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Le discours anti-maçonnique d'Eric Zemmour

Dernière mise à jour : 20 juil. 2022



Eric Zemmour fait le buzz ! Il est aujourd’hui tenté, comme tant d’autres journalistes l’ont fait avant lui, de franchir le Rubicon pour se lancer dans l’action politique. A la méthode des "Grandes gueules" qui font l'audience des chaines d'informations, il développe un discours provocateur et délirant sous prétexte de vouloir "sauver la France" ; pour lui, la franc-maçonnerie fait partie de l'ancien Monde et il semble se délecter de la ridiculiser.


On retrouve dans un de ses articles du Figaro, l’analyse qu’il fait de la franc-maçonnerie. C’était dans le Figaro du 24 avril 2010 ; l’article est titré « Les habits neufs de la franc-maçonnerie »


Dans un préambule il résume son approche :


«Toute mystique se dégrade en politique ; et toute politique se décompose en affairisme. Si on en croit les livres, les articles qui lui ont été consacrés ces dernières années, la franc-maçonnerie a atteint le dernier stade d’une inexorable décadence.»


«Pourtant, la franc-maçonnerie française affiche aussi une santé exubérante, des effectifs en hausse – tandis que ceux des pays anglo-saxons fondent comme neige au soleil -, répartis dans une quinzaine d’obédiences –encore une exception française ! Les grincheux – ou les cyniques, ou les lucides – feront remarquer que le succès n’est pas incompatible avec la décadence : plus les réseaux sont nombreux et puissants, plus les affaires sont fructueuses.»


Après une analyse historique, il termine son article par un constat désabusé :


« Les uns arrivent, les autres partent, chacun trouvant ce qu’il est venu chercher, qui une quête ésotérique, qui des appuis pour son « business », qui des rites d’initiation dans une société désacralisée, dans ce qui ressemble de plus en plus à une auberge espagnole. »


« Depuis le XVIIIe siècle, ses membres se vivent comme la pointe avancée du progressisme contre le conservatisme et la réaction. Or, depuis les années 1970, les nouveaux mouvements contestataires, féministes, antiracistes, multiculturalistes la contournent sur sa gauche. La franc-maçonnerie demeure un club d’hommes, pour qui la laïcité et l’égalité restent des valeurs cardinales. »


Dans son dernier ouvrage paru récemment « La France n’a pas dit son dernier mot », il consacre un billet intitulé « Tout sauf franc ! », à la journée du 12 mars 2014 où il est reçu par Daniel Keller alors Grand Maître du GODF. Le ton est beaucoup plus acerbe :


" Tout sauf franc ! 12 mars 2014.


La façade de l’immeuble sis au 16, rue Cadet m’apparaît laide et sale ; et la salle àmanger fonctionnelle et disgracieuse.


La conversation de notre hôte est aussi médiocre et insipide que la nourriture que l’on nous a servie : nous devons subir un fatras ininterrompu de lieux communs, de« valeurs républicaines » et de « lutte contre les discriminations », de « le racisme n’est pas une opinion, mais un délit » et de « quartiers populaires », de « chance pour la France »et d’« islam des Lumières », de « vivre ensemble » et de « nous sommes tous des enfants de la République ». Je regarde Naulleau du coin de l’oeil pour être sûr que je vois ce que je vois, que j’entends ce que j’entends et que je mange ce que je mange. Il baisse la tête dans son assiette pour ne pas croiser mon regard.


J’avais imaginé d’autres agapes quand le grand maître du Grand Orient, Daniel Keller, nous avait conviés à sa table. Je m’étais transporté aussitôt sous les ors de la IIIe République lorsque la franc-maçonnerie était « l’Église de la République »,imposait aux étrangers une stricte assimilation à l’histoire et à la culture françaises, qu’elle enseignait dans les écoles par ses hussards noirs, dénonçait et persécutait « la superstition et l’obscurantisme religieux », « éteignait les étoiles dans le ciel »,encourageait la colonisation au nom de la «civilisation » et du «devoir de l’homme blanc d’apporter la lumière aux peuples barbares», faisait et défaisait les carrières et les gouvernements, régnait sur les antichambres ministérielles et la corbeille de la Bourse, jusqu’aux maisons closes.


Une fois encore, mon imagination historique s’était jouée de moi.“


Obnubilé par la soi-disant « grandeur » de la France, Eric Zemmour semble ne pas supporter que la franc-maçonnerie d’aujourd’hui ne soit plus celle de la IIIème République, « lorsque la franc-maçonnerie était l’Eglise de la République » !


Pourquoi ces attaques qui reprennent les sempiternelles approximations des lieux communs de l'anti-maçonnisme ? Pour faire plaisir à cette extrême droite des revanchards qui s'imaginent au temps de Louis XIV ? Brosser le poil des populistes qui ne voient pas que l'universalisme et l'anti-nationalisme deviennent incontournables ?


Georges Sérignac, Grand Maître du Grand Orient de France, dans une interview parue dans le journal "Le Monde" du 3 octobre 2021, sans le citer semble lui répondre :




« Tout discours antirépublicain est à combattre »


Quel rôle jouera le Grand Orient dans la campagne électorale de 2022 ?

Le Grand Orient n’est pas un parti politique, ni un lieu de militantisme ou d’activisme politique. Son rôle actuel est son rôle historique : un laboratoire d’idées qui, ensuite, essaye de déployer une pensée à sa manière, par une très forte capillarité avec le tissu du pays. Nous avons plus de 1 370 loges, qui comptent en moyenne de 30 à 40 membres. Ces derniers ont une famille, une activité professionnelle, un engagement politique… les idées se diffusent ainsi.

En loge, nous travaillons sur des sujets de société, nous débattons, nous échangeons. Petit à petit émerge et se déploie une pensée progressiste qui cherche à faire avancer les choses. Il n’y aura pas de consignes de vote ou de position partisane. Avec un bémol : l’exclusion de toute pensée – ou candidat – d’extrême droite, raciste, xénophobe.


En cas de présence de Marine Le Pen ou d’Eric Zemmour au second tour, appellerez-vous à voter contre eux ?

Ce n’est pas notre façon de faire. Mais on reviendra sur nos principes, on expliquera inlassablement de quoi la République est faite, ce qu’est la République. On aura une position très claire. Pendant la campagne, on proposera aux candidats d’échanger avec nous. A l’exclusion de ceux d’extrême droite, comme les deux personnes que vous citez.


Comment jugez-vous l’ambiance politique actuelle ?

Il y a une surenchère. On est dans l’ère du clash, comme le décrit Christian Salmon dans son livre [L’Ere du clash, Fayard, 2019]. On parle très peu des sujets de fond qui sont les vraies préoccupations, comme la justice sociale, l’emploi, la santé, le montant du smic. Dans le débat public, ce sont des clashs sur des sujets monomaniaques, presque obsessionnels, à l’exemple de l’islam. L’ambiance politique gagnerait beaucoup à aborder les vrais sujets de préoccupations des Français, avec des propositions nouvelles de solutions alternatives, qu’elles viennent de Xavier Bertrand ou de Jean-Luc Mélenchon. Je ne dis pas qu’ils n’en font pas, mais elles ne sont pas prégnantes ni même audibles dans le brouhaha du débat.


Qui est responsable de cela ? Les médias ou les politiques ?

Pas question de décerner les bons et les mauvais points. Mais il y a une évolution générale de la société, avec les progrès de la communication. Regardez ce que Guy Debord écrivait il y a cinquante ans dans La Société du spectacle… La presse, quand elle met en avant un polémiste révisionniste, négationniste, défenseur de Pétain, sous prétexte qu’il « dit des choses » qu’une certaine partie de la population penserait – ce qui n’est absolument pas avéré –, il y a évidemment une responsabilité.


Vous ne voulez vraiment pas prononcer le nom de Zemmour…

Ce n’est pas le plus intéressant. Pour en revenir aux médias, on peut avoir lu Bourdieu : si les médias font cela, c’est qu’ils sont enfermés dans un système dont ils ne sortent pas. C’est aussi le rôle du Grand Orient : prendre du recul, faire un pas de côté pour discerner les grands axes qui peuvent permettre d’améliorer la société. Notre rapport au temps n’est pas le même.


Les intentions de vote cumulées pour l’extrême droite atteignent environ 30 %. Comment l’expliquer ?

Si l’on enlève la parenthèse scélérate pétainiste, l’extrême droite n’est jamais arrivée au pouvoir. Cela nuance beaucoup. Il y a une permanence, mais dans un rôle protestataire, attrape-tout et démagogique. Mais il y a aussi une insuffisance des politiques qui ont gouverné et qui n’ont pas répondu aux attentes de justice sociale ou sur la laïcité. La preuve : l’extrême droite a récupéré ce thème, ce qui est un contresens historique, philosophique et politique.


La société est traversée par un vif débat autour de la laïcité. Le Grand Orient va-t-il intervenir sur ce sujet ? Il a été assez discret sur la question…

On n’a pas été plus discret que d’habitude. Nous avons une commission permanente qui réfléchit, produit des analyses sur lesquelles nous nous fondons pour avoir une parole publique. On a eu une position cohérente sur la laïcité : la laïcité républicaine, les deux premiers articles de la loi de 1905, dont on demandait la constitutionnalisation. Ils disent que la République garantit la liberté des cultes, que la République assure la liberté de conscience et qu’elle ne reconnaît, ni ne salarie ni ne subventionne aucun culte. Mais il ne faut pas se cantonner à cette vision juridique. La laïcité est un projet philosophique et politique : c’est l’émancipation du dogme et l’émancipation citoyenne.


Comment expliquez-vous ces incompréhensions autour de la laïcité ? Certains la considèrent comme un instrument d’oppression des musulmans…

On ne parle plus de laïcité mais d’autre chose. La laïcité porte la liberté, l’émancipation. La laïcité n’est pas antireligieuse. La laïcité républicaine, c’est aussi la neutralité de l’Etat. C’est la clé de voûte de la République. C’est tout cela qui est très fort dans la laïcité. C’est ce que l’on essaie d’expliquer, notamment aux jeunes. Quand on voit que beaucoup d’entre eux la considèrent comme liberticide, c’est une catastrophe. Il y a une confusion des concepts, une transformation du sens des mots.


Y a-t-il une confusion avec un athéisme d’Etat ?

Oui, bien sûr, il y a cette confusion.


Comment réhabiliter la laïcité auprès des jeunes ?

Notre méthode de travail est sur le moyen terme, le travail lent des idées. On réfléchit à de nouveaux modes de communication pour toucher la jeunesse, mais on le fait avec beaucoup d’humilité. Le courant de fond historique réel, c’est le nôtre : l’égalité des droits, la justice sociale, l’émancipation, la citoyenneté. Il y a un grand motif d’inquiétude : l’éducation nationale. Le budget de l’école privée augmente chaque année en pourcentage par rapport à celui de l’école publique. Ça ne peut pas être détaché d’une réflexion plus large sur la qualité de l’éducation nationale.


La laïcité est-elle bien défendue par l’exécutif ?

C’est un détricotage qui remonte à plusieurs dizaines d’années. C’est un sujet, malheureusement, qui manque de clarification, pour des raisons qui tiennent de la méconnaissance, de lâcheté, d’électoralisme. Le premier discours du président de la République aux Bernardins [en 2018] nous a semblé éloigné de la laïcité républicaine. En revanche, le discours des Mureaux [en 2020] est excellent. Avec la loi récente confortant les principes de la République, on est finalement dans une volonté de bien faire, mais on focalise sur un culte, alors que ce n’est pas nécessaire. Tous les outils juridiques sont en place pour un exercice apaisé de la laïcité. Il n’y a pas besoin de surenchère.


Comprenez-vous l’évolution de Jean-Luc Mélenchon sur le sujet ?

C’est une régression. Et nous la regrettons : Jean-Luc Mélenchon avait toujours eu des positions claires. Je pense que c’est un républicain sincère et convaincu. Mais ce que l’on a regretté, c’est sa communication étrange sur certains points, comme à propos de la venue, à l’Assemblée, d’une syndicaliste étudiante voilée [le député de La France insoumise avait commenté « C’est comme si j’arrivais avec une énorme croix » tout en précisant que l’intéressée n’enfreignait « aucune loi »] alors qu’il disait tout l’inverse quelques années auparavant.

Quand on est vraiment opposé à toutes formes de racisme et d’exclusion, on peut comprendre que la stigmatisation de quiconque est insupportable. Nous partageons cela. Mais quand on communique sur la laïcité républicaine, il faut être clair et ne pas prêter à confusion. Notre discours est universaliste, c’est l’acceptation de l’autre, quelles que soient ses origines, sa culture, sa religion. On peut défendre cela sans accepter des dérives.


L’idée même de République est remise en cause, notamment à gauche, par ceux qui se réclament du décolonialisme. Les comprenez-vous ?

Remettre en cause le projet républicain sous prétexte qu’il n’aurait pas été parfait est un mauvais procès. C’est insupportable. Le projet républicain est magnifique. C’est un projet d’égalité, de justice, de partage, de générosité. Tout discours antirépublicain est à combattre. Cela n’empêche pas que l’on soit conscient des insuffisances de la mise en place de la République et qu’il faille encore travailler pour l’améliorer.

L’outrance du mouvement décolonial ou indigéniste peut s’expliquer : celui qui a été terriblement opprimé est dans une réactivité à l’échelle de ce qu’il a subi, comme le disait Albert Memmi. On peut le comprendre. Notre rôle, c’est de remettre les choses en place, reconnaître les imperfections. Il faut tirer les leçons du passé. La République est un projet non encore achevé. Elle est par nature en mouvement, en construction, pour tendre vers un idéal de justice.


Pour mémoire, le débat entre Alain Bauer et Eric Zemmour du 25/09/2020 :





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