches 4, 5, 6, avec quelques-uns au niveau 7. Sinon elle devrait être adaptée à la composition économique de l'atelier. Si la plupart de ses membres étaient dans les tranches 1 à 4 (ce qui doit être assez rare), plutôt que d'augmenter leur cotisation il faudrait recommander aux frères / sœurs mieux pourvu(e)s de faire un effort supplémentaire. Car il est évident que celui qui dispose de 30000 € par an et par personne de son foyer peut supporter sans problème un versement de 5 ou 6% de ses avoirs personnels annuels tandis que pour celui qui n'a que 12000 € par an / personne de son foyer, et à plus forte raison s'il vit seul, payer 2% de 12000€ représente déjà une charge significative.


Les loges aux effectifs moins nombreux pourraient se regrouper pour pratiquer cette démarche. Elle n'en serait que plus instructive.


Si le total des contributions annoncées égale le budget prévisionnel, le résultat est parfait. S'il le dépasse, le trop perçu peut être ajouté au Tronc de la veuve (compte de bienfaisance de la loge), ou bien reporté à l'année suivante, en déduction du budget à couvrir. Si la somme s'avère insuffisante, le trésorier fera une nouvelle évaluation et envisagera des économies si elles sont possibles. Ensuite tous les membres de la loge seront invités à ajuster les cotisations qu'ils ont promises de verser jusqu'à ce que le total couvre les besoins financiers de l'année.


Si cela ne marche pas, la loge peut toujours revenir au système actuel où chaque cotisant(e) paie la même somme. Je n'oublie pas que, parfois, les membres de la loge les plus pauvres sont déjà dispensés de leur cotisation car un frère ou une sœur plus à l'aise veut bien la prendre en charge, ou bien par ce que, exceptionnellement, la loge utilise son Tronc de la veuve à cette fin.


Ajuster les cotisations et les revenus aiderait à résoudre ce problème. Demander de l'aide est toujours un peu humiliant.

Introduire ce système demanderait un peu de discipline car toutes les cotisations consenties devraient être connues dans le premier ou les deux mois qui suivent le vote du budget prévisionnel. Ensuite, il faudrait probablement un peu de temps pour ajuster les promesses et le budget. Pour éviter des mauvaises surprises, ceux qui ne pourraient pas s'acquitter en une seule fois de la totalité de ce qu'ils auront déterminé comme leur dû, autoriseraient la loge à faire des prélèvements mensuels ou trimestriels sur leur compte.

Ce principe serait plus juste, plus solidaire et plus fraternel que le système actuel. S'il est accepté, il aura une vertu supplémentaire car il devrait faciliter le recrutement des jeunes, freinés parfois par les obligations financières qui dépassent leurs possibilités. Enfin, il évitera aux loges la douloureuse obligation (quelle horreur!) d'exclure les membres qui se sont retrouvés dans la misère .

Accepter au niveau des loges ce qui précède serait un très bon exercice pour comprendre que dans notre monde en crise les efforts pour en sortir doivent être repartis en fonction des possibilités de chacun.

Comment, en tant que francs-maçons et citoyens, pouvons-nous plaider pour une redistribution plus juste des richesses entre le Nord et le Sud de la planète si nous ne savons pas la pratiquer dans nos loges ?


Comment pouvons-nous préconiser une meilleure utilisation des ressources disponibles et un passage de notre monde de ''l'avoir'' en une civilisation de ''l'être'' si nous ne sommes pas capables de réaliser cet effort sur nous-mêmes ?

Nous devrions le faire en vertu de nos valeurs, mais aussi dans notre propre intérêt bien compris, car comment éviter le collapsus de l'économie et du système financier mondial sans admettre la nécessité d'un tel changement d'attitude ?

Ce changement peut nous être imposé par une crise équivalente à celle de 1929. Pour en sortir, les riches devaient payer à titre d'impôts 90% sur la dernière tranche de leurs revenus et, aux États-Unis, les taux de cet ordre sont restés en vigueur jusqu'aux années 1970 ! Cela n'a pas empêché ce pays de devenir la première puissance planétaire.

Malheureusement, cet effort, limité aux États-Unis, n'a pas suffi pour éviter la deuxième guerre mondiale. Nous devons faire mieux - et vite. La solution nous coûtera moins si nous nous résolvons à faire les efforts nécessaires avant la catastrophe.


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NDLR : Retrouver Peter Bu dans différents sites : http://aneries-sur-les-femmes.fr (pièce de théâtre) http://www.franc-maçonnerie-moderne.com (www.call-of-bratislava.com) http://blogs.mediapart.fr/blog/peter-bu https://blogs.mediapart.fr/peter-bu/blog/261219/faites-rire-votre-telephone-il-vous-le-rendra

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