L'épaule et son symbolisme

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Tout geste a un sens et même si on n’en a pas conscience, ce sens ne se perd pas.

 

Une anecdote récente vécue par une de mes amies me donne l’occasion d’aborder ce sujet ; Nicole souffre d’une tendinite de l’épaule droite et va consulter un médecin acupuncteur. Après les examens d’usage, celui-ci lui posa une question apparemment étrange : « N’avez-vous pas eu récemment été contrariée dans votre foi ? »  Or il se trouve que Nicole a très mal vécu le décès de sa jeune sœur , tuée accidentellement lors d’un accident de la circulation causé par un chauffard en état d’ivresse ! Cette mort qu’elle considère injuste, l’a vraiment révoltée et elle en veut encore à Dieu qu’elle juge , d’une certaine manière, responsable ! Quel rapport avec l’épaule me suis je dis ?  Et voilà le fruit de mes recherches que je vous propose en partage !

 

 

Les épaules dans  la pensée populaire

 

On attribue aux épaules la capacité à supporter les charges de la vie, les joies, les peines, les responsabilités, les insécurités : cf les expressions « Avoir les épaules larges », « Avoir la tête sur les épaules ».

 

Souffrir des épaules dans le langage du corps c’est souffrir de ne pas pouvoir « supporter », de ne pas « être à la hauteur » et aussi d’avoir une relation conflictuelle avec l’autorité au sens large  !

 

L’épaule c’est aussi un soutien  « parce qu'elle peut soutenir la tête d'un ami ou d'un proche lorsqu'il pleure. Tout le monde a besoin d'une épaule pour pleurer à un moment donné dans sa vie ».

 

L’épaule gauche est associée au mal ; dans l’expression « jeter du sel par-dessus son épaule ! » (toujours l’épaule gauche) , il s’agit d’une superstition destinée à conjurer un sort et d’apporter la chance .

 

Dans de nombreuses traditions, on honore un mort en portant son cercueil sur les épaules !

 

L’épaule dans la Bible :

En Hébreu  « épaule » correspond à  Shekem,( che-kem, chekètn) et Katéph qu’on retrouve dans de nombreux  versets. Yves Petrakian explique bien les différents sens des mots :

 

Le premier terme désigne au sens premier, soit une épaule d'homme: «Saül était plus haut que tout le peuple depuis l'épaule et au-dessus» (trad. litt, de 1Sa 9 2 10:23), soit une épaule d'animal (Ge 49:15); presque toujours elle porte un fardeau (Ge 21:14,Ex 12:34,Jos 4:5 etc.). Au figuré, le fardeau représente soit un poids importun (Esa 10:27 14:25,Ps 81:7, cf. Mt 23:4), soit une charge légère, comme une accusation fausse (Job 31:36), soit une dignité: l'empire au lieu de coups de verges (Esa 9:3,5), ou la direction du palais (Esa 22:22,voir Clef), soit le joug bienfaisant de la sagesse ( Sir 6:25 et suivants), soit le service en commun de Jéhovah «d'une même épaule» (trad. litt, de Sop 3:9). Ge 48:22 fait un jeu de mots: la «portion» en question (hébreu chekèm) est la ville même de Sichem (Ge 33:19 etc.) qui devait son nom, chekèm =épaule, à la forme de son éminence.

 

Le deuxième mot désigne aussi, au sens premier, soit des épaules d'hommes, comme celles des soldats de Nébucadnetsar meurtries par leur armure et leurs fatigues (Eze 29:18), soit des épaules d'animaux (Eze 34:21); elles portent objets sacrés (No 7:9), arche (1Ch 15:15), idoles (Esa 46:7, Lettre de Jérémie 4,26), bagages (Eze 12:6 et suivants), portes de la ville (Jug 16:3); comme on portait sur l'épaule l'insigne de sa charge, ainsi le costume du grand-prêtre (éphod) avait sur chaque épaule une pierre précieuse où étaient inscrits les noms de six tribus à droite et des six autres à gauche (Ex 28:9-12), ce qui représentait devant Dieu le peuple d'Israël.

 

Au figuré, l'épaule courbée symbolise la servitude (Bar 2:21; Apocr.:  échine), l'épaule rebelle refuse le service de Dieu (Ne 9:29,Za 7:11); mais l'évangéliste de l'exil annonce la tendresse de l'Éternel qui portera ses enfants sur ses épaules (Esa 49:22), comme le berger de l'Évangile porte sa brebis (Lu 15:5). Ainsi que le premier mot, le deuxième a aussi un emploi topographique, mais comme nom commun; voy. l'image de Jérusalem: «Le Très-Haut établira sa demeure entre les épaules (=collines) de Benjamin» (De 33:12), et les traductions: côte (No 34:11), montagne (Jos 15:8 etc.), frontière (Eze 25:9), c-à-d, flanc exposé à l'invasion, (cf. Esa 11:4) et simplement côté (1Ro 7:39, etc.).

 

Globalement on pourrait dire que le symbolisme de l’épaule dans la Bible renvoie à l’action et au pouvoir de faire ou de ne pas faire !

 

Rappelons qu’Annick de Souzenelle, bien connue pour l’étude qu’elle a réalisée sur le symbolisme du corps humain , utilise, pour nommer les épaules, l’expression « Porte des Dieux ».

 

Marie de Hennezel  évoque une formule amérindienne qui consiste à dire que tout humain avance dans la vie avec, sur l’épaule gauche, un oiseau qui veille. Chaque matin, l’oiseau glisse une parole à l’homme : « Aujourd’hui, n’oublie pas : tu mourras. » Ainsi muni de ce conseil matutinal, l’homme peut se mettre à ses activités, à ses pensées du jour, à ses affects sans en faire toute une affaire. Ce n’est pas une invite au malheur, mais au bonheur que procure la sérénité.

 

L’épaule en franc-maçonnerie

Lorsqu’on étudie les différents temps de la gestuelle maçonnique dans les rituels du XVIIIème siècle français, on voit bien que certaines parties du corps sont très sollicitées ; c’est bien sûr le cas de la main ; l’épaule est également très concernée et il n’est pas inintéressant de faire un lien avec d’autres pratiques rituelles.

Les différents temps rituéliques mettant en jeu l’épaule en loge bleue , en France au XVIIIème siècle sont, pour l’essentiel  :

  • Au premier degré :

    • L’épaule gauche nue du candidat aux épreuves (dans l'initiation il est de nombreuses fois fait  référence à l'épaule)

    • L’épée flamboyante sur les épaules lors de la consécration du nouvel initié

    • Le signe d’ordre

    • La  triple frappe sur l’épaule gauche lors de l’accolade fraternelle

    • Le salut « romain »

    • La prestation de serment

  • Au second degré

    • Le signe d’ordre

  • Au troisième degré

    • Le signe d’ordre

    • Le signe d’horreur

    • L’appel aux enfants de la veuve

    • La position de l’épaule lors des 5 points de la maîtrise

 

En Franc-Maçonnerie, dans les anciens rituels pratiqués en France au XVIIIème siècle, l’épaule est un élément symbolique transitionnel de la relation avec Dieu que l’on appelle Grand Architecte de l’Univers  ou  de la relation que l’on invoque vers lui lors de gestes réalisés dans des moments du rite, ce qui apporte une solennité particulière. Inspiré du sens biblique, le symbolisme de l’épaule est en rapport avec le pouvoir ou pour être plus exact avec l’expression de l’intention du « pouvoir ».

Aujourd’hui les mêmes gestes mettant en jeu l’épaule sont devenus de simples gestes d’appartenance que l’on exécute machinalement !

En conclusion, revenons à cette anecdote qui nous éclaire sur le lien existant entre la souffrance corporelle et le symbolisme ; Nicole à travers sa tendinite de l'épaule exprime une réelle souffrance mentale en lien avec une incompréhension non acceptée qui a trouvé son lieu d'expression dans la partie du corps liée culturellement à sa problématique existentielle. Pour réellement guérir, peut-être devra-t-elle faire un travail "d'acceptation".

 L'Idéal Maçonnique,

Objectif Sagesse !